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Monténégro au sujet de la décision que l'Autriche aurait prise d'occuper le Sandjak. II l’a dit très nettement au Ministre de Serbie qui est venu l’entretenir hier de ces bruits.
Mais le Ministre russe demeure très préoccupé des répercussions que pourrait avoir dans les Balkans au printemps prochain la continuation du conflit italo-turc.
Le roi qui devait bientôt déclancher la guerre balkanique n'avait pas fait sans motif un pélerinage à la Cour impériale. Au diner du 29 janvier-11 février, donné en son honneur au Palais d'Hiver, Nicolas Il prononça un toast qui n'était pas, lui non plus, sans rapport avec la fermentation balkanique :
Je suis heureux de saluer Votre Majesté Royale après qu'Elle a, en revêtant le titre royal, couronné cinquante années d'un remarquable gouvernement du Monténégro, gouvernement plein d'exploits administratifs et de vaillance militaire.
Le long développement pacifique et la prospérité du Jeune royaume sous la direction de Votre Majesté trouveront à jamais un vif écho, la sympathie fraternelle et, où il le faudra, un soutien de ma part et de celle de la Russie,
Je bois à la santé de S. M. le Roi de Monténégro, Général Feld-Maréchal de l'Armée russe, à S. M. la Reine Miléna, à toute la Maison Royale et au vaillant peuple monténégrin.
Ce toast, où la personnalité d’un roitelet et la collectivité minuscule de son peuple étaient portées aux nues par l'Empereur de toutes les Russies, sonnait comme un vigoureux coup de clairon. C'était bien le prodrome du soulèvement prochain. Selon sa coutume, M. Sazonoff,
après avoir remis à Georges Louis son aide-mémoire,
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garda le silence : il attendait alors, sans se livrer d’aucune manière, l'éclosion de sentiments et de réflexions qui lui permettaient de s'expliquer le moins possible sur ses arrière-pensées. L’ambassadeur, de plus en plus frappé des symptômes divers, précurseurs de l’action russe. prit sur lui de questionner Sazonoff :
Saint-Pétersbourg, 23 février 1912
Malgré la longueur de notre conversation d'aujourd'hui, M. Sazonoff n'est pas revenu de lui-même aux questions qu'il avait soulevées dans nos précédents entretiens au sujet des éventualités qui menacent la paix de l'Orient. J'ai cru devoir provoquer de sa part quelques éclaircissements, afin de pouvoir causer utilement de ces questions avec Votre Excellence à mon arrivée à Paris.
( ÎT va de soi, lui ai-je dit, que vous tenez autant que nous au maintien du sfatu quo dans les Balkans 2 |
&— C'est le fond même de notre politique, » m'a répondu M. Sazonof{.
«— Et d'une manière générale au maintien de l'Empire ottoman ?
€— Certainement.
« — Et que vous êtes comme nous d'avis que la France et la Russie doivent s'abstenir de toute initiative séparée à
& — Nous sommes plus intéressés que vous dans ces questions, m'a objecté M. Sazonoff : aussi dirais-ie plutôt que nous ne devrons prendre aucune décision à votre insu. »
Cette dernière réponse montre combien il est nécessaire que nous continuions la conversation pour nous assurer la
part qui nous appartient dans les décisions à prendre et n'être bas entraînés au delà de nos engagements.
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Georges Louis, sans afhcher la moindre hostilité pour Sazonoff, surveillait sa méthode. Il avançait de temps à autre des faits marquant un progrès dans la ligne fixe qu'il s'était assignée. Après l'énoncé du fait, il n'en reparlait plus pendant quelques jours. À chaque instant,
eorges Louis constate ces intermèdes silencieux qui laissent systématiquement tout dans l'incertitude. C'est ainsi que subitement éclate l'annonce du traité serbobulgare. C'était le premier anneau de la chaîne qui constituera l'Alliance balkanique. Georges Louis revient à la charge. Il questionne Sazonoff :
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Saint-Pétershourg, 6 avril 1912
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« Mais que ferez-vous, lui ai-je demandé, dans les cas prévus par votre questionnaire du 14 février ? :
«— Il va de soi, m'a répondu le Ministre, que, s’il y avait soit rupture du sfalu quo, démarche active de l'Autriche en Albanie ou dans le Sandijak, soit agression d’une Puissance autre contre l’un des petits États balkaniques, notre opinion publique s’agiterait, et nous ne pourrions rester indifférents. C'est tout ce que l’on peut dire à l'avance. ?
Comme je rappelais que nous avions nous-mêmes toujours interprété notre Alliance en ce sens que toute initiative non prévue par le pacte primitif impose aux deux alliés l'obliga-
tion préalable de se concerter, le Ministre m'a dit quil ne
pouvait y avoir aucun malentendu, et que la remise de son
questionnaire, de même que la communication qu'il vient de nous faire au sujet des arrangements serbo-bulgares, étaient
des preuves évidentes de ses intentions.
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En annonçant le traité serbo-bulgare à notre seul Gou-
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vernement, en ajoutant qu'il devait être tenu secret JuSqu & nouvel ordre, que trois fonctionnaires de son départe-
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Sazonoff prouvait que le traité s'était conclu sous les aus- $ . e e ‘s EF] R e 9
pices de la Russie. Il affirmait bien qu'il s agissait d'une e a c ° e &
alliance strictement défensive, que les Puissances d’où
pourrait venir l'agression n'étaient pas nommées, que les
parties contractantes ne devaient rien entreprendre sans
l'avis de la Russie. Mais cette modération verbale ne
rassurait pas Georges Louis, qui écrivit le 10 avril :
Pas plus que vous-même je ne considère que le moment soit venu de nous rassurer. M. Sazonoff paraît renoncer à nous demander notre concours, mais cela ne prouve pas qu'il abandonnerait rien de son-programme, au cas où le statu quo dans les Balkans ne serait pas maintenu.
Il reste possible que l’action de la Russie nous entraine au delà de nos engagements, ou mette en péril notre Alliance,
dont le point faible a toujours êté l'Orient.
Autant Sazonoff prenait soin de glisser une à une les paroles sérieuses en affectant de donner un sens modeste aux plus essentielles, autant Georges Louis tenait ferme sur les principes de l'Alliance pour ne pas être désarçonné. Mais de plus en plus il se persuadait que le ministre russe dissimulait précisément les intentions dont il vantait la pureté. Une de ses lettres les plus instructives décrit les singuliers réflexes psychologiques de cette diplomatie incolore, fugitive, insaisissable :
Saint-Pétersbourg, 12 avril 1912
M. Sazonoff continue à peu près à parler de toutes choses très hbrement. S'il évite de reprendre point par point l’examen de son questionnaire, jamais il ne laisse apparaître qu'il veuille faire mystère de ses intentions. Il se borne à dire qu'elles ne
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