‹ Georges LouisChapitre 107 sur 145 · NU TN · texte numérisé non relu

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222 CEORGES LOUIS

River. — Pourquoi lui en vouliez-vous tant ?

NéLIDOFF. — Il était trop embétant : il ne comprenait pas.

RivET.— Vous voulez dire qu'il ne voulait pas comprendre ?

NéLiDorr. — On se tuait à lu dire blanc, et il disait noir à Paris.

RIVET. — C'est-à-dire qu 1l défendait l'intérêt français, et qu'il ne voulait pas être l'organe d'Isvolsky. En tout cas, si vous trouvez que M. Louis n’agissait pas assez, vous allez être satisfait. Vous aurez un maître, maintenant. Delcassé sera

impératif à souhait.

Nelidoff était un de ces Russes pour qui le Français déclinant la guerre générale est toujours un Autrichien, suprême injure : COMME Isvolsky, il avait ses entrées au Rousskoie Slovo. Pas mal de militaires appartenaient à la même école. Tel un certain capitaine Svetchine : « Enfin on le rappelle! — Pourauoi êtes-vous si content ? — Parce qu'il avait peur de tout.» Avoir peur de tout, c'était refuser de marcher derrière le Monténégro et la Serbie. Sazonoff, moins entier et moins panachard, nageaït entre deux eaux. L'Empereur lui avait demandé : « Pourquoi le remplace-t-on? » Et il avait répondu à tout hasard : «Parce qu'on a besoin de lui à Paris.» M. de

Chambrun raconte ainsi une amusante conversation avec le ministre :

Hier soir, je me suis trouvé au ballet dans la même loge que M. Sazonoff. Il m a dit avec quelque embarras : { Est-ce que votre Ambassadeur est très attristé? — Il ne m'a rien dit qui me le fasse supposer. Vous connaissez l'Ambassadeur. Il est très philosophe. — Personne n’a été plus surpris que moi du changement d'Ambassadeur. Rien ne me l'avait fait prévoir. Et Mne Louis? Savait-elle, quand elle a quitté Paris, ce qui se préparait? — L'Ambassadeur ne m'a rien dit.”

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Au total, Georges Louis recueillit la majorité des sym- |

pathies, qui se traduisaient généralement par cette opinion la plus courante : {Il eût été bien étonnant que deux hommes aussi différents que Sazonoff et Louis aient pu s'entendre : le premier, si peu sincère et à l'esprit si volontairement imprécis, l’autre si amoureux de précision et de franchise. >» Quelques manifestations furent encore plus éclatantes. Georges Louis en a intitulé le récit : « Fin de ma mission en Russie (février-mars 1912), souvenirs de ma femme, écrits sous sa dictée. » Nous retrouverons là le même Kokovtzoff qui frappa si fort du poing sur la table en criant : € Celui qui a dit que le Couvernement russe a demandé votre rappel en a mentir»:

Nous dinions au Ministère des Finances chez le Président du Conseil des Ministres, M. Kokovtzoff. C'était le diner d'adieu. J'étais placée à côté du Président, et voici les fragments de sa conversation que j'ai retenus textuellement : «Si votre mari part, ce n’est pas ma faute. Nous avons toujours été d'accord. Personne ne le sait mieux que lui.

« — Regardez-le. On le dit malade. Je ne l'ai jamais vu si bien portant.

«— M. Fallières était un calme et un modeste. Îl valait mieux pour la France que votre nouveau Président. MI. Poincaré a la vogue, Mais la vogue passe vite en France. Nous verrons combien de temps il se soutiendra. On nous raconte que M. Îsvolsky est goûté à Paris. N'est-ce pas surtout par les duchesses etles marquises ? Il circule ici une étrange histoire de menus: il y aurait à notre Ambassade des tarifs assez chers pour les duchesses, et d’autres à bon compte pour le Gouvernement ? »

Parmi les autres convives du Président du Conseil, se trouvait le plus connu de ses prédécesseurs, le Comte Witte. À peine étions-nous sortis de table qu’il s’approcha de moi. Îl me dit d’une voix très émue : « Madame, je vous en prie,

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