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M. PoINCARÉ. — Monsieur Cachin, si c'était un s1 honnête homme, je vous garantis qu'il n'aurait pas écrit à mon endroit ce qu il m a écrit...
Lorsqu on est venu solliciter un service dans le cabinet d’un homme politique, on est au moins tenu au silence. (Aphlaudissements.) :
Quoi qu il en soit, Messieurs, le Livre Jaune que nous avons publié nous-mêmes montre les lacunes, les mexactitudes, les erreurs, les fantaisies et les coupures volontaires de ce Livre Noir. On...a mis en relief en gros caractère un certain nombre de passages dont on veut tirer des conséquences désobligeantes pour mo...
Un distingué diplomate... M. Romieu, a fait soigneusement la comparaison des textes dans une brochure récente, et il a montré toute la mauvaise foi de la publication russe, telle qu'elle a été présentée. |
Personne dans la salle n'avait lu Romieu. Personne ne le lut plus tard ; personne ne le lira ! Mais tout le monde fut convaincu que Romieu avait réfuté le Livre Noir. Comment la Chambre, toujours empressée à conspuer ceux qu excommunie M. Poincaré, n'aurait-elle pas ratifié l'exclusive où déborde une colère sourde contre les divulgations vexantes du Livre Noir? |
Certes, 1l eût été opportun que l'Opposition le commentât. Sa publication est déjà par elle-même un phénomène. [Il nous arrive d'un au delà plus inaccessible que le sépulcre d'un Pharaon. Nous le tenons d’un cataclysme cyclonique qui a renversé de fond en comble une vieille société et lui a substitué son antithèse absolue. Ce bouleversement fait couler à flots dans les ruisseaux de la rue les secrets de la diplomatie la plus fermée du monde. Les lois faites à leur usage par les chancelleries pour dormir dans la plus douce quiétude ne gênent pas les Bolché-
Elles ont toutes deux passé à côté du sujet. Les commu-
vistes. Ni clefs, ni coffre-forts, ni protocoles n’intimident un Gouvernement qui voue ses prédécesseurs aux gémonies, qui veut anéantir leur souvenir après avoir dispersé leurs cendres au vent. Les blâmes, foudres et vetos sont de piètres sauvegardes contre de tels explosifs. Or Moscou en possède l'arsenal inépuisable.
Tel quil est composé et imprimé, le Livre Noir, compact, massif, d'une fâcheuse 1llisibilité, n'est guère attrayant : 1l rebute les amateurs, les apprentis et les débutants. Mais 1l est riche en substantifique moelle. Lorsque les fils barbelés qui l'encerclent seront coupés, on sera stupéfait du silence de la congrégation sacro-sainte des rites diplomatiques. On ne l’éhiminera point par les ordres de l'ignorer. La digression de M. Poincaré sur le dos du traducteur Marchand n'est pas plus opérante. Chez lui l'avocat chasse le philosophe et l'historien. De même, ses gémissements enfantins sur la grosseur des
caractères d'imprimerie dans les pages dites désobli.
geantes, sont piteuses. Les metteurs en page du Livre Noir recourent au procédé classique du journalisme
moderne pour clouer au pilori les artisans de la guerre
mondiale : c'est leur droit. En plastronnant contre ces taquineries, un chef responsable n'évite qu’un moment la controverse. Combien M. Poincaré est au-dessous des discours d’un Thiers disséquant la politique extérieure de Napoléon III! Instruisant les peuples, il leur enseignait que les prétendus hommes d'Etat qui laissent flotter es rênes et refusent de regarder la vérité en face sont gagnés à la main par les catastrophes.
énigme portée à la tribune en 1922 n'était pas moins formidable que celle où Thiers a marqué en 1870 son empreinte géniale, Mais cette fois l'attaque et la défense n ont pas laissé de traces dans la mémoire des hommes.
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nistes méconnurent la force et jusqu’à l'esprit de leur | secte : au lieu de s’enfermer dans le cercle du Livre Noir | qu'ils avaient reçu de Moscou, cercle étroit mais infran- | chissable, ils ont essayé de juxtaposer les archives fran- | çaises et russes. De là leur appel à Georges Louis. 5 1ls | l'avaient accompagné de la plus minuscule citation, d'un | texte authentique, c'était un coup de maïtre. Alors la | scène shakespearienne où M. Poincaré défa Marcel | Cachin à trois reprises d'apporter un mot, un seul mot de Louis, ne se serait pas terminée dans l’apothéose et les acclamations. Les opposants jouèrent tout ou rien : :l n’eurent effectivement rien. Victorieux, le Président du Conseil le fut, même au delà de son attente. Le blancseing qu'il tenait d'un vieux contrat remis à neuf fut signé par 532 votants : derrière son char triomphal, les 65 voix de la minorité composaient un groupe dérisoire. Absous dans le présent, il l'était aussi dans le passé. Un
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HU tel succès aurait-il duré? Peut-être, s’il n'avait pas éprouvé ‘5 EN le besoin de le compléter par deux ou trois chapitres | FE d'exposition apologétique sur ses rapports avec Georges : ER £ Louis. Il ne résista pas au plaisir de faire homologuer son 2 récit par la Chambre. Un lieutenant d'Annibal lui disait | 4 pee après Cannes : « Tu sais: vaincre, mais non profiter de la | hi victoire 1» M. Poincaré n’usa pas seulement de sa vic- | ii 0 toire : il en abusa. Ne nous en plaignons pas trop : nous Hi À devons à son monologue l'attestation publique qu'il a FN. 1 menti.
AA À Tout son discours du 6 juillet 1922 n’est qu un hymne DE LAS à sa gloire, une joyeuse fanfare. Ses sarcasmes n'épargnent 5 ANS aucun de ses contradicteurs. Il les règle tous les uns après dE les autres. M. Vaillant-Couturier, ayant exhumé un d article de l'Opinion où Maurice Colrat, son ancien secré- Er. taire et ami, le louait en termes un peu compromettants, AR: f ‘ è : ie comme chef du parti de la guerre, M. Poincaré soutint que MU He
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M. Vaïillant-Couturier lisait mal, et que le numéro de l'Opinion qui le mettait en cause n'avait pas été écrit sous la direction effective de Colrat. À ce démenti, 1l joignit une leçon pédantesque de professeur en chaire à un élève étourdi :
Monsieur Vaillant-Couturier, vous auriez pu lire le numéro tout entier. Vous trouvez cela tout à fait naturel? Vous êtes avocat stagiaire. Laissez-moi vous donner un conseil, un conseil d'aîné. |
Quand vous mettez une pièce au débat, lisez-la toujours tout entière, et ne laissez jamais à vos contradicteurs le soin de compléter votre lecture.
C’est un détestable procédé, et il ne réussit jamais ! (Rires et applaudissements.)
Le rigorisme de M. Poincaré en matière de citations et d'arguments l’honore. Cette austérité puritamne dont il se targue pour autrui ne sera pas oubliée. Une heure avant d’avoir donné sur les doigts de M. Vaillant-Couturier, comme un lauréat de l'Ecole des Chartes, comment niait-1l l'existence d'un mot de Georges Louis? Car c'était le nier d'en exiger la production et de triompher de son inexistence, s'il n'était pas produit séance tenante. Îl a construit sa défense sur une double subtilité. Elle a trompé la Chambre et mis jusqu'à ses adversaires en défaut. Au cours de son plaidoyer il risqua même une phrase épique : « Nous sommes aujourd’hui dans l'histoire. Hier nous étions un peu dans le roman. » Eh bien voyons comment M. Poincaré écrit l'histoire :
M. PoINcARÉ. — À aucun moment, M. Isvolsky n a exercé sur la politique française la moindre influence. … Nous avons. pratiqué autant que possible. une politique
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