NOUVELLE GUERRE CIVILE
vue le progrès général et le bien du royaume. Ils disaient plus vrai encore qu'ils ne pensaient : tout ce qui s'opposait au triomphe de l'esprit d'exclusion et mêlait à la direction des affaires une plus large part de la nation, était heureux pour le pays : la défaite relative de l'aristocratie était un bonheur pour elle, et l'accord avec les cités eût inauguré une période pacifique et féconde, s'il eût été franchement accepté et loyalement observé.
Malheureusement, la paix était à peine signée que les nobles la violèrent. Pendant les diètes suivantes, les plaintes des villes reviennent sans cesse, comme un monotone et lugubre refrain : « On ne sait plus à qui se confier, s'écrientelles désespérées, parce que les seigneurs protègent les bandits; ... quelques chevaliers nous font de grands dommages et de grandes injustices; ils nous surprennent, nous tuent, enlèvent nos marchandises; nous réclamons en vain justice et protection. Dieu est haut, le roi est un enfant et loin, les gouverneurs négligent, ajournent les questions. Il n'y a plus dans le pays ni droit ni tribunaux, et le crime est protégé par ceux qui ont pour mission de l'empêcher '. »
Partout les querelles ont recommencé : pas un coin du royaume qui ne soit en feu. Le plus puissant ennemi des villes, Lev de Rozmital, reconnaît lui-même le mal dans ses lettres privées, ce qui ne l'empêche pas de répondre aux réclamations des bourgeois par des fins de non-recevoir hautaines et sèches. Moins de trois ans après que les serments de réconciliation ont été solennellement échangés, deux armées sont en présence : les villes assiègent les châteaux de leurs ennemis, et les nobles se préparent à châtier leur insolence. Ce qui est pire que les ruines matérielles qu'entraînent ces désordres, ce sont les ruines morales, les rancunes qui désormais ne s'effaceront plus, la défiance incurable que laissent les promesses violées, le scepticisme, le culte de la force, l'habitude des coups de main, qui accompagnent toujours l'impuissance de la loi.