‹ Georges LouisChapitre 34 sur 145 · CASA · texte numérisé non relu

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La vérité, c'est qu'il existe à Saint-Pétersbourg un certain

5. . 3 r . » ° parti jouissant d’une réelle importance qui, depuis quelque temps, veut en Orient lancer la Russie dans une politique aven-

tureuse qui tend nettement à associer notre puissance à l'ac-

tion italienne contre la T'urquie.

M. Georges Louis, comprenant combien une politique d'intervention russe en Orient serait, en ce moment, dangereuse, a, nous le savons, combattu celle-ci avec une énergie toute spéciale. L’attitude de notre Ambassadeur est connue à Saint- Pétersboursg, et elle lui a valu l'inimitié de ceux qui préconisent la politique d'intervention.

Nous voulons croire qu'il aura suffi de révéler toutes ces intrigues pour qu'elles prennent fin.

La note très raide de l'Écho de Paris tombait à pic. M. Poincaré n’ignora pas que M. Ribot l'avait inspirée, sinon rédigée. Le branle était donné. Autour de lui, tous ceux que n'aveuglaient pas les manigances d'Isvolsky applaudirent cette charge vigoureuse. Du coup, la question était posée sur son véritable terram. Les historiettes méprisables sur la santé débile de Georges Louis, sur ses absences mondaines, n'étaient plus de mise. Les milieux

parlementaires s’agitaient. Dans ce foyer brûlant, la moindre question inopportune lancée par un député malicieux pouvait retourner la majorité. M. Poincaré était-il en mesure et en goût de défendre à la tribune le principe de l'alliance modifiée par Isvolsky? Abreuvé d'inquiétudes expiatoires, embrouillé dans ses contes inextricables, 1l sentit le frisson précurseur des grandes interpellations. Il craignit une lame de fond. |

Impossible de tergiverser plus longtemps, de laisser Georges Louis en l'air, sans affectation définitive, maintien ou mutation. Qu’une enquête fût votée, qu une com-

mission l'interrogeât : 1l avait réponse à tout. Libre de

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parler, 1l eût vite soulevé l'indignation sur tous les bancs de la Chambre. Acculé, réduit à battre en retraite, à faire machine en arrière, M. Poincaré perdit contenance. Aucune dénésation, aucun mensonge ne l'effraya pour sauver sa face. Nécessité n’a pas de loi, ni d'honneur non plus. Dans la nuit du 17 au 18 mai, l'Agence Havas distribuait à la presse une note de mauvaise fo; candide, dictée à la diable pour couper court à l'émotion que propageait | Echo de Paris :

Il est inexact que le Gouvernement russe ait demandé au Gouvernement français le rappel de M. Louis.

M. Poincaré, Président du Conseil, n’a été l'objet d'aucune démarche de ce genre.

M. Louis a seulement exprimé, il y a quelque temps, le désir d'obtenir l'hiver prochain un autre poste pour des raisons de santé.

D'après nos renseignements, le changement que souhaiterat M. Louis n'est pas prochain. Le retour de la belle saison permettra donc à notre Ambassadeur de rester à son poste.

Cette note idyllique, où le souffle printanier venait au secours du rédacteur embarrassé, accommodait à tort et à travers le faux avec le vrai. Elle parut comique aux lecteurs compétents, et suscita une réplique cinglante de l'Écho de Paris, le coup de massue. Le Gouvernement interloqué recourut alors aux bons offices du Temps. Il fallait ruiner la version de l’Écho de Paris, ramener à la question de santé la disgrâce de Louis. Pour donner à 4 ce faux l'auréole de la demi-vraisemblance, un correspon- PR dant anonyme s’efforça de masquer les volte-face et les 0 piroueites du Quai d'Orsay. De cette information solennelle, le grand journal du som composa, le 18 mai 1912,

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une superbe derniere heure qui fit le tour des journaux syndiqués et calma les appréhensions :

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