‹ Georges LouisChapitre 80 sur 145 · TON · texte numérisé non relu

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fort que l'Allemagne consente dès à présent à renoncer aux autres demandes qu’elle a formulées.

C'était tout. C'était peu. Quelques jours auparavant, le 7 septembre, Georges Louis avait été reçu par l'Empereur à la villa Alexandria, habitation familiale de Nicolas I] à Péterhof. L'Ambassadeur eut soin de faire savoir que nous ne demandions rien au delà de l'exécution pleine et entière de notre convention militaire. Malgré cette precaution, le Tzar était visiblement préoccupé, et 1l se rassérêna seulement après que Georges Louis eut démenti toute visée belliqueuse de la part du Gouvernement fran-

cais. Le rapport fait à M. de Selves continuait ainsi :

J'ai ajouté que nous demandions seulément ce que | Empereur son père et lui-même nous avaient promis. Sa Majesté m'a répondu aussitôt : ( Cela, certainement, et cela va même sans le dire.»

M. Isvolsky vous a dit le 31 août et, ainsi que je viens de vous le télégraphier, M. Nératoff a répété aujourd hui à mon collègue d'Angleterre que l'opinion publique russe comprendrait difficilement une guerre à l’occasion de territoires coloniaux. Suivant M. Isvolsky, c'était aussi le sentiment de l'Empereur, ( qui nentrevoit une guerre qu'à propos d'intérêts tout à fait vitaux ».

Il était par suite nécessaire de montrer à Sa Majesté, qui évidemment ne se rendait pas un compte exact de l'importance des intérêts engagés dans la crise actuelle, qu'il y a toute autre chose qu’une question de territoires coloniaux.

J'ai rappelé brièvement quelle avait été l'attitude de l’Allemagne dans l'affaire marocaine depuis 1904, et j'ai ajouté : « Vous connaissez l'Algérie, Sire, et vous ne trouverez pas que l’on exagère sa valeur en disant qu'elle a pour nous la même importance que pour vous votre Caucase. Ce n'est pas un ter-

ritoire colomial, c’est le prolongement de la France. — Oui, certainement, m'a dit l'Empereur. — Supposez, Sire, que l'Allemagne, qui se crée de grands intérêts économiques en Asie Mineure, en arrive un jour à vouloir pénétrer dans la Mer Noire et occupe Trébizonde. Ne dirait-on pas en Russie qu'elle menace votre Caucase et vos intérêts vitaux? La France ne peut davantage admettre que l'Allemagne vienne occuper un port marocain. Un établissement allemand au Maroc serait une menace pour notre Algérie. Ce sont nos intérêts vitaux que nous défendons. »

L'Empereur m'a répondu que la question était amsi très nettement posée, et qu’il comprenait nos préoccupations. Îl m'a demandé ensuite de lui exposer l’état de nos conversations avec Berlin au sujet du Congo. Il m'a remercié de toutes mes indications, ( qui étaient utiles », m a-t-1l dit. Mais il a ajouté néanmoins : ( Ayez en vue d'éviter un conflit. Vous savez que notre préparation n'est pas complète. »

Malgré la sincérité de l'Empereur, Georges Louis regrettait que la diplomatie russe eût manqué de confiance en elle-même et par suite fait à nos côtés trop petite figure. Il eût suffi d'une parole ferme à Berlin pour nous soulager, tandis que l'Allemagne, informée des réponses négatives de la Russie à nos sollicitations, abusait de notre isolement pour grossir ses réclamations. Notre ambassadeur, comprenant l’inutilité d’autres efforts, se bornait À porter douloureusement un malaise qui était aussi celui de la France entière. Il n'imaginait pas qu après s être montrée presque indifiérente à notre cause la Russie profiterait de nos embarras pour nous entraîner dans une action où la guerre que nous ne faisions pas pour nousmêmes nous menacerait au profit d'intérêts totalement étrangers. Quelle ne fut pas sa stupeur quand [svolsky remit, le 4 novembre, à Paris une lettre réclamant,

comme le prix d'un marché, l'appui de la France en Orient et en Extrême-Orient au titre de contre-partie de notre établissement au Maroc ! D'une part, le Gouvernement impérial se déclarait persuadé que le Gouvernement de la République aiderait la Russie à consolider le développement de sa situation dans le Nord de la Chine : nous devions, pour coopérer efficacement, nous opposer aux tendances dela Cline en Mmidlohbaria en Mongolie, dans le Turkestan Chinois, et surtout Éacémier te chemin de fer de l'Est Chinois. D'autre part, notre concours dans les questions orientales, dont les conséquences étaient beaucoup plus sérieuses, motivait la note suivante, d une habileté assez inattendue :

Le Chargé d'affaires de France a communiqué d'une manière confidentielle au Gérant du Ministère des Affaires Étrangères de Russie le texte de l'accord intervenu entre la France et l'Allemagne au sujet du Maroc, et lui a demandé quel accueil serait fait de notre part à cet acte.

M. Nératoff n'a pas hésité à répondre à M. de Panañeu que le Gouvernement impérial envisageait l'accord sus-mentionné avec la plus grande sympathie, et il donnait d'avance son adhésion pleine et entière en tout ce qui serait convenu

entre les Cabinets de Paris et de Berlin à l'effet de déterminer

la nouvelle situation de la France dans l’Empire chérifien.

Le Gouvernement impérial me charge de confirmer à Votre Excellence la réponse donnée à M. de Panañieu, et de lui exprimer en même temps la certitude que la France nous témoignera de son côté des dispositions analogues dans certaines questions dans lesquelles le Gouvernement français nest pas directement intéressé, mais qui touchent de près aux intérêts russes.

Ces questions, comme vous le savez, se rattachent, en Europe, au régime des Détroits.

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