‹ Georges LouisChapitre 136 sur 145 · PARENT · texte numérisé non relu

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dre IIT, « l'homme le plus méfiant de l’Europe, » d’après Bismarck, en était aussi le plus sage. Nicolas II s'était juré au lit de mort de son père d'’obéir pieusement à ses instructions solennelles, mais n'avait pas assez de tête et de présence d'esprit pour en accommoder la lettre avec l'esprit ; 1l se crut coupable et damné, lorsque les victoires japonaises firent brèche dans le rempart de l'autocratie. Pour les réparer, il congédia du jour au lendemain le comte Witte, qui avait cependant sauvé l'honneur et l’argent russes, en arrachant, après Moukden, une paix sans abandon de territoires et sans indemnité de guerre. Isvolsky surgit à point pour accomplir le vœu impérial. 1] se faisait fort de racheter par l'ouverture des Détroits, par une consécration nouvelle à Sainte-Sophie, la perte de Port-Arthur et de l’hégémonie en Mandchourie. Pour assurer la tranquillité en face des Japonais mécontents et avides, il leur céda sur toute la ligne des avantages qu'ils convoitaient. Les propos de Witte de janvier 1910, sont catégoriques : |

La politique de M. Isvolsky est une politique de renoncia-

tion vis-à-vis du Japon : il a permis que l’armée qu'on aurait ee dû maintenir en Mandchourie à un effectif de 300.000 hom: mes fût réduit à 60.000. La Russie se trouve donc absolument |

désarmée en face des injonctions qu'il plairait au Japon de lui adresser, et, vu l’état lamentable de son organisation militaire, elle n aurait qu à céder, encore et toujours.

Les caractères faibles répugnent à parler d’une ques-

tion où leur orgueil est infériorisé : l'Empereur cherchait un ministre faisant table rase de l'Extrême-Orient, Am- DA bitieux et courtisan, Isvolsky, jeta du lest dans les mérs

sibériennes, et entama aussitôt sa croisière vers Constan-

timople; Il fut secondé par les chefs militaires dont Fogo-

roff, rédacteur des Novoïe Vremia, s'autorisait pour écrire la guerre est inévitable, en faveur:des petits Etats balkaniques. À Georges Louis, qui s’inquiétait de cette surrexcitation croissante, il vantait l'approche d'une guerre générale :

C'est l’armée que nous soutenons. Nous sommes en contact constant avec ses représentants, et cest parce qu elle nous soutient que nous soutenons si ardemment cette cause. Ce n'est pas nous qui poussons la Russie à la guerre, nous ne

sommes que les interprètes de l'armée.

Ces lignes impétueuses étaient le prologue du déraillement dont Isvolsky fut l’instigateur forcené, Georges

Louis le signaleur sans relâche, mais sans écho. Isvolsky + se démena longtemps pour se passer du gouvernement

français : puis il se ravisa, convaincu qu'il n'aurait pas trop de mal à le subordonner, puis à le lancer dans le guêpier oriental. Il n'eut pas un seul instant le désir d'unifier la coopération européenne, de cautériser les plaies

à balkaniques, de remettre dans le rang les ardélions et les principicules, rêvant, comme Nicolas de Monténégro,

couronnes, pillages et partages. En juin 1909, Georges

Louis remarquait déjà :

Il y a une antinomie entre la politique française et la politi- | que russe. Nous cherchions un terrain d'entente acceptable 1 pour les six Puissances, tandis qu'isvolsky ne recherchait

L'EURO PUS » L] 4 4 e à | qu'une entente à quatre pour obliger l'Autriche et son allié | à accepter ce que les Puissances de la Quadruple Entente

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auraient décidé. Il a voulu refaire Algésiras contre l'Autriche.

… Cette anfonomie n'est pas un accident, mais la marque de fabrique des œuvres d'Tsvolsky. Qu'il soit contre nous,

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à côté de nous, ou avec nous, il a son ambition, son plan, son idée, son jeu personnel. Il associe la France aux évolutions de sa tactique, pourvu qu'elle soit l’auxiliaire de complément. Tout le printemps de 1912 ne fut pour lui qu'un temps d'essais, de sondages, de feintes, où 1] mit en train ses correspondants de Belgrade, de Cettigne et de Sofia, tandis qu'il entretenait à Saint-Pétersbourg le feu sacré chez les fervents de l'expansion russe et minait à Paris la résistance de ses contradicteurs. L'automne de 1912 et tout l'hiver jusqu'au printemps de 1913 se passèrent en alertes tendant à contrarier cette politique conservatrice de la Paix que Philippe Crozier défendit à Vienne. En dépit de l’énervement de Sazonoff et du pessimisme d'Isvolsky, qu'aidaient fâcheusement certaines démarches de M. Poincaré, la tranquillité réelle du gouvernement autrichien persistait, comme le prouve une lettre de

Georges Louis du 13 décembre 1912 :

À l'Etat-Major, on a déclaré aujourd hui à notre attaché militaire :

Que l'Autriche ne paraît avoir pris sur la frontière russe que des mesures d'ordre défensif :

Qu'on ne croit pas à une attaque de l'Autriche contre la Russie, et que l’on regarde comme très peu probable une attaque de l'Autriche contre la Serbie :

Qu'on estime à l'Etat-Major que la Russie ne ferait pas la guerre, même si l'Autriche attaquait la Serbie. |

Sur ce dernier point, les affirmations que j'ai recueillies ces jours derniers du Ministère des Affaires Étrangères sont moins catégoriques que celles de l'Etat-Major, mais dans le fond les unes et les autres concordent.

M.Sazonoff nous disait au contraire il y a un mois, le 13 novembre : « Un coup de force déchaïînerait l'opinion russe sans que le Gouvernement pût l'arrêter »,et M. Isvolsky vous avait

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