‹ Georges Mareschal, seigneur de BièvreChapitre 115 sur 182 · LA CENSURE DES OUVRAGES DE CHIRURGIE · texte numérisé non relu

LA CENSURE DES OUVRAGES DE CHIRURGIE

faire imprimer leurs études, durent les soumettre à l’approbation de la Faculté. Or, au commencement de l’année 1725, un chirurgien ignorant, nommé Janson, fit remettre aux médecins censeurs un Guidon du chef-d'œuvre de Saint-Côme contenant de nombreuses erreurs (1) : au lieu d'empêcher la publication de cette œuvre médiocre, les censeurs la revêtirent avec empressement du visa officiel. Le Guidon ne manqua pas de soulever les moqueries des savants : outré du procédé qu'employaient les médecins pour jeter la déconsidération sur la Communauté, Georges Mareschal résolut de faire attribuer à des chirurgiens la censure des livres chirurgicaux. Il se rendit chez le chancelier Fleuriau d’Armenonville, garde des sceaux de France, et lui fit connaître les agissements des médecins censeurs; le chancelier comprit le mécontentement de Mareschal, mais le chef de la chirurgie demandait l’abolition d’un privilège séculaire de la Faculté : pour lui donner satisfaction, sans provoquer les inévitables revendications des médecins, M. d’Armenonville promit à Mareschal de lui soumettre à l’avenir les ouvrages chirurgicaux avant de les envoyer à la censure.

Dès qu’il apprit la démarche du premier-chirurgien, le doyen Andry députa auprès du ministre les docteurs Léaulté et Le Roy de Saint-Agnan pour en savoir le résultat. Ces envoyés rendirent compte de leur mission dans la séance du 18 janvier 1725 : repoussant devant eux la prétention de Mareschal, M. d’Armenonville leur avait donné l’assurance qu’il ne confierait jamais à des chirurgiens la censure des livres d'anatomie et de chirurgie (2). En même temps, l’abbé de Vienne écrivait au doyen que le garde des sceaux entendait maintenir la supériorité des médecins sur les chirurgiens.

La demi-mesure adoptée par M. d’Armenonville, plaçant Mareschal au-dessus des censeurs, fut bientôt connue. Les manuscrits destinés à l’impression étaient déposés chez le chancelier, et un commis, l’abbé Brissard, les répartissait entre les différents censeurs royaux. Les médecins apprirent

(1) Mercure, numéro de novembre 1725.

(2) Commentaires de la Faculté de médecine, t. XIX, p. 45. «… chirurg:s nunquam librorum examen se esse commissurum, licet eos in censores erigi librorum anatomiæ et chirurgiæ, ut optaret Georgius Mareschal, primarius regis chirurgus. »

que l'abbé avait ordre de ne pas leur adresser les ouvrages de chirurgie avant que Mareschal ne les eût approuvés (1). Le doyen pria immédiatement Dodart, premier-médecin du roi, et Helvétius, médecin ordinaire de Sa Majesté, d’user de leur influence pour faire révoquer cette innovation : reculant devant l’attaque de la Faculté, le chancelier désavoua l’abbé Brissart et certifia de nouveau qu'il ne sacrifierait pas à Mareschal le privilège censorial des médecins (2). Le 18 février, Helvétius écrivait à Andry : « Monsieur, j’ai été ce matin avec M. Dodart parler à M.le garde des sceaux, qui nous a promis de ne jamais envoyer aucun livre à M. Mareschal; il nous a dit qu'ilétait étonné de ce que M. l’abbé Brissart avait fait et qu'il allait sur-le-champ lui faire écrire. »

Ayant calmé par ces promesses les inquiétudes de la Faculté, M. d’Armenonville ne modifia aucunement sa décision et conserva au premier-chirurgien l’examen préalable des manuscrits. Georges Mareschal comprenait la précarité de sa victoire : un nouveau chancelier pouvait lui retirer un avantage si secret. Îl continua ses démarches pour obtenir la création définitive de chirurgiens censeurs, si bien que,le 19 août 1726, le docteur Andry, renommé doyen, croyait devoir avertir ses confrères du danger couru par le privilège de la Faculté (3). Moins clarvoyants que leur chef, les docteurs opposèrent à ses craintes les engagements formels du chancelier, mais le doyen secoua la tête : « On devait tout craindre de Georges Mareschal, cet ennemi acharné des médecins de Paris (4), et ceux qui le croyaient découragé ne connaissaient pas son opiniâtreté (5) ». Comme les assistants continuaient d'affirmer l'impuissance du premier-chirurgien, « le doyen garda tristement le silence, et l’assemblée prit fin (6). » | |

En 1727, l’occasion se présenta pour Georges Mareschal de

(1) « Donec Georgius Mareschal annuerit. »

(2) « Se nunquam Georgio Mareschal concessurum ut chirurgi censorum dignitatem obtineant. »

(3) « Monuit facultatem nihil non moliri Georgium Mareschal ut jus obtineat libros de anatomia aut chirurgia tractantes examinandi, tituloque censoris regis insigniatur. »

(4) « Medicorum parisiensium hostis intentissimus. »

(5) « Dixit idem decanus Georgium Mareschal, licet toties victum, ardentius tamen agere ut ad optatum finem perveniat, et eos in summo errore versari qui

existimant hunc primarium regis chirurgum animum despondere. » (6) « Tunc siluit decanus dolens, et dissoluta sunt comitia. »

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