‹ Georges LouisChapitre 127 sur 145 · À AL | M · texte numérisé non relu

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je n'étais pas encore Président de la République, par un ministère qui n’a certainement consulté en cette occasion que l'intérêt de la patrie.

Et je me suis borné ensuite à la ratiñfer.

La psychologie de presque tous les criminels offre des points de ressemblance que la science crimmaliste a soigneusement notés. [ls reviennent spontanément, comme malgré eux, aux lieux où le crime a été commis : ils sont intarissables en explications incessantes, derrière lesquelles ils cachent leur participation. M. Poincaré n'a jamais touché le point sensible pour lui, le point noir, celui des origines de la guerre, sans y introduire un exposé de l'affaire Louis, présentée sous l'aspect le plus avantageux pour son rôle historique. J'ai déjà reproduit deux documents où sa principale préoccupation est de s’innocenter, de se dépendre blanc comme neige. Il en existe un troisième dans le livre où 1l a réuni ses conférences. Le fond est identique aux premiers ; maïs la position même du tableau, la lumière dont il l'éclaire, quelques légères variantes méritent qu'il soit cité et comparé :

La pratique de l'alliance n'allait pas toujours sans difficultés, et la mise à l'unisson des deux politiques exigeait souvent beaucoup d'attention et de patience.

Au commencement de l'année 1912, le gouvernement que je présidais avait trouvé les liens des deux pays un peu relächés par suite de circonstances diverses : des divergences d'intérêts entre Français et Russes dans des concessions de chemins de fer en Anatolie ;: un consortium international qui

s'était formé en Chine pour d’autres exploitations de lignes à

ferrées, dans lequel étaient entrées l'Amérique, l'Angleterre,

l'Allemagne, la France, et dont on avait assez maladroitement

exclu la Russie ; enfin, brochant sur le tout, des relations un peu fraîches entre notre ambassadeur, M. Louis, et le Gouvernement russe.

M. Louis était un très bon agent, consciencieux, attentif et avisé ; mais il était souffreteux, renfermé, et. vivait très isolé à Saint-Pétersbourg. Il ne voyait presque jamais l’'Empereur, dont le gouvernement de la République finissait par ignorer complètement la pensée et dont l'affaire de Kiel nous avait appris depuis longtemps à redouter quelque peu les inspirations personnelles ; et en outre, il y avait entre lui et le ministre des Affaires Étrangères de Russie, M. Sazonoff, une sorte d'incompatibilité d'humeur qui avait amené ce dernier à se plaindre de lui à Paris et à faire demander son remplacement par M. Isvolsky.

Après avoir entendu les explications de M. Louis, nous l'avions maintenu en place : mais il subsistait, dans les rapports des deux Gouvernements, un vague malaise, dont nous ne discernions pas les causes et que, dans l'intérêt même . de l'Alliance, il était nécessaire de dissiper. D'autre part, nous savions que, depuis ses démélés avec Aerenthal, M. Isvolsky était assez mal vu en Autriche, et nous étions nous-mêmes très loin d'approuver toutes ses idées. Enfin, par-dessus tout, nous étions inquiets de ne rien connaître de cette alliance balkanique dont les journaux parlaient sans précision, et sur laquelle nous n’obtenions ni par M. Louis, n1 par M. Isvolsky aucun TenSeignement.

C'est alors, d'après M. Poincaré, qu’à une date posté- reure au mois de mai, il aurait été invité par M. Fallières et tous ses collègues à sauver cette situation ambiguë : alors 1] traita d'homme à homme | ‘affaire de notre ambassadeur avec Sazonoff.

| trilogie que je viens de mettre sous les yeux du lecteur forme un tout cohérent. Pour deux raisons déci-

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sives, M. Poincaré y brigue le Capitole. Par la parole, par le journal, par le livre, tantôt il déprécie la santé de Louis, tantôt il dénigre sa maladresse. Son activité avait baissé, ou, son intelligence n’était plus que l'ombre d'ellemême. Les rares compliments mêlés à ces épigrammes sont de ceux qui se distribuent par condescendance aux gens studieux, appliqués, qui se donnent beaucoup de mal et n’ont jamais été les premiers dans leur classe.

Passons en revue ces assertions diverses.

À la Chambre, M. Poincaré a dit :4 M. Louis était très souffrant », au Matin : « La santé de M. G. Louis laissait malheureusement beaucoup à désirer ; elle n'a cessé de décliner jusqu'à sa mort » ; à la Société des Conférences : «M. Louis était souffreteux ».

Jamais dans ses dépêches Louis ne s’est plaint de sa santé, jamais il n’a suspendu son travail. Me Louis, dans sa lettre à Bourgeois, en février 1913, affirme quil est florissant de santé. De 1913 à 1917, je nai pas cessé de le fréquenter ! Je n'ai pas observé qu'il fût fragile ou valétudinaire. Quinze jours avant la maladie dont 1l mourut, dont il ne souffrait nullement, il déjeunait chez moi avec le général Roget. Tous deux ont succombé à quelques jours d'intervalle de la grippe, qui faucha les plus robustes. M. Poincaré s'inscrit contre tous ces témoignages. Au nom de Louis il accole le terme souffrant, comme une épithète de nature, une épithète homérique. — Est-ce une erreur, est-ce un mensonge ?

M. Poincaré a dit que G. Louis ne l'avait pas accompagné à Moscou, parce que souffrant.

J'ai relaté déjà que Louis n’approuvait pas le voyage à Moscou. M. Poincaré s'y est diminué au milieu des fêtes du centenaire de nos défaites en 1812. Louis n était ni fatigué n malade. M. Poincaré prétend le contraire. —

Est-ce une erreur, est-ce un mensonge ?

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M. Poincaré a dit : « I] fallait à Saint-Pétersbourg un ambassadeur plus actif. »

Le 1% mai 1912, quelques jours avant la lettre dePaléologue, G. Louis avait écrit depuis le 1° janvier 222 dépéches. Aucun de ses prédécesseurs et de ses successeurs ne lui est comparable. M. Poincaré ne l'en qualifie pas moins d'inactif. — Est-ce une erreur, est-ce un mensonge ?

M. Poincaré a dit : « Georges Louis, renfermé, vivait très isolé à Saint-Pétersbourg. »

J'ai sous les yeux le relevé par l'ambassadeur lui-même de ses visites, invitations, réceptions, diners ou déjeuners au dehors pendant les mois de janvier, février et mars 1912. Le total est impressionnant et c’est le bilan de l’année même où 1l fut remercié, sous prétexte que son activité sociale n'était pas suffisante! — Est-ce une érreur, est-ce un mensonge ?

M. Poincaré a dit, après avoir décrit le malaise succédant à l’incident Louis-Isvolsky, qui s’est terminé fin mai : € Alors M. le Président Fallières et tous les membres de mon cabinet m'engagèrent à faire le voyage de Russie, »

Il est possible qu'en juin M. Poincaré ait fait approuver son projet par le Conseil des Ministres, ce qui le couvrait.

ais 1] en avait l’idée depuis plusieurs mois : il en parla pour la première fois en mars à Louis de passage à Paris. Sur son invitation expresse, Louis fit les démarches et obtint l'assentiment de l'Empereur à la date que désirait M. Poincaré, libre seulement durant les vacances parlementaires, Celui-cin’en a pas moins affirmé dans un discours à la Chambre et dans une conférence solennelle que l'initiative venait de M. Fallières, en vue d'’arranger des

chfficultés dont il ne pouvait avoir connaissance qu’au

mois de juin, Mais M. Poincaré veut à tout prix avoir

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