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: D'une part il soutient à Georges Louis avoir consulté
gement et presque son désespoir. Sa mission dégénérait et devenait nuisible, puisqu'il mdisposait les gouvernants irresponsables d'un Etat “autocratique. Les relations n’y sont pas enfermées dans des limites légales, protégées par le statut des pays constitutionnels et parlementaires. L'air n'étant plus respirable pour lui, 1l sen remettait au Président du Conseil pour un autre poste où sa manière et ses talents s’emploieraient mieux.
D'ordinaire la plupart des ministres répétaient par ouï-dire les éloges courants sur Georges Louis, au-dessus de toute discussion. Par insouciance et indifférence dux matières traitées par les spécialistes du Quai d'Orsay, leurs informations, rudimentaires ou nulles, les désarmaient devant M. Poincaré : loin de pénétrer ses menées ténébreuses, ils considérèrent le déplacement d'un agent, fat il illustre, comme une affaire interne du Département. Ils octroyèrent le blanc-seing souhaité.
Nous retiendrons, dans cette séance truquée, la double fable, imaginée en vingt-quatre heures par M. Poincaré.
ses collègues avant de prescrire la séparation indispensable, et de l’autre 1l annonce au Conseil la démission enregistrée effectivement, alors qu'aucune communicaton ne donnait le droit d’en faire état. Si l'une de ces deux aBrmations tournait mal, il s’exposait aux mécomptes les plus redoutables. Des deux côtés il présumait des certitudes, dont l'évanouissement le jeta dans un embarras piteux.
Georges Louis ne signa pas le revers. Un membre du Cabinet, détenant un ministère de troisième ordre, mais qui, par son autorité dans le parti républicam, par son ancienneté dans la vie publique, égalait le Président au Conseil, Léon Bourgeois, se révolta contre une mutation à ses yeux imopportune et peu justifiée. La séance levée
il se rendit au domicile de Georges Louis, où il rencontra Me Louis, momentanément éloignée de son mari, venue en consultation pour la santé d’un de ses enfants. L'ambassadeur avait déjà correspondu avec les siens, grâce au chiffre qui le reliait à sa famille : sur un ton calme et digne, il signalait la menace, priant de prévenir ses amis. Î| espérait bien les remuer et ne pas appeler en vain au secours. Léon Bourgeois, admirateur des qualités irremplaçables de Georges Louis, partisan de son maintien à Saint-Pétersbourg, se déclara disposé à lui prêter main forte pour le tirer dece mauvais pas. Il n’enétait pas moins l'ami très chaud de M. Poincaré. Après la chute du ministère Caillaux, c'est lui qui l'avait exhorté à prendre le pouvoir, promettant son concours le plus absolu. Doutant de ses forces, il déclina l'offre du portefeuille des Affaires Étrangères ; il accepta celui du Travail, moins lourd et moins encombrant, pour marquer sa coopération
à l'œuvre de M. Poincaré. C'est encore lui qui, en 1913, |
ouvrit les portes de l'Élysée au concurrent de Pams, sans se soucier des revendications radicales et du courroux de Clémenceau contre le même Poincaré, élu de la Droite. À un an d'intervalle, 1l ft donc de lui son alter ego pour les deux présidences dont l’unanimité des Gauches voulait investir Léon Bourgeois lui-même. Pas d’intermédiaire plus qualifié pour bousculer le vague procès de tendance imputant à Georges Louis des maladresses si extraordinaires, si peu intellisibles ! |
Îl mit Me Louis au courant, avec détails circonstan-
ciés, du danger couru par son mariet lui confirma la pléni-
tude de ses sympathies inchangées. Pour lui, l'unique façon de vider l’imbroglio honorablement était de convoquer l'ambassadeur à Paris, de le réunir tête À tête avec M. Poincaré. Il chargea Mme Louis de télégraphier à
Saint-Pétersbourg cet avis pressant : pouf sa part il se
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portait garant que jusqu à l'arrivée de Georges Louis toute décision irrévocable serait ajournée.
Léon Bourgeois n'est pas ennemi de l'ironie : c'est à l’occasion un délicieux pince sans rire. Cette fois il n'avait pas le moindre soupçon du tour qu'il jouait au Président du Conseil, du supplice qu'il lui infligea en conseillant au bourreau d'appeler sa victime et de causer face à face. Pris au dépourvu, M. Poincaré se garda bien de confesser les influences occultes auxquelles il obéissait : mais Léon Bourgeois était peut-être le seul homme dans le Parlement qu'il ne pouvait éconduire. L'instance fut pémible pour son amour-propre et humiliante pour son caractère ; il ne se détermina qu'à contre-cœur : mais enfin il céda.
À Samnt-Pétersbourg, Georges Louis, renseigné et réconforté, ne perdait pas son temps. Il alla droit au but, aux plus hautes têtes. Pour déraciner la plante vénéneuse que M. Poincaré avait hospitalisée dans son jardin secret, rien ne valait un désaveu éclatant du gouvernement russe, notamment de l’homme qui dirigeait avec autant d'habileté que d'autorité le cabinet, M. Kokovtzoff. Son témoignage ofhciel, difficile à écarter, Georges Louis l'obtint sans peine, Dès qu'il fut autorisé à s'en prévaloir, il envoya la dépêche suivante à Paris :
(Très confidentiel.) Saint-Pétersbourg, 10 mai 1912. | heure
Pour le Président du Conseil.
La démarche que vous me signalez est en complète contradiction avec le langage de M. Kokovtzoff et de M. Sazonoff. Je prie Votre Excellence de m'autoriser à partir pour Paris et de m'entendre avant décision. |
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Le lendemain, instruit que le mouvement sympathique grandissait en sa faveur, 1l ne se contenta plus de se défendre en sollicitant une audience : il prit les devants avec crânerie offensive. Il n hésita de: à désigner celui dont il stigmatisait la dénonciation, flétrissant l'ouvrier de la rhachinatibn, le souffleur de M. Poinéaré:
(Très confidentiel.) Saint-Pétersbourg, 11 mai 1912
Pour le Président du Coseil.
La démarche faite auprès de vous étant M je viens de demander à M. Kokovtzoff : « Est-1l vrai que le Gouvernement russe a prescrit de faire savoir à Paris qu 1l souhaitait un autre ambassadeur ? »
Le Président du Conseil, dont la loyauté est reconnue de tous, m'a répondu immédiatement : (Si l'on à dit cela, on en a menti. Je vous réponds tout de suite puisque vous dites le Gouvernement russe. Quant : à M. Sazonoff, que Jai quitté mardi : à Livadia, je puis dire aussi que jusqu au dernier jour il m'a parlé de vous dans des termes qui rendent 1 invraisemblable une telle démarche de sa part. » Je n ai pas nommé M. Isvolsky, car il n était pas dans voire télécramme, mais 1e suIS CONVaincu que C "est encore lui qui a monté cette affaire.
Cette mise en demeure ne souffrait ni échappatoire, ni escamotage. Les deux dépêches, espacées de quelques heures, certifhient par leur différence essentielle de ton et d'allure les progrès rapides de la confiance rétablie au
cœur de Georges Louis : dans la dernière il sonnait la
charge, fonçant sur ses adversaires à leur tour désappointés et déconfits. M. Poincaré, n ayant pas télégraphié le 10, tâtonnait, marquait sa répugnance à rappeler celui
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dont le visage, les yeux dans les yeux, l’importunait le plus. De loin, 1l croyait l'avoir percé d'une flèche mortelle, et 1l appréhendait le ridicule d'explications embrouillées, impossibles à soutenir sérieusement, sans balbutier et sans rougir. Ce qui surtout redoublait son inexprimable tourment, c était ce nom d Isvolsky, son complice, crûment étalé et sur lequel 1l aurait préféré à tout prix passer l'éponge. En somme 1l se sentait découvert dans sa traïtrise, dans la profondeur de sa propre embuscade. Le chasseur chassé n avait plus de faux fuyants en réserve, de prétextes à colorer pour reculer et dissimuler sa déroute.
Une première lueur avait brillé. Manié avec intelligence, ce scandale était capable de ruiner la politique à longue échéance dont M. Poincaré, suppôt d'Isvolsky, était le féal tenant. Quel écroulement ! Tout de même, il fallait dire oui ou non à Georges Louis, accorder ce qu'il demandait, passer sous les fourches caudines ; sans quoi la troisième dépêche serait encore plus véhémente que la seconde. Au pied du mur, M. Poincaré dit oui. Mais, s’il acquiesçait du bout des lèvres, sa mauvaise humeur lui dicta, pour faire figure, une bravade conforme à la thèse énoncée dans la dépêche du 8 mai. Ce rabâchage vide, cette fanfaronnade, bonne tout au plus pour: donner le change au bureau du chiffre, ne déplut pas à l'ambassa-
deur. Sous le cliquetis des mots se lisait le désarroi d'un
Ve e homme décontenancé, qui ne veut pas se rendre et qui s accuse en niant qu il est touché :
Secret (Déchiffrez vous-même.) Paris, 11 mai, 11 heures 35 du soir
M. Isvolsky m'a confirmé pour la troisième fois quil m'avait parlé de vous sur instructions expresses de M. Sazonoff.
Je vous autorise néanmoins à venir à Paris où je recevrai
volontiers vos explications.