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ter les froissements, les récriminations et des accidents encore plus graves.
Georges Louis connaissait les traditions respectées par tous ses prédécesseurs. Les fondateurs de l'Alliance s étaient également inquiétés d'un manquement qui aurait brisé l'accord dans leurs mains ou poussé au delà de ses limites naturelles. Les précédents autorisés peuplaient les archives où son expérience s était formée. Le 2 août 1892, NI. de Freycinet remettait au général de Boisdeffre la note suivante pour M. de Montebello :
Si le Gouvernement russe, ce qui est possible, soulevait la question de l'application de la convention au cas où 1l y aurait
une guerre avec l'Autriche seule, le général de Boisdeffre a
l'instruction formelle de moi Freycinet de ne pas la suivre sur ce terrain. MM. de Freycinet et Ribot sont convaincus que l'opinion publique en France ne comprendrait pas que nous nous engagions pour une guerre sur un théâtre si éloigné.
La force des choses voulait que la Russie surveillât plutôt l'Autriche que l'Allemagne, tandis que nous regardions du côté de l'Allemagne et très peu du côté de l'Autriche. Un ambassadeur qui se serait laissé surprendre, sans renseigner son gouvernement, eût commis plus qu une faute, un crime vis-à-vis de son pays. En 1897, le 12 janvier, NE Été écrivait à Montebello à propos de préparatifs russes paraissant viser une éventualité peu éloignée en Orient :
L'aléa est trop considérable, notre intérêt trop incertain et les chances de voir régler selon la justice la plus grave des questions internationales qui nous concernent sont trop douteuses pour que nous ne souhaitions pas avant tout le main-
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tien du statu quo. Mon opinion à cet égard est conforme à la vôtre.
J'ai cru devoir parler de cette situation à M. de Mohrenheim. Il m'a assuré qu'il était persuadé autant que nous-mêmes de la nécessité de retarder la crise qui menace les États du Sultan. Il estime qu’une politique contraire serait très dangereuse pour son pays.
Je lui ai dit que, si un conflit venait à éclater à propos de la Mer Noire et des Détroits, notre pays ne paraissait nullement disposé à prendre une part active dans les événements militaires qui pourraient survenir, alors que les risques seraient si grands et les avantages pour la France si peu apparents.
L'Ambassadeur de Russie a abondé dans mon sens, et m'a dit qu’il connaissait trop l’état de l'opinion pour se faire la moindre illusion à ce sujet.
Le même Hanotaux, dans ses entretiens avec le comte Mouravieff sur les affaires d'Orient, démontrait la déviation de la politique inaugurée par Alexandre TT, si la Russie adoptait une politique d'expansion et d'initiatives séparées :
Je lui rappelais le véritable caractère de cette politique qui consiste dans le maintien obstiné d’une attitude défensive et dans l’abstention de la part des Alliés de toute initiative séparée. Celui des deux qui agirait différemment risquerait non seulement de compromettre l'Alliance, mais de se trouver isolé à la discrétion de la Triple Alliance. D'après le même principe, si quelques actes étaient jugés nécessaires, les deux Alliés ne sauraient s’y résoudre qu après avoir reconnu l'intérêt égal qu'ils auraient dans la question en cause.
Nous avons considéré avec appréhension la tendance à saisir une occasion pour une action brusque et décisive sur les Détroits et Constantinople. L'Allemagne vous y poussera,
ajoutai-Je, je le sais ; elle a déjà offert au prince Lobanoff d'abord, puis à l'Empereur Nicolas, le Bosphore, qui à vrai dire ne Jui coûte rien. Mais prenez garde, l'Allemagne est une tentatrice experte.
Vous auriez l'appui de notre diplomatie, mais je ne pense pas que vous puissiez vous faire d'illusions en ce qui concerne notre concours militaire. Le vrai service que nous rendrions à la Russie serait d'observer une neutralité qui obligerait l'Allemagne à agir de même et l’empêcherait de prendre part au conflit.
Nourri de ces idées substantielles, qui faisaient corps avec les siennes, Georges Louis mit son point d'honneur à soigner cette partie de satâche, àtenir l'Allianceen équihbre stable, Sa sollicitude guettait le moindre symptôme de recrudescence dans la tension des problèmes asiatiques et balkaniques. La Russie couve éternellement des yeux l'Orient, terre classique de l'anarchie. Elle $e recueillait depuis le traité de Berlin : mais une élite infuente et audacieuse fixait la coupole de Sainte-Sophie, En tête des histoires où le passé annonçait l'avenir, la phrase de Goraïnoff faisait loi : « Pour la Russie, toute la fameuse question d'Orient se résume dans ces mots « : De quelle (autorité dépendent les Détroits du Bosphore et des Dar- ( danelles ? Qui en est le détenteur ? » A cette source unique puisaient les aspirations russes, religieuses, politiques, et guerrières, Or, d'après Joseph de Maistre, « il suffirait, pour faire sauter une forteresse, de mettre dessous un désir russe». Quand Isvolsky s'avisa d'être l’homme d'État du Panslavisme, il n'eut plus de repos qu il n’eût donné à ces désirs inassouvis leur plus glorieux apaisement.
Ayant manqué une première fois sa vie, il avait sa revanche à prendre.
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