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déjà écrit le 12 octobre que, malgré le ferme désir du Gouvernement russe de ne pas se laisser entraîner dans une guerre, il lu: serait difhcile de lutter contre l’opinion publique si les Etats balkaniques se trouvaient acculés à une situation critique.
À mon avis, et c'est aussi celui des personnes avec lesquelles jai pu m'entretenir librement, l'opinion publique russe est restée ce qu'elle était. Mais il est à remarquer que le Gouvernement ne parle plus de l'opinion, soit qu'il ait résolu de lui résister, ou que toute décision soit réservée.
Georges Louis a mis lui-même une sourdine au bruit souvent exagéré par le gouvernement auteur de cette opinion russe : 4 Le nombre des personnes qui s’intéressent en Russie aux questions de politique étrangère est toujours très restreint, surtout lorsqu'il s’agit d'incidents ne mettant pas directement en cause les intérêts russes. » La situation n était donc pas si malsaine à la fin de 1913. deux mois avant la révocation de Georges Louis, puisque l'Etat-Major russe, avec sa loyauté militaire, ne croyait
. pas aux menaces autrichiennes, et que le gouvernement ci-
vil, quoique plus chatouilleux, laissait en sommeil les
e . e a LS e ® 3 = récriminations de l'opinion russe. D'ordinaire, ce miroir grossissant déformait à volonté les contours de la politique
à l'usage des Occidentaux : tout était donc rassurant. Il
n y avait nul péril dans la demeure européenne, et les vents désirés par Isvolsky soufflaient bien modérément dans sa voile. Les Bulgares s'escrimaient à qui mieux mieux pour compromettre la grande Russie dans leurs
… petits conflits : maïs leur poudre était mouillée. Comment
l'abcès presque guéri s'est-il de nouveau infecté après le
départ de Georges Louis?
Dans ses études sur la crise balkanique, M. Poincaré
s'est battu les flancs pour nous apitoyer sur le sort des
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populations slaves dont l'Autriche disposait sans leur assentiment. Cette tendresse hyperbolique, au milieu de tant d'injustices plus criantes qui désolent les cmq parties du monde, n’est pas une de ses moindres divagations. Il a trompé la France en se trompant lui-même. Nous sommes de son avis, quand il dit : « C'est à la lumière des événements de 1908 et de 1909 qu'il faudra examiner ceux de 1914 », et plus loin : 4 Vous voyez, n estce pas, de plus en plus, comme 1913 éclaire 19142 » Deux phrases bien malheureuses : car elles se retournent contre lui. Le défaut d’acuité de sa vue et le manque de sang-
froid dans la pratique de l’Alliance poussaient sa nervosité
à devancer l'heure par peur de la perdre. Au système d'ententes que Delcassé avait édifié, correspondait un ensemble de facultés dont M. Poincaré était le plus dépourvu. Il tremblait constamment que ces ententes ne fussent pas dans leur force, au moment où 1l se figurait la France en faiblesse. M. Hanotaux a très finement analysé 1 ce péril des ententes :
On ne sait ni où elles commencent, ni où elles finissent. Souvent elles se dérobent sous la main qui les cherche, et parfois, en se rompant brusquement, elles la blessent. La France, en 1870 apprit à ses dépens qu'il ne faut pas se confier en elles. Peut-être le sort de Napoléon III a-t-1l dépendu d’une signature que son indécision à trop longtemps tenue en suspens. Il avait foi en la valeur des ententes : de vagues liaisons avec l'Autriche et avec l'Italie suffisaient à son esprit incertain. Mais il dut donner la mesure de sa force avant de prendre celle de leur fidélité. Un pacte positif eût assuré,
peut-être, une diversion plus prompte, et, par son autorité
seule, eût sans doute empêché le conflit.