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tion qui ont amené la guerre dans de si fâcheuses conditions, que seul a pu dominer le gigantesque coup de reins du pays envahi, ruiné et décimé :
Grorces Louis. — C'est l'Allemagne qui a déclaré la guerre, mais c'est par la faute de notre Gouvernement qu'elle a pu la faire éclater.
Elle n’attendait qu'une occasion, parce qu'elle était prête et qu’elle savait que ses adversaires ne l’étaient pas. Nous aurions dû tout faire pour détourner ou retarder le coup qu elle voulait frapper. Nous avons au contraire laissé les fauteurs de la euerre préparer de longue main l’occasion qu'ils désiraient faire naître.
Dans un de ses derniers livres, Bernhardi nous avait avertis que l'intérêt de l'Allemagne était de faire sortir la guerre de la question balkanique. Il ne disait pas, mais on pouvait alsément comprendre que, faire sortir la guerre d'une question intéressant principalement l’Autriche-Hongrie, ce serait obliger l'Empire austro-hongrois à prendre part à la guerre, tandis qu'on ne pourrait sans doute obtenir sans grandes difficultés son concours à une guerre qui ne l'intéresserait pas directement, telle qu'eût été par exemple une guerre pour le Maroc.
Notre intérêt était donc d'empêcher la question balkanique de grossir, puisque là était le piège où l'Allemagne comptait nous prendre. Déjà en 1909 la guerre avait failli éclater. Mais le Gouvernement français d'alors avait vu le danger, et ils était empressé de le conjurer en laissant entendre au Ministre des Affaires Étrangères de Russie que nous ne pourrions pas le suivre, sil continuait à envenimer l'affaire serbe. |
Malheureusement M. Isvolsky, devenu Ambassadeur en France, put reprendre à Paris son duel avec le Ministre des Affaires Étrangères d'Autriche-Hongrie, et, bien qu'avertis, les hommes qui dirigeaient nos affaires en 1912 le laissèrent
irriter de plus en plus la plaie serbe qu'il entretenait depuis
Quatre ans aux flancs de l’Autriche.
Nous ne menons pas, on nous mène.
L'Impérialisme anglais vaut l’Impérialisme allemand. Le
Panslavisme vaut le Pangermanisme. L'Eglise grecque vaut
l'Eghse catholique.
La guerre déclarée à la Turquie en octobre 1912 par Nicolas
de Monténéero a mis le feu à l'Eur ope.
Poincaré nous a fait tomber dans le piège de l'Allemagne. Berlin avait tout intérêt à ce que la guerre éclatât sur une
question intéressant l'Autriche, puisque dans ce cas seulement
elle était assurée que l'Autriche marcheraï't À ses côtés. PAUL DEsCHANEL. — Poincaré a déclanché la guerre parce que les Troisannistes croyaient qu'il y avait intérêt à faire la
| guerre avant que les adversaires n'aient eu le temps de modi- + fier la loi.
Il faudra nous débarrasser plus tard de tous ces hommes, civils et militaires, qui nous ont mené là. On instituera de grandes enquêtes sur les causes de la guerre. Vous serez inter-
| rogé : car vous savez. Et vous rendrez en répondant un grand PF :SérviICe,
| Le 26 juin 1915, Paul Deschanel reprenait l'entretien . avec plus de vivacité et de colère contre les mystifications | et les précipitations inimaginables qui ont marqué les | semaines précédant la guerre :
Re sus I! faut se tenir prêt à faire connaître les vraies causes de la
| guerre. Il faut écrire à l'avance sa déposition, car les révélations
À à faire ne porteront que si elles sont bien faites, et il faut s’y . préparer.
| : Grorces Louis. — Mais tout le monde sait ce que l'on
| = peut dire à ce sujet, puisque c’est imprimé.
4 : : PAuL DESCHANEL. — Non, personne ne le sait : mais il faut
que ce soit présenté, et en même temps il est nécessaire de dire expressément que l'Allemagne voulait la guerre, qu elle l’a préparée pendant quarante-quatre ans, et que c était précisément à cause de cela que c'était folie de provoquer la guerre, puisque ni nous mi nos alliés n'étions prêts, et que nous Île savions.
J'ai dans d’intimes causeries, avant et après la déclaration de guerre, entendu à maintes reprises Paul Deschanel émettre les mêmes vues dans les mêmes termes enflammés. Îl frémissait, il bouillait littéralement de savoir à peu près tout et d'être bouche close. Il se taisait par l'appréhension magnanime de jeter dans l’âme d’un seul soldat le doute, le troublé, alors que des millions de mobilisés, à l'appel de leur mère, la France, n’avaient pas le droit de faire un pas en arrière au bord du gouffre. Cette maîtrise de luimême, dont il ne se déposséda jamais, ruina ses nerfs ; : cette tension perpétuelle empira la neurasthénie qui fit sa présidence si courte et sa fin si énigmatique. Sur les responsabilités de la guerre, il était inépuisable, et 1l ne se génait guère dans l'expression de son aversion à l'égard de Poincaré. C’est pourquoi sans doute, le 27 février 1915, il s’ouvrait à Louis : «(L'année dernière, en juin, 1] m a offert le pouvoir après l'échec de Ribot. C'était un piège. S'il me pousse à bout, je déclarerai que jamais je n'accepterai le pouvoir avec lui. » Le 8 janvier 1916, il revenait sur une de ses déceptions : « Ah !les conservateurs qui ont fait élire cet homme, je ne leur cache pas ce que je pense de leur politique. Ils n’en ont pas fait d'autres depuis Ve quarante ans! »
Ces dialogues entre morts illustres ne sentent ni l'in | ternationalisme, ni la propagande ennemie dont un Mer- © |: meix taxe les amis de Georges Louis d’être les caudataires. Paul Deschanel et lui, tous deux patriotes irréductibles,
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tenaient à ce. que; l'Alliance russe ne tombât pas en quenouille ; mais quand, par la démence de quelques mécréants en quête de grabuge, par l'ingénuité ou l’impéritie de quelques cerveaux sans défense, elle fut métamorphosée, leur conscience se révolta. Dans une lettre particulière adressée
le 7 septembre 1892 à M. de Montebello, M. Ribot, alors
ministre des Affaires étrangères, reproduisait une con-
versation qu'il avait eue l’avant-veille à Vichy avec M. de Giers : la convention d'alliance signée en 1891 et la convention militaire du 5-17 août, approuvée par l'Empereur, mais encore seulement signée par les chefs d'Etat-Major,
avaient été les sujets de cet entretien mémorable. À propos
de l'Alliance, M. de Giers s'était exprimé ainsi :
L'Allemagne sait à quoi s’en tenir sur les liens qui existent entre la Russie et la France. J'ai été sincère avec Caprivi : Je lui ai dit que nous avions rétabli l'équilibre en Europe en nous unissant. Il a eu la loyauté de le reconnaître dans le discours qu'il a prononcé au mois de septembre de l'année dernière. L'Allemagne sait bien qu'elle n'arrivera pas à nous séparer. Elle n'en est que plus pacifique.
Nous aussi nous voulons la paix. On dit quelquefois à l'Empereur que la France ne songe qu'à l'entraîner dans une
guerre de revanche. Cela n’est pas vrai, pas plus que le projet
qu'on nous prête parfois en France de vouloir chercher des aventures dans les Balkans. Ce qui se passe en Bulgarie est abominable, mais nous ne ferons pas la guerre, à moins qu'on ne nous attaque.
L'Empereur est arrivé à se convaincre que la Russie na aucun intérêt à suivre en Orient une politique entreprenante.
Voilà l’arche sainte, les paroles qui ne trompent pas, comme celles des hérésiarques et des iconoclastes du
- schisme turbulent prêché par Isvolsky. En 1892, Alexan-