OPPOSITION DE LA FACULTÉ
montraient clairement la témérité de Mareschal (1), » étaient déjà contresignés par Le chancelier. Et cependant, dès l’article 1er, on constatait une usurpation du premier-chirurgien : Mareschal se proclamait ambitieusement « chef de la chirurgie du royaume »; mais, depuis la fusion des anciens confrères de Saint- Côme avec les barbiers, 1l n’existait plus de chirurgiens en France, et le véritable titre de Mareschal était « chef de la barberie ». Bien plus, « cet homme, négligeant ou même supprimant dans son projet les droits des médecins de province, avait l’audace d’étendre à tous les chirurgiens de France le droit conféré à ceux de Versailles par l’article 19 de leurs statuts, suivant lequel chaque maître pouvait préparer pour ses malades tous les remèdes tant internes qu’externes : » de sa propre autorité, Mareschal permettait à de vils barbiers l’exercice simultané de la médecine, de la pharmacie et de la chirurgie (2). Le doyen termina en disant qu’il allait envoyer le projet du premier-chirurgien à toutes les Facultés de province, et les engager à faire valoir leurs privilèges.
Cette seconde enquête reculait encore la mise en vigueur des nouveaux statuts, mais sur ces entrefaites se produisit un incident qui diminua l’autorité des docteurs aux yeux du chancelier. Saisi de plaintes contre la Faculté de Paris, M. d’Aguesseau écrivit au doyen pour lui reprocher de ne pas mieux veiller à la discipline de sa Compagnie (3). Or, au lieu de faire amende honorable et de promettre la répression des abus signalés, Geoffroy rejeta sur les maîtres de Saint-Côme la responsabihté des irrégularités commises par les médecins. Les chirurgiens, écrivait-il le 17 janvier 1729, sont autorisés à traiter sans l’assistance d’un docteur certains maux dits secrets, « mais tout devient pour eux maladie secrète. » Les docteurs ne sont plus appelés qu’à la dernière extrémité : se voyant enlever peu à peu leur clientèle par d’ignorants usurpateurs, ne sont-ils pas excusables de commettre par dépit quelques fautes contre les règlements? Les droits de la Faculté sont violés tous les jours; aussi le nombre des étudiants en médecine est-1l très
(4) « Quibus facile deprehenditur Georgii Mareschal temeritas. »
(2) « Nec minor est audacia hujus viri, qui suos subditos chirurgos suo nutu medicos, pharmacopæos et chirurgos simul constituit, ubique medicorum jura
negligendo, vel prorsus extinguendo. »
(3) Lettre du 31 décembre 1728. (Commentaires.)
diminué à Paris comme dans les autres universités. Et, comme les leutenants du premier-chirurgien vendent des lettres de maitrise à tous les «mauvais barbiers», pour regagner le prix de leurs charges, payées très cher, « dans peu de temps le royaume manquera de médecins et d’apothicaires, et fourmillera à la vérité de chirurgiens, mais de chirurgiens ignorants. »
Comme réponse à des accusations précises, la Faculté attribuait aux chirurgiens une situation uniquement due à la stagnation de l’art médical : M. d’Aguesseau goûta peu sa défense, et, quand les observations du doyen sur le projet de statuts parvinrent à la chancellerie, elles furent examinées sans bienveillance. La Faculté priait M. d’Aguesseau
1° De rappeler les chirurgiens à la déférence envers les docteurs;
2° D’empêcher l’usurpation par Mareschal du titre de « chef de la chirurgie », et, comme conséquence, de confier à des médecins l'examen des aspirants chirurgiens:
3° De défendre aux chirurgiens l'exercice de la médecine et de la pharmacie.
D’après l’avis du chancelier, Mareschal fit une concession à la Faculté : il retrancha de son règlement la disposition permettant aux maîtres de préparer eux-mêmes leurs. remèdes: puis, les statuts furent de nouveau communiqués aux médecins. Exaspérée de recevoir si petite satisfaction, la Faculté adressa une supplique (1) à M. d’Aguesseau pour obtenir, non seulement l’anéantissement pur et simple du projet de Mareschal, mais encore le retrait des lettres patentes de 1723 : « Il est tout à fait inutile pour le bien public de donner de nouveaux statuts aux Communautés des chirurgiens du royaume, écrivait le docteur Geoffroy; il n’y a guère de grandes villes dont les chirurgiens n'aient leurs statuts beaucoup mieux digérés et plus convenables que ceux que produit le sieur Mareschal. Les nouveaux statuts proposés par M. Mareschal ont moins pour but l'utilité publique que les droits honorifiques et utiles du premier-chirurgien, que M, Mareschal cherche à établir aux dépens des médecins et des apothicaires. » Le doyen déclarait ensuite que la Faculté demandait la suppression des lieutenants : « Les
(1) Commentaires, 1728-1729, p. 552.