‹ Georges Mareschal, seigneur de BièvreChapitre 100 sur 182 · LES LIEUTENANTS DU PREMIER-CHIRURGIEN · texte numérisé non relu

LES LIEUTENANTS DU PREMIER-CHIRURGIEN

ments, et enfin de prendre connaissance de tout ce qui les concerne (1) ».

En même temps qu'il recouvrait une autorité effective sur tous les chirurgiens du royaume, Mareschal s'était occupé de les discipliner et de les soumettre à des examens sévères. Déjà, en mars 1719 (2), il avait réglementé la Communauté de Versailles; car le premier-chirurgien du roi régentait cette corporation, bien que l’édit de 1692, supprimant sa juridiction en province, ne mentionnât pas une telle exception. Pour réorganiser sans plus tarder les autres Communautés de France, il leur fit imposer provisoirement, par les lettres patentes de septembre 1723, l'observation des statuts de Versailles.

Après avoir décrété le rétablissement des lieutenants, Louis XV continuait ainsi : «Et d’autant que, par édit du mois de mars 1707, il a été fait un règlement pour l'étude et l’exercice de la médecine, et qu’il n’est pas moins important de régler le temps d'apprentissage, le nombre et la forme des actes et des expériences pour parvenir à la maîtrise de chirurgien, en établissant dans toutes les Communautés de chirurgiens de notre royaume des règles uniformes, ordonnons qu'il sera incessamment dressé des statuts en chacune des dites Communautés de chirurgiens de notre royaume, pour, après avoir été par nous approuvés sur l’avis de notre premier-chirurgien et revêtus de nos lettres patentes, être ensuite exécutés, et que, ce pendant et par provision, les statuts de la Communauté des maîtres chirurgiens de la ville de Versailles seront exécutés selon leur forme et teneur dans tous les lieux où il y aura Communauté et un lieutenant de notre premier-chirurgien, à la réserve et exception de notre bonne ville, faubourgs et banlieue de Paris, où les statuts et règlements faits pour la dite ville continueront d’être exécutés selon leur forme et teneur. »

Les statuts de la Communauté de Versailles étaient calqués sur ceux donnés en 1699 aux confrères de Saint-Côme : 1ls soulevèrent des difficultés sur de nombreux points du royaume. Invitées par Mareschal à présenter des règlements particuliers, les Communautés de province retardèrent indéfiniment leur réponse au premier-chirurgien. Enfin, quelques officiers de police

(1) Loc. cit.

(2) Statuts des chirurgiens de Versailles, Archives nationales, X1a 8723, p°e n° 28.

troublèrent les lieutenants et greffiers dans lexercice de leurs droits, prétendant que ces auxiliaires ne pouvaient remplir leur charge avant d’avoir prêté un coûteux serment. Mareschal composa donc lui-même un projet de statuts destinés à régir les corporations provinciales; mais, avant de soumettre à l'approbation royale ce « code général de la chirurgie (1) », il voulut faire trancher les litiges soulevés par les lettres patentes de 1723 : une lacune des statuts de Versailles lui en fournit l’occasion.

Ce règlement ne contenait aucune disposition relative à la réception des chirurgiens exerçant leur art dans les bourgs et villages; or, remarque Le Blond, «la conservation d’une multitude de sujets peuplant les campagnes n’était pas moins précieuse à PEtat que celle de la plupart des habitants des villes.» Au commencement de l’année 1726, Mareschal remit au contrôleur général Dodun d’Herbault la rédaction provisoire d’un arrêt dénouant les récentes difficultés, et assujettissant les praticiens ruraux à de légers examens. Le 24 février 1726, le contrôleur général écrivait à chaque intendant de province une lettre contenant copie du mémoire de Mareschal : « Avant de proposer au Conseil le règlement demandé, terminait-il, j'ai cru devoir m’éclaircir avec vous sur ce qui s’est pratiqué avant la création des chirurgiens jurés, lorsque les lieutenants et greffiers du premierchirurgien subsistaient, et depuis la création des dits offices de chirurgiens jurés. A l'égard des statuts que M. Mareschal propose pour régler l'exercice de la chirurgie, le temps de l’apprentissage et les épreuves des aspirants, et les droits, privilèges et fonctions de ses lieutenants, je vous prie pareïllement de vouloir bien examiner et me donner votre avis de ce qu’il convient ordonner à ce sujet; je vous envoie copie des observations de M. Mareschal, qui servent de motifs à sa proposition, pour vous mettre plus au fait de sa demande. Je suis, etc. (2). »

Dans son mémoire, traduit en style indirect par un commis du contrôle général des finances, le premier-chirurgien se plaignait de n’avoir pas pu, depuis l’édit de 1723, « rétablir le bon ordre, la police et la discipline dans la chirurgie, ni réprimer les

(1) LE BLOND, Avertissement, p. 5.

(2) La France médicale d'avril 1903, étude de M. De RIBIER sur la Chirurgie et l’Obstétrique en Auvergne en 1726.

Page 1