‹ Georges LouisChapitre 9 sur 145 · PALÉOLOGUE · texte numérisé non relu

PALÉOLOGUE

Par son dispositif, son contenu, l'accumulation des termes soulignant des intentions mauvaises, cette dépêche | foudroyante était soignée pour étourdir le destinataire. | Au bout du fil télégraphique, à plus de deux mille kilo- | mètres de Paris, isolé, sans recours et sans conseil, que | pouvait-il penser? Que concevoir et conjecturer de ce | logogriphe sans le moindre avertissement antérieur ? Que | se passait-il dans les détours .du sérail, dans la pétaudière du Quai d'Orsay? Etait-ce un accès d'aliénation mentale | où une énorme canaillerie ? Au premier examen le doute se | {fût admis : au second il n’était plus possible. : Quoi de plus impoli, de plus cafard sous l'étiquette | glaciale de la phraséologie officielle ? Elle ne reculait même pas devant la plus ignoble des comédies, l'affectation d’une vieille amitié, suant et renforçant la trahison. Les mots impératifs, à peine atténués par un léger compliment, étalaient l'exigence d’une soumission immédiate | À des ordres absolus, sans explications préalables, sans conditions. Cette invitation à tendre un cou obéissant au lacet blessait d'autant plus que M. Poincaré, contrairement aux usages courants et malgré sa prolixité épistolaire, ne daignaïit pas notifier directement l'arrêt, n1 le signer. Il n'égorgeait pas lui-même, mais par procuration. Ne devait-il pas en personne exprimer quelque tristesse de sa cruauté, par pure convenance, s’il cédait vraiment à une nécessité impérieuse ? La transmission par un médium préposé aux bas offices de la maison, d'un message dis-

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