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Il avait sur le cœur la journée du 15 septembre 1908 dans le château de Buchlau, où, hôte du comte Berchtold, un accord fut réglé par ses soins entre l’Autriche-Hongrie et la Russie, héritières de l’Empire ottoman. Le comte d'Aerenthal devenait libre d’annexer la Bosnie-Herzégo- ‘ vine conformément aux stipulations du traité de Berlin : en retour il acceptait le libre passage des Russes aux Dardanelles. D’Aerenthal prit sans tarder la Bosnie-Herzégovine et n’empêcha pas [svolsky de libérer les Dardanelles. Mais, sans le consentement du reste de l'Europe, la tolérance de d’Aerenthal était platonique. Isvolsky s'en apercut un peu tard, et se crut joué. Pour punir d'Aerenthal, il voulut se venger sur l’Autriche-Hongrie, et tenta d'ameuter la Triple Entente, au risque de provoquer la guerre générale : battu par sa faute et mécontent de luimême, il ne chercha plus qu’à humilier le cabinet de Vienne. Les patriotes russes les plus ardents lui pardonnèrent malaisément de compromettre son pays dans ses fantaisies diplomatiques. L'ambassadeur Zimovieff disait
à Georges Louis le 26 août 1912 :
J'ai eu connaissance de la note que votre Gouvernement a remise à M. Isvolsky en mars 1909 pour le détourner de pousser jusqu’à la guerre la défense des intérêts serbes dans l'affaire bosniaque.
La position prise par Isvolsky était indéfendable, et le Gouvernement français avait pleinement raison. Copie de votre note a été envoyée aux ambassadeurs russes hithographiée, et c'est comme ambassadeur à Constantinople que jen ai eu. connaissance.
On m'a communiqué les télégrammes adressés de Paris et de Londres par Isvolsky à Tcharykoff en octobre 1908, au moment où a éclaté l'affaire Bosnie-Herzégovine. Correspondances vraiment extraordinaires !
Enfin Tcharykoff m'a envoyé copie de la note envoyée par lui en octobre 1908 à Turkhan Pacha au sujet des Détroits. Je me suis félicité de n’avoir pas été chargé de remettre une pareille note au Gouvernement ottoman.
Quant à la correspondance adressée de Buchlau à Tcharykoff par Isvolsky en septembre 1908, elle a disparu du dossier. Isvolsky l’en a retirée en rentrant à Saint-Pétersbourg. Mais il n’a pu faire disparaître ses télégrammes, et 1l y en a un notamment en date du 4 septembre 1908 qui contient tout l'important des conversations de Buchlau.
Une note de la main de Georges Louis, du 5 octobre 1914, complète Zinovieff :
Isvolsky ne m'a pas pardonné d'avoir contre-carré son action dans l'affaire balkanique.
Il est en partie cause de l'affaire tripolitaine et de l'affaire balkanique ; il n’a cessé de faire une politique aventureuse, dangereuse pour la paix, et par conséquent contraire à nos intérêts.
Toute sa politique est dominée par sa rancune contre l'Autriche, dès 1910 : rursus en 1911 à propos de l'affaire du Maroc, et en 1912 et 1913. Il a voulu que la guerre éclatât à propos de la Serbie, parce que c'était à propos d'elle qu il avait dû reculer devant l'Autriche en 1909. Il a donc raison de dire ma guerre, lorsqu'il parle dé la guerre qui couvre la France de sang et de ruines.
Isvolsky lui-même a raconté comment il eut l'idée d'entrer dans un consortium italien à propos de la [ripolitaime et d'en tirer la guerre balkanique. En août 1909, Mouravieff, mort subitement à Rome, avait laissé un projet d'accord à trois, russo-italo-autrichien, rédigé avec
Tittoni. Il fut trouvé dans sa poche. Isvolsky s'en mspira pour combiner une action commune qui fut décidée entre le ministre russe et le ministre italien dans leurs conversations de Racconigi, où l'empereur de Russie fit son premier tour de valse avec le roi d'Italie. Le cabinet de Victor Emmanuel III s'était engagé après beaucoup d'hés1tations dans une seconde expédition coloniale qu1 devait racheter l'échec sanglant d Adoua. Le 16 décembre 1900 le marquis Visconti Venosta, dans une lettre secrète à Camille Barrère, notre ambassadeur à Rome, avait reconnu la lécitimité de l’action de la France au Maroc. En échange il s'assurait une hypothèque sur la Tripolitaine.
Notre installation définitive au Maroc ayant mis l'Italie en appétit, elle résolut de faire toucher le chèque qu elle avait tiré sur notre consentement, sans d'ailleurs prendre en considération les droits de la Turquie. Ce genre de partages et cette distribution de fiefs que la morale réprouve n'a pas peu contribué à faire perdre le sens de la justice et de la propriété aux chirurgiens de la grande politique européenne. Qui commence par de telles spoliations n'est pas scrupuleux sur les expédients indispensables pour aboutir ! Il se trouva que la conquête promise par les techniciens comme une promenade militaire traina, Pendant des mois et des mois, l’armée expéditionnaire s’usa contre un ennemi insaisissable, accourant à travers les solitudes désertiques de l'Afrique et se renouvelant par l’afflux des volontaires du monde islamique. La À flotte s’épuisait en croisières le long des côtes sablonneuses et stériles, en tirs incessants contre de vagues unités à : des distances 1llusoires. |
M. Tittoni, comme préfet de Naples, s'était acquis l'amitié du fils d'Humbert, et l'avait consolidée comme ministre de Victor Emmanuel III. Il fut son confident très |
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