LE COLORISTE
On a dit et répété que les artistes wallons n'étaient point des coloristes. C’est là donner aux mots un sens restreint. On est coloriste par la sonorité des couleurs, par le prestige qu'on leur prête, par le don d’envoûtement qu’on leur confère. Et ainsi, risque-t-on de sombrer dans la pire hérésie. La couleur cesse d’être un moyen. Elle devient un but, une sorte d’instrument de musique d’où l’on fait sortir le sortilège décevant de la couleur pour la couleur. |
On est aussi coloriste, si, laissant la couleur au rang où il sied qu’on la tienne, on lui fait rendre ainsi tout l'effet logique, tout l'émoi sensible qu’on en désire.
Ainsi Roger de la Pasture, ainsi Watteau, qui furent de dr purs wallons, mais voisinèrent, par les disciplines reçues, par des mitoyennetés de frontière, avec l’art flamand; ainsi
Navez, et toute l’école hennuyère de jadis et ses héritiers d’aujourd’hui, Anto Carte, Allard L’Olivier, Paul Leduc, Guilbert, Londot, Cauchie, pour ne nommer que eux-là, qui usent du coloris en profondeur, par le dedans, pourrait-on dire, et en nuancements experts et savants, mais en circonscrivent le pouvoir et l’associent logiquement à la royauté des fortes indications linéaires.