‹ Georges LouisChapitre 93 sur 145 · PERRET · texte numérisé non relu

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Jusqu'à la prise de Rhodes, le Gouvernement russe était le seul qui parût chercher par moments à précipiter les événements, et en tout cas se préparer à se mettre en mesure d'en profiter. L'Allemagne et l'Autriche restaient immobiles.

Saint-Pétersbourg, 4 juin 1912

Mais dans ces dernières semaines 1l a semblé que l'Allemagne était peut-être à la veille d'adopter une politique plus active, et que ses dispositions devenaient moins favorables à la Turquie. On a senti de l'hésitation dans son attitude en présence des perspectives que lui ouvrait l'établissement de l'Italie dans la mer Egée, et l’on a pu se demander si ce n était pas en prévision de grandes tractations au sujet de l'Orient que M. de Marschall était envoyé à Londres.

À notre point de vue, rien ne serait plus inquiétant.

Nous pourrions craindre d’autre part qu un changement de politique ne fût pour l'Allemagne une occasion de reprendre son rôle de tentatrice à l'égard de la Russie. Il ne paraït pas cependant au moins jusqu à présent qu elle y soit revenue, ou qu’elle ait été écoutée. L'article des Novoïé Vrémia que je vous ai signalé avant hier peut même êire considéré comme une indication en sens contraire, l’auteur de cette dénonciation des visées allemandes ayant, m’a-t-on dit, accepté des communications du bureau de la Presse.

Saint-Pétersbourg, 5 juin 1912

En même temps qu’un revirement semblait pouvoir se produire à Berlin, un mouvement d opinion en sens contraire se dessinait ici. C’est surtout ce que je dois vous signaler.

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Le bruit qui s'est fait pendant quelques jours à Paris et à Saint-Pétersbourg autour de l'incident qui me concernait a eu ce résultat inattendu d'appeler l'attention en Russie sur le rôle prépondérant que M. Isvolsky a tenu dans ces derniers mois.

Ce que nos journaux ont dit de l'étroit accord de l'Ambassadeur du Tzar avec M. Tittoni et de l'influence qu il exerçait sur la marche de la politique russe était connu dans le monde diplomatique, mais ce fut pour le public, et même pour les collègues de M. Sazonoff, une révélation. On s’étonna et l'on s'inquiéta de divers côtés qu une politique aussi aventurée pôt être suivie librement par M. Isvolsky, et c'est à cette inquiétude que j attribue la vivacité des propos que je vous ai rapportés dans mon télégramme n° 254,

[l'y a là une situation nouvelle qui mérite examen.

En se gardant de toute exagération, 1l apparaît que M. Isvolsky s'est rendu suspect à quelques-uns des membres du Gouvernement impérial comme à une partie de l'opinion russe, et que vraisemblablement ses avis seront plus discutés à l'avenir, même par M. Sazonoff, qui a dû par moments se sentir un peu trop dirigé.

La politique personnelle de M. Isvolsky nous a donné de telles préoccupations pendant la dernière crise marocaine et depuis le conflit italo-russe que nous avons tout intérêt à voir se développer l'opposition qu'elle commence à rencontrer à Saint-Pétersboursg.

Ïl nous sera sans doute possible d'y aider s’il ne se produit pas de changement dans la composition actuelle du Conseil des Ministres.

Rien n'était donc perdu, sauf le temps gaspillé dans les ragots et les romans chez la portière de l'ambassade russe, montés en épingle par les farceurs du Quai d'Orsay. Si le Gouvernement français n'avait pas persévéré dans ses

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rappelé. Mais M. Poincaré tint tête à Saint-Pétersbourg et aux avis si judicieux de Georges Louis :

| EL HÉprisess ne s était pas obstiné à paraître pl lus russe que | # e Gouvernement de Saint: FR c'en était fait | 41 des divagations d'Isvolsky. Loi d être prophète dans son | ES ; pays, 1l y redevenait plus discrédité qu après ses fâcheux | F démélés avec d'Acrenthal. Un seul mot de Paris et il était 1 | | d 1 | Saint-Pétersbourg, 6 juin 1912 | | £ Le revirement que faisait prévoir mon télégramme d'hier | 4 matin est commencé.

Er - J'ai eu un entretien à la fin de la journée avec M. Sazonof, | | De et non seulement 1l m'a témoigné un grand empressemént à | aller au-devant de toutes mes questions, mais il m'a exprimé, ÿ$ 9 # . ’ CE À tout d’une haleine, des idées entièrement conformes aux nôtres.

Il ne cherche que la paix, m a-t-1l dit, et 1l s'attache à écarter tout ce qui pourrait és la situation actuelle. Il est tout prêt à accepter l'idée d'une rep si l'on croit que c "est le meilleur moyen d'arriver au réta ablisserment de la paix. Il ; espère que les Italiens n'iront pas à Mitylène, et 1l leur a fait 3 savoir combien 1l le souhaitait. S'ils y allaient, ce serait de nouveau la fermeture des Dardanelles : et qui pourrait en se faire un reproche aux Turcs? Enfin le Ministre a ajouté: « Je | viens de voir votre collègue de T'urquie, et je lui ai déclaré que certainement nous ne soulèverions pas la question de l’ouverture des Détroits. Ce n’est pas le moment. En Russie, d'aile leurs, on ne s intéresse plus à cette question aussi vivement qu'autrefois. Il nous suffit que nos amis nous maintiennent l'assurance qu'ils nous aideront à la résoudre lorsque l'heure viendra. »

Nous voilà loin du langage mystérieux que M. Isvolsky et M. Sazonof} nous tenaient depuis tant de mois.

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