‹ Georges LouisChapitre 45 sur 145 · CASA 2 RARES LA ART · texte numérisé non relu

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cautions meilleures, choisir l'occasion et la date de la future exécution.

Quelques jours avant, Jaurès observait à propos des fâcheuses affaires russes : « Nous sommes moins sots malgré tout que nous ne l'avons parfois donné à croire. » Cette ironie s'applique excellemment à Georges Louis qui certes n'était pas un sot. En route pour le retour, il ne s’abusa pas une minute sur la fragilité de sa demi-victoire. Entre lui et les conspirateurs un instant contrariés, momentanément délogés, rien n était réparable. Si le dissentiment avait porté sur les modalités de l'Alliance franco-russe, la controverse technique pouvait être soutenue par des raisons. Mais, sous les théories générales chères à M. Poincaré, le luxe des mots à double sens cachait des serments inavouables dont 1l né parlait pas, qui réglaient sa conduite tortueuse, ses réticences et ses compliments. Comment discuter d'ambassadeur à ministre sur des sujets ayant deux faces, une visible, une seconde invisible par laquelle un des interlocuteurs se dérobait? M. Poincaré feignit de s'entendre sur quelques points imfimes. Mais Georges Louis ne se leurra point sur ces trompe-l’æil, sur la persistante hostilité d'une coterie qui échouait sans se repentir, prête à récidiver.

D'ailleurs, le personnel des Affaires Etrangères se détournait de lui, donnant la sensation que l'amitié d'un homme mal en courétait plutôt nuisible. Au Luxembourg, au Palais-Bourbon, le temps gagné par M. Poincaré détrempa les courages qui se fatiguent et s abstiennent, si les risques probables s’accentuent. En face de tant d'inimitiés et de lâchetés, qu'est-ce qu’un ambassadeur livré à lui-même? Que peut son zèle, si ses tuteurs naturels, ses maîtres déprécient son activité et s’attellent en chœur à son renversement ? La partie nest pas égale.

Les avertissements de la grande victime que fut Georges Louis étaient lettre morte quand il rentra dans la capitale russe : 1] n avait pas été compris davantage par ceux qui plus tard en ont pâti. Nous allons le suivre dans ses dernières luttes, dans les stations de son calvaire, à travers les étapes de sa passion jusqu au Golgotha. On lui rendra cet hommage que, se sentant perdu, 1l ne fléchit pas, et qu avec une vaillance imvincible 1l ne cessa de parler et d'écrire pour faire justice de toutes les calomnies dont il fut abreuvé. Dès sa réimstallation, il remonta aux sources des fausses imformations qui avaient prétexté son rappel. Son Gouvernement les avait prises à la lettre avec un empressement cynique. Îl s'agissait de réviser, de clarifñer le fond trouble d'un procès qu intentait M. Poincaré sur les réquisitions de l'ambassadeur russe à Paris. La lettre suivante fut le fruit savoureux de sa première enquête :

Saint-Pétersbourg, 25 mai 1912

Particulière et confidentielle, à M. Poincaré, Président du Conseil.

Monsieur le Président,

Rentré hier à Saint-Pétersbourg, j à été aussitôt voir M. Sazonoff, et, avant d'aborder les affaires dont vous

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À î m aviez chargé de l'entretenir, je lui ai dit qu'il ne pouvait À convenir que nous repr ISSIONS nos conversations avant d'avoir 4 éclairé l'incident qui avait motivé mon voyage à Paris.

Ja demandé tout d'abord : « Qu’avez-vous dit aux per-

à sonnes qui vous ont interrogé ?

H: | €— Qu'il n y avait pas un mot de vrai dans tout ce que l’on RE: a raconté. Il faut arrêter tout ce bruit.

is «Mais la vérité, la voici. Je n ai pas dit tout ce qu'on m'at- 1 tribue. Cependant je me suis plaint de vous. Et cela parce que : Hi j ai eu des preuves de votre malveillance personnelle à mon | Se égard, qui m “expliquent pourquoi votre gouvernement et voire presse me prêtent sans cesse des intentions que je n'ai pas. Un jour on dit à Paris que je veux forcer le Bosphore, le lendemain que je veux reconnaître avant les autres gouver- HUE nements le décret d'annexion de la Tripolitaine. Je vous PRE : ai déclaré le contraire.

«— Et chaque fois je l'ai télégraphié ou écrit à mon gou- |. vernement. Ce nest pas de Paris que viennent tous ces bpuits, BL à cest d ailleurs, et le plus souvent de la Consultà.

: — Alors pourquoi toujours recommence-t-on à m'accuser à Paris: ? On m attaque continuellement. La presse, on la fait parler comme on veut...

Ets : «— Si c'est si facile à la diriger, comment se fait-il que la ET vôtre vous attaque sans cesse et beaucoup plus que la nôtre? 5e «—— Je n ai aucun moyen d'action sur la presse. Je suis complètement désarmé.

« — Cela, ai-je repris, est votre affaire et non la mienne. | Laissons la question de la presse, dont votre Ambassadeur à ! Paris ne paraît pas d'ailleurs se désintéresser et qui ne saurait à aucun degré me concerner. Contre le reproche inattendu de malveillance personnelle à votre égard, toute ma correspondance proteste. Vous avez des preuves, me dites-vous. Lesquelles ? »

n | Ici M, Sazonoff a commencé à invoquer en termes très

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