‹ Georges LouisChapitre 58 sur 145 · EE ET ET RE VIRE TO FES · texte numérisé non relu

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valeur. C'est ainsi qu après avoir parlé de Guillaume II et de la fidélité du Tzar à notre cause, 1l en vient au | voyage que M. Poincaré médite de faire dans le courant de l’année 1912. Puis, en signalant un article très favorable des Novoiïe V'rémia, il insiste sur l'échec constaté de la | machmation dont il n’ignore pas que M. Poincaré fut un ci des auteurs avérés : |

28 juin 1912

Bien que dès le début de l'entretien l'Empereur m'’eût marqué que je pouvais lui indiquer tous les points qui nous {1 intéressaient, Je me suis abstenu de toute question au sujet de Fi sa prochaine entrevue avec Guillaume ÎÏ. Notre confiance en | l'Empereur ne me permettait pas de me montrer préoccupé de cette rencontre, et il devait préférer m en parler de lui-même. Il y est en effet venu spontanément, et m a dit que, quels que fussent les sujets de conversations à Port-Baltique, rien d'important n'en résulterait.

L'Empereur a ajouté : « Aucun changement n est possible dans la politique russe, qu'il $ agisse de la France ou de l'An- 4 gleterre. Ne vous préoccupez pas de ce qui est inébranlable. » RE

28 juin 1912

Conformément à vos instructions, } ai remercié Sa Maïesté de vouloir bien vous réserver une audience pour le 10 août. L'Empereur m'a témoigné la satisfaction qu'il aurait à s’entretenir avec vous, et ma marqué par ses questions l'intérêt qu 1l prend à votre voyage.

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28 juin 1912

Le Vrémia du soir souligne comme ayant été d’une durée exceptionnelle l'audience de trois quarts d'heure que l’Empereur m a accordée hier. Le journal ajoute qu'on en conclut dans les cercles diplomatiques « que tous les bruits qui ont circulé sur un refroidissement dans les relations franco-russes n'ont pas le moindre fondement ».

Toutes ces dépêches n étaient que le prologue de la présentation habilement graduée par Georges Louis. Jusque- là M. Pomncaré était libre de croire que l'audience s'était maintenue dans dés généralités moyennes, satisfaisantes, mais un peu vagues, sans aborder les points vraiment noirs dans les pays balkaniques et en Orient. Il en aurait aisément conclu et fait savoir autour de lui que

l'ambassadeur n était pas l'homme de la situation, qu al

était peut-être reçu par l'Empereur avec amabilité, mais que la question du } jour, la seule ayant du prix et du aide n avait pas été traitée. Voici donc le morceau essentiel réservé pour faire taire les objections sans aménité que le Président du Conseil eût tant aimé à faire circuler. dans les couloirs du Quai d'Orsay :

28 juin 1912

Mon entretien avec l'Empereur a porté principalement sur le conflit italo-turc et sur la situation des Balkans. Je m'étais d’abord référé à l'audience que Sa Majesté m'a accordée en septembre dernier. C était une occasion de rappeler indirectement à la mémoire de l'Empereur toutes les raisons que la Russie a fait alors valoir en faveur d’une politique prudente, dans l'intérêt des deux pays alliés.

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Sa Majesté s est montrée convaincue de la nécesssité pour les deux Gouvernements de se garder de toute action séparée, et d'unir leurs efforts afin d'écarter toutes les questions qui

pourraient compliquer le conflit actuel.

À ce propos, et pour qu il ne subsiste aucun malentendu sur nos intentions, ] ai parlé à l'Empereur de l'expression (pacte général de désintéressement des deux côtés >» qui avait soulevé de sa part une objection lorsque le projet d'accord à trois lui a été communiqué. Sa Majesté a constaté qu'il y avait là surtout une question de mots, et qu au fond les deux Gouvernements étaient d accord, en ce sens qu ils ne cherchent dans les circonstances actuelles aucun avantage particulier et poursuivent

uniquement le rétablissement de la paix :

€ Je savais bien, a

ajouté l'Empereur, que jamais la France ne se désintéresserait

de | Orient. »

L'Empereur a conclu

: € Agissons toujours ensemble, et

l ayons soin aussi de toujours nous entendre avec l'Angleterre. Mais 1l va de soi que, pour mettre fin à la guerre actuelle, c’est à une entente à cinq qu il faut arriver. » J'ai demandé à Sa Majesté s1 elle était bien rassurée sur les intentions des petits Etats balkaniques : © Pour le moment, oui, m'a répondu l'Empereur. Nous avons fait tout le nécessaire pour qu'ils se tiennent tranquilles, et 1l n y a rien à craindre. J'ai causé tout récemment à Moscou avec M. Danef et avec M.Patchich. Tous les deux m ont garanti le maintien de la tranquillité. Mais M. Daneff a fait une réserve : à moins, a-t-1l dit, que les Italiens ne portent la guerre sur le httoral européen, car il serait alors impossible de retenir nos populations, et ce serait

la guerre dans toute la péninsule. »

L'Empereur a ajouté : « Nous nous efforcerions de maintenir

la paix. Mais ce serait probablement peine perdue. Pour les

populations balkaniques, l'occasion serait trop belle. C'est le

seul danger que j entrevois. »

D'autre part l'occupation d'îles de la mer Egée par l'Italie

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est aux yeux de l'Empereur un événement dort on n’a pas encore mesuré toute la portée. On s'illusionne si l’on croit que l'état de choses antérieur pourra en « aucun cas être rétabli. » La paix, a dit l'Empereur en terminant, paraît encore bien loin.

Georges Louis était fixé sur l'intérêt que portait Isvolsky aux chemins de fer d'Asie et au Consortium chinois : l'ambassadeur russe avait l'habitude de se plaindre d’une mauvaise volonté qu'il attribuait à son collègue de Saint- Pétersbourg et d’un concours insuffisant pour l’œuvre de la diplomatie russe. Or Isvolsky était intéressé dans cette question bien plus que la Russie, et Georges Louis, ayant eu le plaisir d'obtenir l'agrément de l'Empereur luimême, en eut un second non moins vif à notifier que Nicolas IT trouvait l'appui du Gouvernement français de son goût et qu'il n en demandait pas davantage à notre amitié. La dépêche suivante est un coup droit pour Isvolsky et pour M. Poincaré qui se faisait l'écho de ses jérémiades, après avoir pleinement approuvé au début l’attitude si équilibrée de Georges Louis :-

29 juin 1912

En parlant à l'Empereur de la situation en Extrême-Orient, Jai retracé tout ce que nous avons fait pour défendre les intérêts russes, notamment dans la question du chemin de fer d’Aïgoul, et pour faciliter l'adhésion du Gouvernement impérial au Consortium chinois.

L'Empereur s'est montré satisfait du concours que son Gouvernement rencontre à Paris.

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