‹ Georges LouisChapitre 26 sur 145 · Livre Noir · texte numérisé non relu

Livre Noir

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entreprise de ce genre ouvrirait la porte à toutes les compétitions. ,

Je désirerais donc savoir si le Gouvernement impérial est, comme nous-mêmes, nettement hostile à toute annexion du territoire ottoman par une Grande Puissance, et sil serait disposé à examiner avec la France, ainsi qu avec l'Angleterre, les moyens de conjurer ce danger.

POINCARE.

Naturellement, Isvolsky qui a lié le fer s'en empare tout à fait. Il écrit successivement deux notes pour ne laisser à M. Poincaré ni repos, ni répit, et celui-ci se livre san retour par une seconde lettre dont le dossier de Georges Louis possède la copie :

Paris, 16 novembre 1912

Par deux notes en date du 12 de ce mois, Votre Excellence à Lien voulu m’entretenir du différend qui s'est élevé entre le Cabinet de Vienne et le Cabinet de Belgrade au sujet d'une extension éventuelle du territoire serbe vers la mer Adriatique.

Le Gouvernement de la République observe avec la plus sérieuse attention le développement de cette affaire, dont 1l reconnaît que les suites pourraient être dangereuses pour la paix générale. C’est pourquoi les instructions que S. E. le Ministre des Affaires Étrangères de l'Empereur a adressées au Ministre de Russie à Belgrade ont paru très prudentes et très sages au Gouvernement français. Je m'en suis aussitôt imspiré

pour inviter le Représentant de la République en Serbie à faire

entendre au Gouvernement royal un semblable conseil de modération.

Mais S. E. M. Sazonoff prévoit que l’action concihiatrice de la Triple Entente ne suffira peut-être pas à détourner l'Autriche d’une intervention comminatoire ou coercitive, et

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il mexprime le désir de connaître l'attitude que la France observerait en pareille occurrence.

Ainsi que je vous l'ai déclaré verbalement à deux reprises, le Gouvernement de la République ne saurait définir sa ligne de conduite avant que le Gouvernement impérial lui ait révélé ses vues propres. La Russie est en effet la principale intéressée dans la question : c'est à elle que revient la responsabilité des initiatives à prendre et les propositions à formuler. J'attendrai donc les suggestions dont le Gouvernement impérial estimera devoir saisir le Gouvernement de la Puissance alliée.

Dans le même ordre d'idées, je ne crois pas superflu de rectifer une observation formulée par S. E. M. Sazonoff au cours dune des notes précitées, à savoir que « la France et l'Angleterre déclarent ouvertement qu’elles ne sont absolument pas disposées à laisser s'envenimer le conflit avec la Triple AL hance. » Cette assertion est d'autant plus importante que le Ministre de Russie à Belgrade a été chargé de l'invoquer dans ses remontrances au Gouvernement serbe. ;

Pour ce qui est de l'Angleterre,je n’ai pas été avisé qu’elle ait fait une pareille déclaration. Quant au Gouvernement de la

République, 1l se réserve d'examiner les mesures que le Gou-

vernement impérial jugerait nécessaire de lui proposer, et il ne pourra y acquiescer ou les discuter amicalement que lorsqu'il les connaïtra.

Îl n'a,en attendant, rien dit, ni rien laissé supposer qui puisse impliquer de sa part une défaillance de concours. POINCARE.

Cette lettre prouve que dans les affaires graves M. Poincaré ne recourait pas à son ambassadeur, s'adressant À l'ambassadeur de Russie sans intermédiaire. Elle couvre ensuite de quelques formules prudentes, empruntées À Georges Louis, une abdication complète à l'égard de ia Russie. D'ailleurs, l'interprétation qui en sera donnée

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atteste qu’elle contient la promesse d'une participation à la guerre éventuelle contre l'Autriche.

Le 4-17 novembre, Isvolsky revenait à la charge, redoublait d'insistance et enlevait l'adhésion qui lui était si chère ! :

… M.Poincaré m'a répondu qu il lui était impossible de formuler, même à titre privé, la ligne de conduite de la France dans l'éventualité d’une intervention active de l'Autriche, avant que le Gouvernement impérial lui ait fait part de ses propres intentions.

C’est à la Russie, me dit-il, qu'1l appartient de prendre l'initiative dans une question dans laquelle elle est la principale intéressée : le rôle de la France est de lui prêter son concours le plus effectif.

En somme, ajouta M. Poincaré, tout cela revient à dire que, si La Russie fait la guerre, la France la fera aussi, puisque nous savons que dans cette question derrière l'Autriche 1l y aura l'Allemagne... |

Sazonoff, électrisé par Isvolsky, ne bouda plus Poincaré. Il ne leur marchanda aucun moyen de s'entendre la main dans la main. Le 15-28 novembre 1l prit sur lui, malgré ses scrupules ordinaires, d'autoriser la lecture des traités secrets de la Russie signés en dehors de la France*:

… J'incline... dans le moment actuel, à satisfaire votre demande réitérée d'informer confidentiellement M. Poincaré des térmes du traité. [avec l'Italie, conclu à Racconigil.

Je considère. nécessaire de se tenir strictement aux conditions suivantes. Vous devrez faire la communication au

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