POLÉMIQUE CHIRURGICALE
Il est probable que le premier-chirurgien eût encore permis à son petit-neveu d’employer,en 1731,le procédé latéral, mais un insuccès retentissant lui conseilla la circonspection. Le 24 avril, le commandeur Michel de Forbin, chevalier de Janson, mourut six jours après son opération : « Morand, écrit Mathieu Marais le 27 avril, Morand l’a taillé de la nouvelle taille anglaise qui a mal réussi. » En vain le chirurgien fit-il constater par les médecins Winslow et Silva, et par les maîtres Ledran, Pibrac, Guérin père et fils, etc., que la cause du décès était indépendante du procédé, la confiance du public fut ébranlée.
Morand avait adressé à Mareschal le procès-verbal de l’autopsie du commandeur; le premier-chirurgien lui répondit : « Je viens de rendre un compte exact de votre opération à S. E. M. le cardinal (1), et des obstacles invincibles à pouvoir guérir M. de Janson; je lui ai ajouté que vous avez eu raison de ne point tirer la pierre et que cet examen avait été fait en présence de M. Chirac : cela lui a fait plaisir. Son Eminence m'a dit qu’il fallait le dire au roi, ce que je ferai; la seconde chose, que vous deviez en faire une relation précise, et de tous les témoins, et en faire un article dans les Vouvelles pour détromper le public. Voilà ce que Son Eminence m'a dit et j0 crois qu’elle pense juste. Je vous salue, ete. À Rambouillet, le 25 avril 1731 (2). » |
Georges Mareschal s'était efforcé de défendre son petitneveu contre ceux qui l’accusaient d’imprudence, mais, le mois suivant, il ne voulut pas risquer de compromettre l’avenir d’un procédé lithotomique insuffisamment expérimenté. Bientôt, le Mercure de mai 1731 insérait une lettre anonyme datée du 14 et ainsi conçue :
«On fit opération de la taille vendredi dernier dans lhôpital de la Charité-des-hommes. M. Mareschal, premier-chirurgien du roi, toujours plein de zèle et d’affection pour les pauvres, voulut non seulement y être présent, mais encore y opérer. Il fit trois tailles; M. de la Peyronie, premier-chirurgien en survivance, en fit aussi trois. M. Morand, chirurgienmajor de cet hôpital, en fit deux. M. Guérin père, chirurgien-
(1) Le cardinal de Fleury, premier ministre.
(2) Mercure de France, numéro de juin 1731.
major des-Gardes françaises, et l’ancien chirurgien-major de cet hôpital, en fit une. M. Guérin fils, substitut du même hôpital, en fit une. Enfin M. Perchet, gagnant-maïîtrise au même hôpital, fit la dernière. Le tout se passa sous la direction de M. Reneaulme, médecin en quartier de cet hôpital. La taille par l’opération latérale, que M. Morand avait promis de faire, avait attiré beaucoup de curieux; mais M. Mareschak, qui connaît les inconvénients de cette opération, en disposa autrement en exécutant lui-même et en faisant exécuter l’opération à la manière ordinaire, et il confia le soin de cet hôpital à M. Guérin père. Vous voyez par là qu’on ne saurait trop louer la sagesse de M. Mareschal. Par là les pauvres serviront d’instruction aux élèves sans être leurs victimes. »
Cette lettre, désobligeante pour Morand, était évidemment l’œuvre d’un de ses ennemis : 1l courut trouver le premier-chirurgien et reçut la permission de présenter sa défense. Après avoir exposé dans le Mercure de juin les expériences heureuses qui suivirent son retour d'Angleterre, Morand défendait la taille latérale et la proclamait la méthode des temps anciens, celle que décrivait Celse. Puis, expliquant la mort du commandeur de Janson, 1l ajoutait :
«Je n’avais pas promis cette année-c1 plus que l’autre de faire la taille par l'opération latérale. L'année dernière, M. Mareschal trouva bon qu’on la fit; je l’ai faite devant lui et elle a réussi. Cette année, M. Mareschal a trouvé bon qu’on ne fit que le grand appareil; j'en ai fait deux et j’ai guéri mes deux malades. Ainsi, cette année-c1i comme la précédente, j'ai obéi.
« L’anonyme, en disant que M. Mareschal connaît les inconvénients de l’appareil latéral, abuse gratuitement d’un nom si respectable. M. Mareschal n’est pas encore déterminé, et M. le comte de Broglio m’a fait l'honneur de me dire que M. Mareschal venait de poser plusieurs questions à M. Cheselden, et qu'il a demandé qu’on envoyât ici, s’il était possible, les parties de quelqu'un mort après cette opération. M. Mareschal m’ordonne lui-même de faire une relation pour détromper le public. |
« C’est avec la même mauvaise foi que l’anonyme arrange la chirurgie de l'hôpital. Si M. Mareschal avait confié le soin