‹ Georges Mareschal, seigneur de BièvreChapitre 101 sur 182 · CODE GÉNÉRAL DE LA CHIRURGIE · texte numérisé non relu

CODE GÉNÉRAL DE LA CHIRURGIE

abus. » Après avoir signalé les exigences des officiers de police,

il démontrait la nécessité d'imposer aux chirurgiens des campagnes « des expériences proportionnées à la capacité qu'ils doivent avoir ». Mareschal concluait ainsi : « Pour éviter toutes les difficultés qui pourraient survenir à l’occasion des droits des lieutenants, du oreffier et des chirurgiens, il est nécessaire de les fixer et de les rendre uniformes. Enfin, comme il est impossible que toutes les Communautés conviennent. des mêmes règles pour l’uniformité des exercices de la chirurgie, et que, d'ailleurs, depuis l’édit de septembre 1723, il a été impossible de les engager à faire des statuts, il est indispensable pour le bon ordre d’établir des règles uniformes. »

Plusieurs intendants tardant à répondre au contrôleur général, ce ministre leur adressa une nouvelle circulaire :

Monsieur,

Je vous ai écrit au sujet de l'arrêt que propose M. Mareschal, premier-chirurgien du roi, pour établir une police et discipline dans les Communautés des maîtres chirurgiens du royaume, et je vous ai demandé votre avis. M. Mareschal me sollicite vivement pour faire décider cette affaire, ce qui m’est impossible faute de votre réponse. Je vous prie donc, monsieur, de vouloir bien m'envoyer le plus promptement que vous pourrez les éclaircissements que Je vous ai demandés. Je suis, etc.

Quelle que fût sa hâte d'imposer une même règle à tous les praticiens de France, Mareschal attendit deux ans le résultat de l’enquête ouverte par Dodun d’Herbault et continuée par son successeur Le Pelletier des Forts. En 1728, il présenta enfin à l’approbation du roi un ensemble de statuts généraux. Mais la Faculté de médecine, apprenant les démarches du premierchirurgien pour obtenir les lettres patentes nécessaires à la consécration de son œuvre, crut devoir, «au nom de ses privilèges, » s'opposer au projet de Mareschal.

Chaque fois que le premier-chirurgien voulut opérer une réforme, 1l eut à subir les attaques de la Faculté, car la chirurgie restait subordonnée à la médecine. Endormis dans la routine, aveuglés par l’orgueil universitaire, les docteurs se montraient hostiles à toute innovation. Au cours d’une autre affaire, le doyen appelait Mareschal « le plus cruel ennemi des

médecins de Paris »; l'examen des nouveaux statuts pour les chirurgiens de province lui inspira d’autres invectives. En 1728, on lit dans les Commentaires de la Faculté : « Le 15 septembre, le doyen apprit par une lettre de M. le premier-médecin du roi que Georges Mareschal, homme inquiet et inventant de continuelles innovations, avait apporté à M. le chancelier d’Aguesseau un nouveau règlement pour les Communautés de province, demandant l'approbation de ce projet par le roi (1).»

Les statuts rédigés par le premier-chirurgien contenaient peut-être des dispositions opposées aux droits de la Faculté; aussi le doyen Geoffroy décida-t-il que les docteurs en demanderaient communication, « et sans plus tarder, car Mareschal insistait jusqu’à l’importunité auprès du chancelier pour obtenir ses lettres patentes (2).» Le jour même, M. d’Aguesseau recevait du docteur Geoffroy la lettre suivante :

Monseigneur,

La Faculté de médecine, dont j’ai l’honneur d’être le chef, ayant appris que M. Mareschal vous avait présenté de nouveaux règlements pour les Communautés de chirurgiens des provinces, souhaite que j’aie l'honneur d’écrire à Votre Grandeur pour la supplier très humblement de vouloir bien nous communiquer ces nouveaux règlements et nous permettre d’y faire nos observations et nos représentations, s’il s’y trouve quelque chose de contraire aux droits de la Faculté de médecine. Ce n’est pas, Monseigneur, par une simple curiosité, ou dans la vue de traverser ces nouveaux règlements, ou de faire de mauvais incidents, que nous vous faisons cette demande...

Geoffroy ne s’illusionnait pas sur la réputation de la Faculté, et se défendait par avance contre une accusation vraisemblable. Cependant, le chancelier soumit sans difficulté le projet de Mareschal à l'examen des docteurs, et, le 1er décembre 1728, la Faculté se réunissait pour entendre les observations de son doyen (3). Le docteur Geoffroy annonça que les statuts, « qui

(1) « Decanus 15 septembris accepit, per litteras illustriss. archiatrorum comitis, Georgium Mareschal, virum inquietum et semper nova molientem, novas constitutiones pro chirurgicis provinciarum societatibus illustr. Galliarum cancellarii obtulisse ad eas diplomate regis confirmandas. » (T. XIX, p. 484.)

(2) « Tempus vero urgere, quia protochirurgus cancellario ad importunitatem usque instaret. »

(3) Commentaires, 1728-1729, p. 932.

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