‹ Georges LouisChapitre 126 sur 145 · MERE · texte numérisé non relu

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de rapprochement avec tous les pays d Europe, et nous avons pratiqué cette politique en plein accord avec l'honorable M. Louis, ambassadeur à Saint-Pétersbourg...

M. Vaillant-Couturier a prétendu que j'avais poursuivi M. Louis de je ne sais quelles persécutions, et M. Cachin a essayé tout à l’heure de revenir sur cette allégation. Mon démenti immédiat a un peu interrompu sa démonstration.

Rien n'est moins exact. J'ai des lettres personnelles de M. Louis qui font foi du contraire.

Si M. Louis ne m'a pas accompagné à Moscou en 1917, c'est pour une raison que j ai regrettée plus que personne. M. Louis était très souffrant. C'était un excellent agent, consciencieux, attentif, avisé, mais 1l était déjà atteint de la maladie dont il est mort. Il était un peu renfermé à cause de cette maladie, et il vivait très isolé à Saint-Pétersbourg. Il ne voyait presque jamais l'Empereur, dont le Gouvernement

de la République finissait par ignorer complètement la pensée.

M. LE LIEUTENANT-COLONEL JossE. — Pourquoi, dans ces conditions, l'avait-on envoyé là-bas ?

M. PoiNcaRÉ. — Mais j'ajoute que, contrairement aux affirmations qui ont été reproduites tout à l'heure à cette tribune, nous avons maintenu M. Louis à Saint-Pétersbourg bien au delà de la date qu indiquait tout à l'heure M. Cachin. Îl a été maintenu jusqu’au mois de février 1913, et c'est alors, sous le ministère de l’honorable M. Briand, et parce qu'il était impossible de le laisser à son poste davantage, qu'il a été rappelé. Mais on avait maintenu M. Louis aussi longtemps

qu'il avait été possible de le mamtenir.

M. FEerDiNAND BoUGERE. — Trop longtemps.

M. PoINCARÉ. — Non, pas trop longtemps, parce que, par son intelligence et l'autorité de ses services, il rendait encore la représentation française des plus honorables.

Mais il ne voyait presque jamais l'Empereur, et vous savez que l'Empereur était lui-même assez difficile à pénétrer.

tude,

L'affaire de Kiel nous avait appris à redouter quelque peu ses inspirations personnelles.

En outre il y avait entre M. Louis et M. le Ministre des Affaires Étrangères M. Sazonoff, une sorte d'incompatibilité d'humeur qui avait amené M. Sazonoff à faire demander le remplacement de M. Louis. Mais, après avoir entendu les explications de M. Louis et bien qu'il fût malade, nous l'avions maintenu en place, parce que nous n'avions pas voulu paraître le sacrifier à des réclamations d'un pays étranger, fût-ce un pays allié. Nous n'avons malheureusement pas pu lui rendre la santé et dissiper complètement le malaise qui existait entre les deux Gouvernements.

D'un autre côté, depuis ces longs, ces fameux démêlés avec le comte d'Aechrenthal — je vois M. Briand sourire, et, en effet, cela réveille en nous des souvenirs communs.

M. ARisTipe BrrAnb. — C'était le secret de notre inquié-

M. Porncaré. — Précisément. Il était mal vu en Autriche; nous savions qu’à chaque instant il pouvait y avoir des Imcidents assez délicats dus à des initiatives personnelles de

M. Isvolsky, dont nous étions fort loin d'approuver toutes les

idées.

. Enfin, par-dessus tout, dans le courant de 1912,nous étions inquiets de cette alliance balkanique sur laquelle nous n'avions obtenu, ni par M. Louis, ni par M. Isvolsky aucun renseignement précis.

C'est alors que M. le Président Fallières et les membres du cabinet que je présidais m'engagèrent tous à faire le voyage de Russie, pour tâcher d'obtenir des informations plus exactes.

Ainsi parla M. Poincaré d’un ton péremptoire. De haut, de très haut, il rejetait sur Georges Louis toutes ses insuffisances et toutes ses ignorances, en les dérobant sous un voile épais. Il s'était matelassé tant bien que mal

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de tous les côtés à la fois : aux dépens d’un fonctionnaire mort depuis cinq ans, sur le grand air de la force majeure, il créa une atmosphère factice où l’inexpérience de la Chambre s enlisa. Foncièrement rebelle par tempérament aux diatribes des révolutionnaires, sa parfaite incompétence la dispensait d'attention, de travail et d'équité rétrospective. Les auditeurs bénévoles du Palais-Bourbon, sans penser à mal, dirent amen à ce Président miséricordieux qui s'apitoyait si éloquemment sur la maladie imcurable d'un ambassadeur comblé de ses faveurs! Les orateurs communistes s'étalent-ils fourvoyés ? Nullement. Mais ils cédèrent devant l'assurance superbe d’une si belle envolée sans contre-partie. Leur bagage était maigre, fait d'échos rapportés par des tiers, dépourvus de cette force que confère à l'avocat plaidant des probabilités la possession d'une pièce incontestable. La majorité se détacha de la discussion, qui fondit et fusa en clameurs superflues, en fumée.

Dans cette assemblée frivole, dénuée de courage civil, un seul témoin du passé faillit crier son indignation. Me Louis, présente dans une tribune, avait écouté avec stupeur le langage offensant pour la mémoire de son mari, rabaissant sa vie, sans respect pour sa mort. Elle fut sur le point d'élever la voix de sa place. Les personnes de l'entourage remarquèrent son hésitation et sa pâleur. Pourtant elle se contint. Elle a raconté plus tardqu’inspirée

’ = - SF + par l'esprit de Georges Louis, elle s'était abstenue pour ne pas attirer à celui qui, malgré tout, personnifait le pays en détresse, un surcroît d'ennuis et de difficultés. Les inventions odieuses dont M. Poincaré se serait repenti amèrement, si Me Louis avait parlé, passèrent tranquillement indemnes. La lumière devait attendre quelques années pour briller et dissiper les ténèbres de la diffamation érigée en dogme d'Etat. C'était peut-être un stage

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nécessaire pour que la maturité des complications européennes atteignit son paroxysme et que l'outil des justes représailles, forgé par Georges Louis, frappât les coupables à l'heure de la France.

Trois vaillants écrivains, Ernest Renauld dans son Histoire populaire de la guerre, 1914-1919, Gouttenoire de Toury dans son livre : Poincaré a-t-il voulu la guerre), et Alfred Fabre Luce dans la Victoire se sont attaqués à l'idole qui nous a trop longtemps ensorcelés. Au premier, M. Poincaré a répondu : |

Avant comme depuis la guerre, j'ai toujours dit que } aurais regardé comme criminelle l'idée de déchaîner un conflit, même pour délivrer l'Alsace et la Lorraine: dans toute ma vie politique, j'ai tenu le même langage, et j ai conscience d'y avoir toujours conformé ma conduite.

Pour le second, qui lui reprochait d’avoir brisé Louis, d'être le seul auteur de sa révocation, il développa le thème dont il ft plus succinctement parade à la Chambre :

La santé de M. Georges Louis laissait malheureusement beaucoup à désirer (elle n’a cessé de décliner jusqu à sa mort). Lorsque, après l'élection présidentielle du 17 janvier, je quittai e ministère, M. Fallières confia la Présidence du Conseil à M. Briand et les Affaires Étrangères à M. Jonnart. Le nouveau Cabinet jugea bon que la France fût représentée à Saint- Pétersbourg par un Ambassadeur plus actif et aussi par un personnage plus important. Il choisit M. Delcassé, et, le 17 février, avant mon entrée à l'Elysée. M. Jonnart télégraphia à M. Georges Louis pour l'informer de cette décision. M. Gouttenoire commet donc une erreur lorsqu'il écrit que cette mesure a été un acte de ma présidence. Elle a été prise dans un moment où je n étais plus Président du Conseil, et où

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