‹ Georges LouisChapitre 124 sur 145 · POS ET · texte numérisé non relu

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rébus ou fantôme inconsistant. Si elle se fût doutée de ce que ce mot fétiche, dont elle se toquait, lui coûterait plus tard de repentirs, quel désarroi, quelle débandade inénarrable ! |

M. Poincaré, lui,‘aussi renseigné que sa majorité l'était peu, puisait son calme ailleurs. Le matin même, sa police bien stylée lui avait garanti que le clan adverse ne détenait pas même un brouillon de rebut rédigé par Louis. Enhardi par cette indigence, enfonçant cette porte ouverte, 1l tempêta comme s'il flétrissait une infamie, simulant l'exaspération, réclamant les mots fatidiques dont ses quatre interpellateurs étaient dépourvus. Comediante, tragediante. Cachin avait eu le jeu trop large : 1l se proposait d'amener le nom de Louis à propos d'une dépêche topique de l'Ambassadeur russe Benckendorf à Sazonof. Les malentendus redoublèrent. La Chambre feignit de croire qu'il fuyait le débat, alors qu'ilattaquait. Son second crime fut d'invoquer comme référence le Livre Noir. Il porta la peine de l’horreur universelle contre ce recueil des correspondances inédites de la diplomatie tzariste. Ce fut pour M. Poincaré une magnifique occasion de faire d’une pierre deux coups.

Rien de plus authentique que ce Livre Noir, tant détesté et trop peu consulté. Mémento d'un personnel sans méfance, il est rempli d’aveux qui dévoilent les mobiles rarement idéalistes et les combinaisons fluctuantes du Gouvernement russe si oriental, si loin de nous et de notre mentalité. Comme dans un cinéma panoramique, nous y assistons au démarrage insidieux d'intrigues dont les contre-coups furent sanglants, promenèrent le feu des Balkans jusque dans nos campagnes ravagées et nos villes brûlées. Pour la politique hypocrite qui s est embusquée aux origines de la guerre, cette lecture est désastreuse : c’est un contre-poison topique. Si Cachin se füt

borné à une analyse de ce Livre Noir, délaissé, le pavé aurait fait quelque bruit dans les mares stagnantes, Mais, oubliant que le mieux est l'ennemi du bien, il gâta un effet solide et utile par l'évocation de Louis. En vérité, le Livre éclaire les dépêches de l'ambassadeur, et ces dépêches éclairent le Livre. La conjonction des deux astres éclipse M. Poincaré. Mais les interpellateurs n éclairèrent que la moitié de leur lanterne.

Le Président du Conseil en deux temps et trois mouvements s était débarrassé du postulat de Louis. Il se retourna contre le Livre Noir. Il fallait empêcher les chauvins de le questionner sur ce maudit pamphlet. Il le disqualifa en bloc, le mit à l'index sur la liste malsaine des volumes innommables. Il lui consacra même à la tribune tout un éreintement, mélange d'attaques ad hominem, d'anathèmes, et de pauvres arguments bien défraîchis. Qu'on en juge |

M. Poincaré. — … MM. les communistes cherchent à tirer parti de certaines publications plus où moins exactes, en tout cas incomplètes, qui émanent des Soviets, et notamment d'un livre auquel on a donné le titre un peu mystérieux de Livre Noir, livre qui a été traduit en français, par un journaliste dévoyé resté À la solde des Soviets, M. Marchand, dont, entre parenthèses, j'avais facilité le début de carrière. (Rires.)

Quand une Chambre rit, elle est plus que désarmée : elle est acquise. M. Poincaré est friand de ces exécutions qui lui permettent de ne pas répondre sur le fond-des questions en fonçant sur un pauvre diable. Cachin releva la diversion et qualifia Marchand de trés honnête homme.

Le Président du Conseil récidiva, et sa réplique siffla, méprisante :

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