LA FORMATION ARTISTIQUE
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Georges Le Brun, à l’athénée de Verviers, étudia en art le rudiment, sous la conduite de M. Constant Simon.
Parce qu'il y apportait tout son cœur, il y progressa en grande hâte. Son père qui est un ingénieur remarquable, examinait ses essais. Il se plaisait à lui en indiquer les faiblesses de construction. Ce détail avec d’autres, par exemple des études universitaires ébauchées à Bruxelles, rendra compte d’un certain caractère, nous dirions volon-
tiers, scientifique, expérimental, rationnel, qu'on rencontre
dans son art.
Venu plus tard à Bruxelles, il ne fera que traverser
en marge des écoles. Il fréquentera deigrands artistes, comme Meunier, Laermans, Degouve de Nuncques, Lemmen. Une affinité naturelle l’attire vers ces fortes personnalités. Il vécut ainsi en dehors des idées courantes, se forma sur les maîtres et selon ses propres conceptions d'art. ok { Aussi ne sera-t-il toujours qu'une sorte d'autodidacté"ét on peut dire, mais d’un autodidactisme réfléchi, lettré et savant. té
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Tête d'homme à la pipe avec chapeau.
Fusain.
Personne ne lui a enseigné les roueries du métier, les recettes d'atelier, à cause de quoi subsistera-t-il toujours chez lui une certaine roideur d'expression, quelque besoin d’effort, de fenteur, d’opiniâtreté laborieuse.
Il ne se dépense pas en vains jeux de pinceau, en brio étincelant et effréné. Ni sa façon de voir les choses, ni la qualité de son tempérament, ni ses procédés d'art, ni le caractère des choses à exprimer, ne l'y prédisposaient. Il trav lille comme un probe artisan.
Il n'abandonne rien à la fantaisie ni aux écarts heureux de la main. Il met dans sa peinture tout ce qu'il veut qui y soit et il n’y admet rien qu'il n’y ait voulu au préalable. Aucune fougue, nulleimpatience. Une inspiration modérée, un acheminement mesuré.
Aussi bien de quelles précautions n’entoure-t-il pas ses réalisations! Il procède avec la ferme lenteur de l’architecte. Mais là-dessous, il n’y a pas à s’y tromper, on rencontre l’affleurement d’une sensibilité obéissante et sage. Cette main patiente est, en même temps, experte et émue. Cet œil obstiné atteint aux moindres nuancements,
et il conduit la main avec la douce satisfaction qu’apporte
une mère pour son enfant dont elle assure avec tendresse chaque pas.
Sous la ferme et robuste ordonnance, se fait jour un lyrisme contenu. [1 est dans l’harmonisation des lumières,
dans le travail discret et fouillé des ombres, dans la recherche des réverbérations enveloppantes et des éclai-
ages réciproques.
I] doit toute cette technique à soi-même, à soi seul. Nul
autre que la peinture des maîtres et leur fréquentation assidue ‘ les lui a enseignés. Mais la réflexion, le travail,
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l'étude, l'expérience laborieuse sont des professeurs incomparables.
S'il use de l’huile, il amène sa peinture par des charges successives, sans surcharge proéminente et rugueuse, à l'épaisseur voulue. Car il recherche l'épaisseur; il professe que la matière, une fois au justé point, exprime, pour l'œil, exactement l'apparence, la réalité extérieure ges choses. … | Ne
S'il recourt au papier, comme support, il en assurele . rendement logique par des dessous minutieusement con- LS 4 struits, solidement établis. Il affectionne le procédé au + fusain qu'il fixe, retouche et refixe jusqu’à obtention totale du résultat cherché.
Cette expressive assiette, cette primordiale architecture,
il la réchauffe de légers rehaussements à l’aquarelle ou au pastel. Il accentue son coloris aux endroits choisis, par quoi il veut qu’il se présente dans une éclatante évidence.
Ainsi nourrit-il son art de la substance même de sa pensée. Ce n’est évidemment pas une pensée au sens propre au mot. La peinture ne pense pas. Elle traduit des réalités plus ou moins profondément. Mais ainsi comprise, elle invite à penser. Elle conduit l'esprit, par les chemins , de l'émotion sensorielle, jusqu’au seuil même de la pensée. 6
Ainsi l’art de Georges Le Brun s'apparente à l’art des grands maîtres. Il s'y apparente davantage encore d’être un résumé d'art, une réalité pensée et pensante, dépouillée de tout vain luxe et de tout élément superflu. ne
Parfois, le dépouillement confine à l’abstraction pure, # presqu'à l’aridité, Mais ce n’est là qu'une courte minute d’exaltation logique. Le
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à Longfaye.
Aquarelle.
érieur
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