DÉPOSITION DE MARY-ANNE WILSON
Je crois qu'il y aura dix ans dans trois mois que je demeure chez la princesse de Galles en qualité de femme de chambre.
Je sers les dames de compagnie de la princesse.
Je me rappelle le moment où Tenfant qui est à présent avec la princesse lui fut amené.
La mère apporta l'enfant. Il paraissait avoir environ quatre mois. Je me rappelle qu'on avait apporté des jumeaux à la princesse avant qu'on lui eût apporté cet enfant.
Je n'ai jamais remarqué que la taille de la princesse fût différente cette année de ce qu'elle était auparavant ; je n'ai jamais pensé que la princesse fût enceinte. Je l'ai entendu dire il y a très-longtemps, mais je n'ai jamais soupçonné, moi, qu'elle fût grosse.
Je crois qu'elle n'aurait pas pu être grosse et porter son enfant à terme sans que j'en eusse eu connaissance.
J'étais à South-End avec la princesse. Le capitaine Manby venait lui rendre visite. Je faisais le lit de la prin-
cesse, et j'ai toujours été dans rhabitiKje de Je faire pendant tout le temps que j'ai demeuré chez Son Altesse Royale. Une autre servante, appelée Anne Bye. m'aidait à faire le lit. D'après ce que j'ai remarqué, je n'ai jamais eu aucune raison de croire qu'il eût couché deux personnes dans ce lit...
J'ajoute...
(Ce que Mary-Anne-Wilson ajoute ne s'écrit pas en français, le style à huis clos n'existant pas encore.)
Signé: Mary-Anne \N'ilson.
Itéposition faile sous serment, le 6 juin 180G, par-devant nous Signé: Ebskine, Grenville, Spencer, Ellenborough.
Si le monstrueux procès dont nous déroulonf« un à un les anneaux n'est pas connu en France comme le procès Pergami, c'est qu'il éclata au moment où la guerre, et la iiuerre la plus violente qui fut jamais, régnait entre Georges m et Napoléon. Toutes relations étaient rompues de ce côté-ci à l'autre du détroit qu'une fibre de cuivre réunit aujourd'hui.
Nous nous trouvions alors plus éloignés de l'Angleterre que nous ne le sommes aujourd'hui du Kamtschatka. Plus tard, l'affaire Pergami étouffa de tout son poids celle de Sidney Smith, du capitaine Manby, de sir Lawrence et de lord Hood. Tous ces petits adultères fureni
dévorés par le grand ; la grande honte absorba toutes les petites hontes.
On demeure confondu devant tant d'audace de la part de l'accusation ; accusation ignoble, folle, stupide, dégoûtante, niaise, cruelle, méchante, plate, abominable, ridicule, portée par un fou plus fou que son père, conseillée par d'augustes prostituées, mais non sans but, gardez-vous de le nier.
Le but de cette agression royale contre une royauté, le voici : Si le prince de Galles parvient à prouver que sa femme a été la maîtresse ou du capitaine Manby, ou de sir Thomas Lawrence, ou de sir Sidney Smith , ou de lord Hood , ou du premier grand seigneur venu, ou du premier palefrenier des écuries de la princesse, rien ne sera plus facile de prouver également qu'elle est la mère de AYilliam Austin, le petit garçon qu'elle élève pour distraire ses loisirs et entretenir son esprit de charité. Une fois l'adultère et la bâtardise démontrés, la première accusation portée par le prince contre Caroline, celle qu'elle a été la maîtresse du capitaine Pôle , celle que la princesse Charlotte est la fille du capitaine Pôle, cette accusation devient des plus évidentes, et le mariage des deux Altesses est aussitôt cassé pour cause d'infamie. Tel était en deux mots le but de la conspiration diabolique* au milieu de laquelle on jeta toute nue la pauvre princesse pour qu'elle fût brûlée toute vivante; conspiration que nous achèverons, pièces en main, de raconter pour l'édification de notre époque.