LUTTES AVEC LA FACULTÉ
de saint Luc, patron des médecins. Or, les docteurs obligeaient le lieutenant du premier-chirurgien du roi à se joindre aux prévôts dans cet hommage rendu à la Faculté, voulant ainsi démontrer que le chef même de la profession reconnaissait leur autorité. Comme Georges Mareschal compulsait en 1714 les contrats imposés aux chirurgiens par l’arrêt de 1660, il s’avisa que l'accord de 1577 ne contenait aucune disposition relative à son lieutenant et donna ordre à cet officier, qui se nommait alors Antoine Tursan, de ne pas accompagner les prévôts au jour du serment. Le 19 octobre 1714, les quatre maîtres se présentèrent donc seuls à la Faculté (1) : irrité de ce manquement à l’usage, le doyen Hecquet refusa de recevoir serment et redevance, puis il porta l'affaire devant le Parlement. Le 24 octobre, la Cour rendit un arrêt accordant la « provision » à la Faculté; comme ce jugement était réservé aux plaideurs ayant titre et possession », les docteurs se montrèrent satisfaits d’un tel avantage et ne poursuivirent pas leur instance.
L'arrêt « provisoire » n’intimida nullement Mareschal, et, chaque année, quand revint l’époque du serment, le lieutenant du premier-chirurgien reçut les mêmes instructions. De 1715 à 1718, les docteurs se bornèrent à refuser le serment et l’écu d’or des prévôts; mais, en 1719, le doyen Douté voulut établir que la Faculté, loin d'abandonner la lutte, réclamait le rétablissement de tous ses anciens privilèges. Les médecins assistaient ordinairement aux examens de Saint-Côme sans y prendre la parole : le 21 mai, Douté députa les docteurs Couthier et Thuillier au chef-d'œuvre des chirurgiens, avec mission d’interroger les aspirants, «comme le contrat de 1505 leur en conférait le droit (2).» À la première question posée par les envoyés du doyen, le lieutenant Tursan et le prévôt Lestorcel protestèrent vivement contre la prétention qu’exhumait la F aculté, etles deux docteurs quittèrent immédiatement l’amphithéâtre.
Après cet échec public, le doyen, reprenant l’instance de (BA 74 produisit le 29 mai 1720 une requête où il exposait au Parlement les revendications de ses confrères. Douté demandait que le respect des contrats passés en 1505, 1577 et 1644 entre la Faculté et les barbiers fût imposé aux chirurgiens, comme l’or-
(1) Bibliothèque nationale, T18 121, t. III, p. 367; T18 120, t. I, p. 4 et suivantes. (2) Voir p. 19 de cet ouvrage.
donnait l’arrêt de 1660 : ces divers actes, prétendait-il, donnaient aux docteurs «le pas d'honneur à la droite des lieutenants et prévôts », et leur permettaient d'interroger les aspirants, « pour connaître et juger de leur capacité; » aucun candidat ne pouvait d’ailleurs être reçu à la maîtrise sans l'approbation de la Faculté; enfin les contrats imposalent au lieutenant du premier-chirurgien lobligation d'accompagner les prévôts lors de la prestation du serment solennel. En conséquence, Douté exigeait des excuses pour les «insultes » faites le 21 mai 1719 à ses deux envoyés, spécifiant que Tursan et Lestorcel apporteraient eux-mêmes cette « réparation » à la Faculté; les docteurs recevraient dix mille livres en dédommagement de l’affront subi, et tous les examens passés depuis lors seraient annulés. Le doyen terminait sa requête en réclamant le payement des redevances « échues depuis et compris l’année 1714 », soit cinq écus d’or, la participation du lieutenant à la cérémonie du serment et la condamnation des chirurgiens à soixante mille livres de dommages et intérêts envers la Faculté, pour le retard apporté par la Communauté à l'exécution de ses charges.
Assignés devant le Parlement, les maîtres réfutèrent les arguments du doyen, et des deux côtés les « productions » succédèrent aux « contredits », les « salvations » aux « avertissements ». Mareschal multipliant ses démarches pour défendre la cause de Saint-Côme, les médecins tentèrent d’impressionner la Cour par des revendications plus étendues : le 24 novembre 1721, ils citèrent Georges Mareschal, «comme faisant fonction de premier prévôt perpétuel de la Communauté des maitres chirurgiens, » pour entendre déclarer que, « conformément aux anciens contrats, aucun aspirant ne pourrait être admis à la maîtrise de chirurgie-jurée de Paris, sans avoir bien et dûment étudié pendant quatre ans entiers à la Faculté de médecine. » Les docteurs demandaient aussi que le premier-chirurgien reçût l’ordre de se joindre aux prévôts et de prêter avec eux le serment « d’obéissance à la Faculté ».
Rédigeant à son tour requêtes et factums, Mareschal prouva l'inanité des réclamations formulées par le doyen. Le premierchirurgien reconnaissait que la Communauté devait députer chaque année ses prévôts à la Faculté, pour prêter serment