DIPLOMATIE DU PREMIER-CHIRURGIEN
savoir de la Faculté si elle veut consentir que M. le recteur et M. Dagoumer (1), d’une part, M. le premier-médecin et vous, avec des docteurs anciens et quelques-uns des jeunes, décident avec ceux d’entre les chirurgiens que nommera M. Mareschal pour accommoder et finir cette affaire (2). »
Dans un arrêt du Conseil d'Etat signéle jour même, Louis XV spécifiait que ses lettres patentes de 1724 avaient établi cinq démonstrateurs à Saint-Côme « sans rien changer ni innover aux droits de la Faculté », et renvoyait au Parlement les demandes produites par les deux parties à l’occasion de cette fondation : elles y seraient examinées au cours du procès pendant à la grand’chambre entre les médecins et les chirurgiens.
Le roi sanctionnait donc les conclusions proposées par Mareschal dans sa requête du mois de juillet; si la Faculté obtenait une déclaration confirmant ses vieux privilèges, la nouvelle ‘école était sauvée de la destruction, et, pour y rester seul maître de l’enseignement, le premier-chirurgien n’avait plus qu’à repousser devant le Parlement la prétention des docteurs; comme le jugement déjà rendu par la Cour, entièrement favorable aux chirurgiens, lui donnait pleine confiance en l'issue du nouveau procès, il se départit subitement de son attitude conciliatrice. Dès le lendemain de l’arrêt, Mareschal signifiait à Helvétius son intention de se conformer à la volonté royale, et de faire décider par la Cour souveraine si la présence d’un docteur aux démontrations était indispensable. Devant ce résultat inattendu de sa négociation, le médecin ordinaire du roi comprit qu’en cette affaire Saint-Côme avait berné la Faculté, mais la nouvelle décision du premier-chirurgien, conforme à l’arrêt du 4 décembre (3), était inattaquable, et le 24 du même mois Helvétius écrivait au doyen : « M. Mareschal ne se soucie plus d’aucun accommodement; aussi, Monsieur, l'Université et la Faculté peuvent commencer la poursuite du procès quand elles voudront, et je les exhorte à commencer le plus tôt qu'il se pourra. »
= Malgré cette invitation du médecin royal, les docteurs,
(1) Les recteurs ne conservant leurs fonctions que pendant un trimestre, Dagoumer n’était plus chef de l’Université.
(2) Commentaires de la Faculté, t. XIX, p. 182.
(3) Cet arrêt fut confirmé, selon la coutume, par les lettres patentes du 3 février 1726, enregistrées au Parlement le 5 avril de la même année.
redoutant un échec, ne se pressèrent pas de citer les chirurgiens, et, pendant toute l’année 1726, les cinq démonstrateurs enseignèrent leur art sans que la Faculté fit naître de nouvel incident; elle était paralysée par des querelles religieuses et s’occupait à discuter la Constitution Unigenitus; le ministre Fleury écrivait au doyen le 27 novembre 1726 : « Je n’ai garde, Monsieur, de vouloir entrer dans toutes les divisions qui agitent votre Faculté, parce que cela n’est en aucune façon de ma compétence, et il ne serait point du tout de votre honneur que le roi fût obligé de s’en mêler. Vous ne devez rien oublier pour empêcher que toutes vos disputes ne servent d’entretien au public, qui est toujours un juge impitoyable (1). »
L'année suivante, l’ouverture du cours de J.-L. Petit décidait les docteurs à continuer leur lutte contre la fondation de Mareschal : au mois de juillet 1727, Petit annonça qu’il commencerait le 5 août,en l’école de Saint-Côme,ses leçons sur les «principes de la chirurgie ». Le doyen déclara aussitôt que l’article 31 des statuts de 1699, strictement limitatif, n’autorisait pas les maîtres à démontrer cette partie théorique de l’enseignement, et se pourvut « en complainte » au Parlement pour faire interdire le cours. Mais l’avocat Jullien de Prunay (2) soutint vainement la thèse de la Faculté : la grand’chambre, écoutant favorablement la défense présentée par l’avocat Bellanger au nom des chirurgiens (3), refusa de rendre en cette affaire un arrêt précipité. J.-L. Petit parla avec un plein succès, et, pendant que les docteurs poursuivaient leur instance, les « démonstrations » se continuêrent sans encombre.
Peu de temps après la signature des lettres patentes de 1724, la Faculté avait usé d’un moyen nouveau pour tenter de ridiculiser ses adversaires. Depuis le règne de Philippe le Hardi, aucun écrit ne pouvait être publié sans l’autorisation de l’Université, en 1629, Louis XIIT remit au grand chancelier de France le choix des « censeurs royaux » : dès cette époque, la première lecture des ouvrages de médecine et de chirurgie fut confiée à des docteurs, et les maîtres de Saint-Côme, avant de
Commentaires, t. XIX, p. 351.
1) 2) Mémoire de Jullien de Prunay, avocat. (Bibliothèque nationale, T18 121, ) )
(eo)
(3) Bibliothèque de la ville de Paris, imp. 10149.