SCENE I
GEORGES, entrant une lettre à la main.
Personne. Celle lettre avait tout prévu. (Lisant.) * Georges, aux » premiers tintements des cloches de l’église, venez à l’hôtel d’An- » gerville, la petite porte du jardin sera ouverte; gagnez l’escalier » dérobé qui conduit aux appariements, entrez dans le salon voisin » de ma chambre. J’ai promis que je vous reverrais aujourd’hui, » je tiendrai ma promesse, .Marie. » (parlant.) Chez elle! je suis chez elle, et je l’ai faite libre ! Comme l’esprit est facile à s’alarmer ! J’ai frappé celui qui me disputait Marie, je l’ai vu tomber... eh bien! lorsqu’en arrivant ici, le son des cloches, annonçant un mariage, a retenti à mon oreille, mon sang s’est glacé et je me suis senti prêt à défaillir, comme si ce bruit pouvait annoncer encore l’odieuse union dont j’ai délivré Marie. Ah! puisse ce mariage être aussi heureux qiie celui qui m’attend dans l'avenir; mon cœur est délivré du poidde la jalousie et de la haine; pour le monde entier, je forme des vœux de bonheur, (aruit de clociic».) Ah! on va sortir de l'église! c’est qu’il est prononcé ce mariage qui m’avait causé une puérile frayeur... Pour nous aussi bieutôt la porte du temple s’ouvrira... les cloches sonneront à grande volée! Marie et moi nous nous agenouillerons au pied de l’autel élincelantde lumières... et la foule, en nous voyant ainsi, dira : qu'il sont heureux! mais aussi comme ils ont bien mérité de l’être... C’est beau, un mariage! (il «'avance vers la fenêtre.) Voyons doilC celui-là. (il écarte le rideau.) Je m’y suis pris trop tard pour voir la mariée; on ferme la portière de la voiture... elle part... on fait avancer un autre équipage... celui de l’heureux époux... oui, c’est bien lui... on l’entoure, on le félicite... comme il est pâle, (passant la main sur ses yeux.) Eh bien! étrange illusion! voilà une épouvantable ressemblance... si je ne l’avais pas tué, je dirais c’est lui!... c’est Valledo... et si ce n’est, pas lui, c’est donc son ombre qui m’apparait! 11 faut que je sache! (il va pour ouvrir la fenêtre.) L’équipage est parti!... oh! c’est folie de croire à ce que j’ai vu, mais j’y crois.;. Une arrestation me menace, dit-on. Quand je ne devrais sortir d’ici que prisonnier ou frappé de mort, je ne garderai pas plus longtemps un pareil doute... et pour savoir la vérité, j'accepte le cachot,
J accepte la tombe! (Il va pour sortir, la porta dn fond >’ ouvre, Marie en liabits de mariée parait au fond.)