‹ Georges de RozièresChapitre 9 sur 12 · L'AUTEUR AU LECTEUR · texte numérisé non relu

L'AUTEUR AU LECTEUR

Maintenant lecteur, je juge convenable de mettre un terme à ces récits épistolaires qui m'avaient paru nécessaires. Je supprime une lettre dans laquelle M. Georges de Rosi ère rapportait à son oncle ce qui s'était passé entre

( 174 ) lui et la douce et aimnble Ghizla. Vous concevez que les termes de celte lettre devaient se rapprocher beaucoup des termes de celle qui précède; les faits étant les mêmes pour Georges que pour Ghizla , la différence Saurait pu exister que dans l'impression qu'ils ont produite sur l'un et sur l'autre. Mademoiselle de Mallingen nous en a dit assez pour ce qui concerne. Quant à M. de Rosière , son amour pour madame Dalton, est le même; ses perplexités l'obsèdent toujours; le seul bienfait de son intimité avec Ghizla consiste dans l'expansion de ses peines : il est facile de deviner que, dans ce cœur ulcéré, la voix amie de cette sœur qui s'est spontanément offerte à lui , a dû porter, non une guérison radicale, mais seulement un adoucissement précieux.

Je supprime également ce qui a rapport à l'arrivée de madame deTréville à Maltingen.

Mon lecteur a pressenti qu'un mystère devait exister entre cette dame et M. de Rosière : ce n'est pas dans une lettre que je veux le faire connaître. Avant d'arriver au récit des évènemens qui ont décidé ce drame plus réel qu'il n'en a l'air, je dors seulement dire que , quinze jours après l'arrivée de madame de Treville , le château d'Adlesberg , n'étant éloigné que d'un mille de celui de Maltingen , une intimité continuelle avait été le résultat du court séjour qu'elle avait fait chez le comte. Madame de Treville avait pris en affection la jeune Ghizla , l'accablait de caresses , et réclamait sans cesse ses visites... Georges de Rosière , voyait aussi celte dame , mais avec un air contraint que des yeux plus exercés que ceux des hôtes à Maltingen eussent facilement deviné. Chaque jour, madame de Treville témoignait plus d'affection à Ghizla , et chaque jour M. de Rosière devenait plus sombre;

il parlait à peine à cette jeune fille qu'il avait nommée sa sœur; il semblait fuir même les occasions bien raresoù il pouvait causeï "librement avec elle. . . Ghizla s'en alarmait , et des circonstances particulières venaient augmenter son inquiétude. Ainsi, elle mandait à son frère :

« Tu ne m'écris pas... Je ne sais plus où tu « es, j'ai pourtant besoin de parler à quel- « qu'un qui connaisse l'état de mon cœur. « Georges n'est plus le même depuis que celte « femme est ici. Il semble contrarié de me <( voir aussi liée avec elle; et, par une bizar- « rerie incompréhensible, il m'évite et se rend « le soir à Adlesberg... Madame Bradescoff l'a « vu partir, etil n'est rentré cette nuit que « fort lard... mon frère , j'ai peur; il me sem- « ble qu'une catastrophe plane sur ma lête. »

Puis un événement inattendu avait achevé de bouleverser cette jeune àme. M. de Rosière avait quitté Mallingen, en laissant une

lettre où, tout en exprimant au vieux comte sa reconnaissance, il affirmait que des affaires de famille l'appelaient en France. Un billet adressé à Gbizla contenait de vives et éloquentes actions de grâce pour tous les efforts qu'elle avait faits pour guérir son coeur blessé. « Partout, disait-il, je conserverai le souvenir de la sœur que je suis obligé de quitter. »

Enfin , l'arrivée à Adlesberg et la présentation à Maltingen de M. de Bréval, attaché à l'ambassade de Munich , avait été l'occasion d'une nouvelle peine pour Ghizla. Ce jeune homme avait appris à la petite société que M. de Rosière était pirti pour la France, en enlevant une dame aux eaux de Eaden...

Ghizla ne crut pas d'abord cette assertion.

Elle devina instinctivement une calomnie ;

mais son père , déjà indisposé par le départ

fortuit d'un homme qu'il aimait , ne parut pas

( ÏT8 ) douter de la véracité de M. de Bréval, et

Ghizla eut la douleur d'entendre son père joindre sa voix à celles qui accusaient d'une vulgaire légèreté celui que , dans son amour, elle se plaisait à placer si haut au-dessus des autres hommes.

La douleur déchirait son cœur... et la pauvre enfant n'avait près d'elle aucune âme dans laquelle elle put épancher ses angoisses. Elle écrivait à son frère et n'en recevait pas de réponse.

C'est ainsi que se passèrent deux mois, et c'est dans cette situation que je la trouve placée en commençant mon récit.

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