‹ Georges LouisChapitre 94 sur 145 · PEL · texte numérisé non relu

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Sj sur la joue de M. Poincaré cette lettre put faire l'effet d’un soufflet, à quidevait-ils’en prendre, smon à Isvolsky?

La postérité, en parcourant cette série de témoignages concordants, lèvera les bras au ciel devant l'obstination

incorrigible de M. Poincaré. La faveur d'Isvolsky fut si peu ébranlée dans son esprit qu à ses antipathies et à ses

préjugés il offrit en holocauste deux ambassadeurs. S 1l prit quelques mois de recul pour frapper Georges Louis, | remercia notre ambassadeur à Vienne. M. Crozier a

écrit ! :

Quand M. Poincaré est arrivé au pouvoir, il avait son siège 5 [ui et Paléologue étaient des Balkaniques. J'étais Français et Européen : je fus rappelé. Alors j'écrivis au Président du Conseil pour le mettre en garde contre sa politique, en soulignant que si, avec la mienne,on n'était pas sûr déviter la guerre, on gardait du moins le choix de l'heure.

Redoutant les conséquences de commotions violentes, la politique française, de 1908 à 1912, se bornait à utiliser au mieux les groupements nationaux de l'Europe. Tout en favorisant avec efhcacité l’évolution vers plus de Justice et plus de Droit pour tous dans cette vieille Europe, nous calmions les impatiences qui souhaitaient la rajeunir, fût-ce dans un bain de sang. C'était donc bien une politique franco-européenne.

Les quatre années de 1908 à 1912 ont vu quatre crises des plus graves : Casablanca, l'annexion de la Bosnie-Herzégovine, les affaires de Perse et d'Agadir, se dénouer pacifiquement, tandis que les deux années et demie de 1912 à 1914 ont vu éclater deux guerres balkaniques et la guerre générale.

M. Poincaré, pour discuter les arguments de M. Cro-.

zier, s’est contenté de blaguer l'élégance de l’ancien direc-

|. Revue de France, avril 1921.

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teur du Protocole. Il accusait Georges Louis de n être pas assez mondain : 1l trouve que M. Crozier l'était trop. Vraiment ce badinage est indécent. Pour disculper sa politique, l’ancien Président omnipotent ne trouvera peut-être pas toujours dans les Parlements et dans la Nation des majorités qui se contentent d'une rhétorique aussi rudimentaire | En tout cas personne ne trouvera naturel qu’elle ait eu assez de puissance pour mettre au rancart deux ambassadeurs honnis par Isvolsky. La destruction de l'Autriche était son objectif : 1l la boycottait à Paris comme à Saint-Pétersbourg. Il ne souffrait pas que l'Autriche conservât des relations ordinaires avec nous, et que Saint-Pétersbourg admiît une solution moyenne des révolutions balkaniques. M. Crozier céda la place à un ambassadeur qui eut pour mot d'ordre de ne rien écrire sur le pays où il devait ne rien voir et ne rien dire jusqu à la consommation des événements concourant à la catastrophe inévitable. Georges Louis, encore plus détesté, aurait eu le même sort en mai 1912, sans les bévues de M. Poincaré, qui se rattrapa en 1913, comme nous le raconterons dans le chapitre suivant, Dieu sait avec quels raffinements, qui caressèrent agréablement l'âme de l'ambassadeur russe !

En face de ces victoires remportées sur ses deux collègues, et, on peut le dire, sur la Russie comme sur la France, le curriculum de sa vie, de ses patronages, de ses chances et de ses vices paraîtra sans doute assez piquant, tel que l’a tracé de main de maître le comte Witte. Les Carnets de Georges Louis, à la date du 5 septembre 1913, conservent le dépôt édifiant des propos de l'ancien Président du Conseil russe :

Isvolsky, il appartient à qui trouve le moyen de payer ses dettes. Aujourd'hui, c’est le jeune Raffalovitch qui est tout

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