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le Gouvernement français et de hautes personnalités touchant de près le Saint-Siège avaient été organisées. C'est sous le ministère Caillaux, en 1911, que cette réorganisation prit corps. Un des secrétaires de l'Ambassade de France près le Quirinal fut alors chargé par le Gouvernément français d’être l'intermédiaire de ces relations. Ces rapports étaient transmis par notre Ambassadeur au Ministère des Affaires Étrangères.
Lorsque M. Poincaré prit possession des services du Quai d'Orsay, il donna l'ordre de supprimer cette organisation.
J'ai toujours été partisan et défenseur des relations officielles avec Rome. En leur absence, des relations officieuses valaient mieux que rien. Je m étonnai donc que le Président de la République eût eu, comme Président du Conseil, si peu de largeur dans ses idées. Je demandai s'il agissait ainsi par amitié, pour remercier M. de Mun de ses concours, et je rappelai le fameux mot à Charles Benoist : « Nous sommes séparés par toute l'étendue de la question religieuse. » L'article indisposa M. Pomcaré, et par téléphone il me convoqua pour le lendemain à l'Elysée. Il devait être piqué au vif à un point bien sensible : car son irritation était sans bornes. Les députés catholiques l'avaient élu, et la minorité de droite était indispensable à la majorité ministérielle sur laquelle se fondait sa politique. Il n aimait pas quon s aperçût de son horreur pour le catholicisme au moment où il quêtait les voix catholiques. Entre nous deux la scène fut donc assez chaude. Quand il reprit son calme et ses esprits, il s'avisa d'un petit effet pour ramener à lui ce qu 1l croyait être une opposition personnelle. Il me parla patrie, armée, guerre, trois sujets qui ne me laissaient pas indifférent. Îl me raconta d'abord que d’après ses informations la Russie avait perfectionné sa puissance militaire au
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point d'être imbattable. Notre attaché militaire, le général de Laguiche, venait de lui décrire un voyage à travers toutes les régions de la Russie jusqu’au Kamitchaka, qui comblait d'admiration son cœur de soldat et son âme de stratège. M. Poincaré n'avait plus le moindre doute sur la victoire des Russes s'ils envahissaient l'Allemagne. Il croyait aux huit millions de baïonnettes dont les chauvins exaltés de Moscou et de Saint-Pétersbourg nous promettaient merveille.
Après cet exorde, M. Poincaré me dit textuellement : « L'incident Liman von Sanders vient d'être réglé, mal réglé d'ailleurs. La Russie accepte ce dénouement de fait, mais sa patience est à bout. Quel que soit le conflit, petit ou grand, qui s'élèvera dans l'avenir entre la Russie et l'Allemagne, il ne passera plus comme le dernier. Ce sera la guerre. » On se souvient que le général allemand Liman von Sanders, dans le partage des attributions militaires accordées par la Turquie à des officiers étrangers de terre ou de mer, avait recu le commandement d'un corps d'armée ottoman. La Russie estima qu'une telle place entre de telles mains, en vue des complications futures, donnait aux Allemands une prépondérance intolérable. Pour arranger ce différend, Liman von Sanders fut investi du grade de maréchal, hiérarchiquement supérieur à celui de commandant de corps, mais ne disposant pas de troupes directement sous ses ordres. M. Poincaré n'avait pas tort de dire que la transaction ne valait pas cher. Sa prédiction certaimement autorisée n en était que plus grave. J'eus l'impression d’un rideau S ouvrant tout à coup devant moi, ét la vision future de catastrophes sans fin.
. La politique de Georges Louis m'apparut dans un instant tragique en face de celle d’Isvolsky que M. Poin- Caré calquait éperdument. S'étonnera-t-on qu'au com-
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mencement de juin, dans un diner chez NI. Querenet auquel assistait Mer Baudrillart, j aie répondu à un convive m'interrogeant sur les chances de paix ou de guerre : « Je crois à la guerre parce que MI. Poincaré est l'homme le plus belliqueux de l'Europe. » Quelques mois avant, Stéphen Pichon m'avait dit : € Isvolsky est l'homme le plus dangereux de l'Europe. » Nous ne nous trompions
mi l’un ni l'autre.
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fonction. Pour avoir l’air de lui maintenir une sorte de
C'est un usage que les ambassadeurs, en quittant leur poste, rendent visite au Président de la République. Mais ce nest pas une obligation. Georges Louis ne s’y serait pas dérobé si la démarche n'’eût été facultative. Îl n’alla pas chez M. Poincaré, qui l'attendit vainement pas mal de jours. Enfin, 1l prit sur lui d'appeler celui dont il ne pouvait pas ignorer les sentiments à son égard. Cette fois, Georges Louis ne crut pas qu'il avait le droit de faire sécession. Au cours de l'entretien, M. Poincaré trahit son unique préoccupation, recommandant à Georges Louis de ne jamais parler des affaires passées et’ dela
crise diplomatique allant du 8 mai 1912 au 17 février 1913.
Il Jui fut simplement répondu : « Vous n'avez pas besoin, M, le Président, de m'apprendre à faire mon devoir. » Le Président était loin d'avoir eu le dessus, et, pour se prémunir contre un danger qu'il redoutait fort, il usa du manège alternatif de la douche chaude et de la douche roide qui réussit parfois avec des tempéraments moins fiers et moins endurants que ne l'était Georges Louis. D'une part, il se flattait de l’immobiliser sans l'occuper : on refusait un poste à l'ambassadeur en le gardant à la disposition. Sa politique n'avait plus d'emploi, et il restait condamné au secret professionnel, comme s’il était en
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De D faveur et rendre plus difficile l'expression de son déplaisir, DRE M. Poincaré lui fit octroyer le grand cordon de la Légion DR fi : < :
EL LC d'honneur. Pour sa remise, l'ambassadeur était condamné
[hi à recevoir les insignes, avec l'accolade, du Président de la HE République. Il en fut navré, et dit aux siens qu il irait Fi È ‘ x l'Elysée comme au plus grand supplice de sa vie. Îl en EE . garda toujours le souvenir cuisant, la souffrance et l'humi- LE & Là lation.
HS Georges Louis subit l'attente énervante d’une désigna- PE 4 ton dont le retard indéfini était calculé pour l'user dans HU 1 l'inaction. Il se lassa et résolut de briser sa chaïne. Le RE & |: 20 décembre 1913, il écrivit à M. Doumergue, Président
EE D 1 du Conseil, ministre des Affaires étrangères :
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| 3 E | Monsieur le Président, | l È | J'ai l'honneur de demander mon admission à la retraite. EH: Veuillez agréer, Monsieur le Président, l'assurance de ma
DE D à haute considération.
ne Cette lettre était accompagnée d’une autre d'envoi à
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At | M. de Margerie :
ch Le Mon cher Collègue, fs Voulez-vous bien remettre au Ministre ma demande ci-
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ie jointe d'admission à la retraite et hâter les formalités à remplir + (+ pour qu'elle soit accueillie? Je vous en serai obligé.
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Ne recevant pas de réponse, il se décida au bout de dix-huit jours à récrire, avec la suscription personnelle ?
sur l'enveloppe à M. Doumergue :
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LA RETRAITE ET LA MORT 237 CA Paris, 8 janvier 1914 } i
Monsieur le Président,
J'aurais un sérieux intérêt à ne pas rester plus longtemps è dans la situation provisoire où j'ai été placé à mon départ de ee Saint-Pétershbourg. Je vous serai donc très obligé de vouloir | bien, ainsi que je l’ai demandé par lettre du mois dernier,
prendre les dispositions nécessaires pour que je sois admis à ‘À ‘ Ja retraite. 4 Veuillez agréer... k GEORGES LOUIS. :4 < ur #È Cette fois M. Doumergue s'exécuta dans les quatre jours. L'’obstacle venait certainement de l'Elysée, que : À troublait la demande de Georges Louis. M. Poincaré : 4 9 eo a e se 8 ® se A Ù BE + s'opposait à sa réintégration, et s’inquiétait qu 1] renonçât à A e ee œ ? o e La L] e LT à la situation indécise qui le rendait inoffensif. M. Dou- . mergue regrettait peut-être pour sa part de mettre fin à la n. QE ns e » e $ e e carrière de Louis : mais il était trop l’obligé du Président | de la République pour ne pas lui obéir. Il écrivit donc À une lettre où sa réserve est marquée par le mot personnel- 18 9 L ° * 28 lement, d'autant plus curieux que, comme Président du <i Conseil et ministre des Affaires étrangères, 1l avait tous E les droits et tous les pouvoirs pour nommer Georges Louis 1 à un autre poste ou le désigner pour une vacance. Mais : à e 9 ® ® : RS | F il n'était pas libre : : l | 12 janvier 1914 . À | | ‘ # | LE PRÉSIDENT DU CONSEIL, MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES, ni. A MONSIEUR GEORGES LOUIS, AMBASSADEUR 1 | 1h En réponse à votre lettre du 8 de ce mois, j'ai l'honneur de “ vous faire savoir que je vais prendre les dispositions néces- f saires pour que vous soyez admis à la retraite. di “14 | AR
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238 CÉORCES LOUIS
En cédant ainsi à votre désir, je n en tiens pas moins à VOUS exprimer dès maintenant les regrets très vifs que ] éprouve personnellement à rompre le lien d'activité qui vous attachait au Département où tant d'éminents services vous avaient fait une place considérable.