LE FRÈRE JACQUES
cette occasion, écrit Méry, le révérend Père prieur dit à frère Jacques qu’il était indigne d’un honnête homme d’accuser, comme 1l faisait en ville, ses religieux ou les chirurgiens de la Charité d’avoir fait périr ses malades par des instruments qu'ils leur auraient poussés dans la vessie depuis son opération (1). »
Georges Mareschal prouva bientôt que les insuccès du frère venaient de sa défectueuse façon d’opérer, et non de sa méthode. Le 2 août 1698, un Anglais nommé Probie écrivait au médecin Lister : « Mareschal a fait des opérations en se conformant à la méthode de frère Jacques, avec cette différence que son catheter était cannelé. La Rue, second chirurgien de la Charité, fit l’opération à l’ancienne manière, en même temps que Mareschal en faisait suivant la méthode du frère Jacques, mais sans réussir aussi bien que ce dernier, car tous les malades de Mareschal sont vivants et vont bien, tandis que la Rue en a perdu un ou deux; sans compter que ceux qui ont survécu ont demandé pour guérir un mois ou six semaines de plus que les autres (2). » Quelques jours après, Mareschal pratiquait la lithotomie sur le duc d’Estrées. Dangeau, après en avoir rapporté l’heureux résultat dans son journal du 31 août, ajoute ces mots : « Mareschal dit qu'il a appris deux ou trois petites choses de la manière de tailler de frère Pierre (3), dont il s’est bien trouvé en cette oCCasion 1C1. » |
Au mois de juillet 1698, frère Jacques, appelé à Orléans, quitta la capitale : il continua ses opérations en province jusqu’au printemps de 1699, époque à laquelle il partit pour Aixla-Chapelle.
Tandis qu’il s’efforçait de soustraire ses malades aux brutalités du novateur, Georges Mareschal continuait l’exercice de sa profession dans la boutique de la rue Jacob. Plusieurs des fraters qui travaillèrent alors chez lui ont acquis de la notoriété; l’un d’eux devint premier-chirurgien d’un prince. « François Malissain, écrit Devaux dans son /ndex funereus, s'était
(roc. : ctt.
(2) Voyage de Lister à Paris. Le gagnant-maîtrise de la Charité s'appelait en réalité Lardy ou Larée.
(3) Le marquis commet ici un lapsus calami : c’est évidemment du frère Jacques qu’il entend parler; mais comme il venait d’écrire le mot « pierre », en parlant de l’opération, cet autre prénom s’est glissé sous sa plume.
formé à la chirurgie sous les yeux de messire Georges Mareschal, conseiller et premier-chirurgien du roi, qui était alors chirurgien en chef du grand hôpital de la Charité-des-hommes. Elève d’un si bon maître, il fut ensuite choisi pour premier-chirurgien par S. A. R. M. le duc de Lorraine; il fut reçu docteur en médecine en l’Université de Pont-à-Mousson (1); il mourut en juillet 1721. » En 1717, Malissain jouissait à Paris d’une haute réputation, et le Nouveau Mercure de décembre 1717, à propos d’une opération faite à l’ambassadeur de l'Empereur, cite l’ancien frater de la rue Jacob comme un « chirurgien fameux de Paris ».
Un autre apprentif de Mareschal, Claude Le Cat, se retira à Blérancourt, en Picardie, et c’est suivant les principes de son ancien maître qu’il éleva son fils, Claude-Nicolas Le Cat, devenu l’un des plus habiles chirurgiens du dix-huitième siècle.
Indépendamment des fraters qui s’engageaient dans sa boutique pour arriver maîtres à leur tour ou s'établir en province, le chirurgien de la Charité instruisait d’autres élèves. Les étrangers venus pour apprendre l’art chirurgical à Paris s’attachaient aux praticiens réputés. Lorsque Mareschal était simple gagnantmaîtrise, le botaniste allemand Camerarius (2) vint passer cinq mois chez lui. Plus tard, lanatomiste belge Jean Palfin, inventeur du forceps tire-tête, accompagna quelque temps le maître de la Charité auprès de ses malades : dans son Anatomie chirurgicale (3), 1l rapporte avec éloges une opération qu'il vit faire à Mareschal en 1694.
Le médecin allemand Jean-Jacques Rau, qui perfectionna la méthode de frère Jacques et devint recteur de l'Université de Leyde, reçut aussi l’enseignement de Mareschal. Le Hollandais Albinus écrivait dans son Abrégé de la vie de Rau : «Il suivit avec une application extraordinaire les plus anciens et les plus habiles chirurgiens, comme le sieur Petit, chirurgien en chef de l’'Hôtel-Dieu, alors octogénaire, et M. Mareschal, qui était en ce temps-là chirurgien du grand hôpital de la Charité, et qui est à présent premier-chirurgien du roi de France (4). »
(1) L'Université de Pont-à-Mousson avait été fondée en 1572 par Charles III de Lorraine.
(2) EL1or, Dictionnaire historique de la médecine.
(OT, 41p.#470:
(4) Traduction insérée dans le tome II du Traité des opérations de chirurgie de
ARENGEOT, p. 97.
Le pensionnaire le plus connu de Mareschal fut le praticien qu'il s’adjoignit en 1719 comme premier-chirurgien du roi « survivancier », François Gigot de la Peyronie. Le maître et l’élève devaient plus tard réorganiser l’enseignement chirurgical et
favoriser par d’utiles fondations les progrès de leur art; mais c’est à leur prédécesseur Félix que revint, dans les dernières années du dix-septième siècle, le mérite d'introduire parmi les chirurgiens de Paris et de la Cour une discipline nécessaire.
Depuis l’union des « robes longues » avec Les barbiers-chirurgiens, les statuts accordés aux barbiers le 10 juin 1634 demeuraient en vigueur pour les deux Communautés fusionnées. Le contrat de 1656 stipulait bien la prochaine rédaction d’un nouveau règlement, tiré des anciens statuts des deux corps:
mais, après un demi-siècle, ce projet n’avait reçu aucune exécution. Malgré l’arrêt du Conseil d'Etat du 28 juillet 1671,
fixant quelques points en litige, les dix-neuf articles de 1634, étroitement rédigés pour la Communauté des barbiers, ne suffisaient plus à régler les rapports mutuels de tous les chirurgiens de Paris : ils étaient muets sur les privilèges des gagnantsmaîtrise, sur les droits accordés aux chirurgiens de la famille royale, sur les attributions des spécialistes tels que les renoueurs d'os, les experts pour les dents, les oculistes, les experts pour les bandages et les hernies, muets enfin sur la profession des sages-femmes et la police générale de la chirurgie. Ii en résultait d’interminables procès tranchés dans des sens opposés par les juridictions variées auxquelles pouvaient recourir les intéressés. Félix, premier-chirurgien de Louis XIV, « chef et garde des chartes et privilèges de la chirurgie et barberie du royaume, » s'était depuis longtemps ému de ce fâcheux état de choses; sa fonction lui réservait l’initiative d’y porter remède, et la situation particulière d’un de ses protégés le fit agir.
En juin 1698, un « fabricateur de brayers (1) », nommé Piochon de Launay, voulut s’affilier à la Communauté de Saint-Côme sans passer d’autre examen que la « légère expé-
rience ». Le fait avait des précédents; mais si les gagnants- maîtrise, après leur stage à l’hôpital, ne subissaient que cette petite épreuve avant d’être reçus maitres, c'était Justice :
(1) On appelait ainsi les bandages destinés à réduire les hernies.
leur longue pratique répondait de leur science. Au contraire, les maîtres supportaient avec peine qu’un bandagiste fût agréé à Saint-Côme après deux épreuves de deux heures chacune, au lieu d’exécuter les nombreux actes du «grand chefd'œuvre ». Malgré la haute recommandation de Félix, la Communauté des chirurgiens s’opposa cette fois à la réception de Launay. Le différend fut porté devant le lieutenant de police : considérant l’usage établi, M. d’Argenson donna raison au bandagiste; mais, les confrères ayant fait appel au Parlement, un arrêt de cette juridiction, basé sur l’article 1 des statuts de 1634, décida, le 2 août 1698, que nul ne serait reçu maître chirurgien sans avoir subi les épreuves du chef-d’œuvre,« Jusqu’à ce qu'il ait plu au roi d’en ordonner autrement. » Félix résolut de faire entrer légalement son protégé dans la Communauté, et de trancher en même temps les litiges qui divisaient les chirurgiens : quelques mois après, il présentait à Louis XIV un projet de nouveaux statuts pour les maîtres de Paris; ce travail comportait cinquante-quatre articles, et réglait, avec le cas de Launay, toutes les questions pendantes.
Les affaires relatives aux Communautés rentraient dans la compétence du lieutenant général de police; aussi l'arrêt du Conseil du 6 novembre 1698 renvoya-t-il le projet à l’examen du marquis d’Argenson. Comprenant que ce document intéressait la population parisienne, d’Argenson le remania complètement et il en fit un recueil de cent cinquante articles, où se trouvaient déterminés, non seulement les rapports des chirurgiens entre eux et avec la Corporation, mais encore leurs devoirs envers les pouvoirs publics. Puis, ne voulant pas retourner au roi ce code important sans le soumettre aux intéressés, il décida, par ordonnance du 6 juillet 1699, que les statuts seraient examinés par une commission composée des principaux médecins et chirurgiens de la Cour et de Paris.
Le lieutenant de police connaissait les anciens contrats qui soumettaient Saint-Côme à la Faculté : la commission comprenait donc Fagon, premier-médecin de Sa Majesté; Bourdelot, médecin ordinaire du roi; Duchesnay, premier-médecin de Monsieur; Arlot, premier-médecin de Madame, et Boudin, doyen de la Faculté de médecine de Paris. D’Argenson désignait ensuite Félix, premier-chirurgien du roi; Gervais, chirur-
gien ordinaire de Sa Majesté; Tancrède, premier-chirurgien de Monsieur; Tursan, lieutenant du premier-chirurgien du roi; Ledran, Arnaud, Chauvel et Aurillon, prévôts de la Communauté de Saint-Côme; le receveur Emmerez, le doyen Gonin, et douze anciens prévôts : Morel, prédécesseur de Mareschal à la Charité; David, ancien premier-chirurgien de Marie- Thérèse d'Autriche; le phlébotomiste du Tertre; Franchet, l’un des chirurgiens par quartier de Monsieur; Haustome, ancien chirurgien consultant des armées du roi; Cauboue, qui avait exercé les mêmes fonctions; enfin Gigot, Canto, Dohy, Poignant, Cuquel et Delon.
Douze maitres chirurgiens choisis parmi les plus réputés terminaient la liste du lieutenant de police : Mareschal, maître ordinaire de la Charité; Bessière, chirurgien-major des armées du. roi et l’aide de Félix dans l’opération de la fistule royale; Lagne, ex-chirurgien de la Grande Mademoiselle; Gouverie, chirurgien-major du régiment de Bourgogne; Lardy, chirurgien ordinaire de Monsieur; Roberdeau, ancien chirurgien de Gaston d'Orléans; Blondin, premier-chirurgien de la feue reine d’Espagne; Régnier, chirurgien ordinaire de Madame; puis Buzet, Dupré, Gonin fils et Martinon.
Mareschal et ses collègues se réunirent plusieurs fois, au cours du mois de juillet 1699, pour examiner les nouveaux statuts de Saint-Côme. Les assemblées furent d’abord assez calmes, car les quatre-vingt-quatre premiers articles n’apportaient aux anciens règlements que des modifications sans importance : déterminant les droits du premier-chirurgien du roi, les prescriptions relatives à la discipline intérieure de la Communauté et les actes du grand chef-d'œuvre, ils reproduisaient presque entièrement les dispositions de l’arrêt du 28 juillet 1671. Mais quand l’article 85, lu devant la commission, eut été porté à la connaissance des chirurgiens de Paris, une scission tumultueuse se produisit parmi les confrères : cet article déclarait « unis et agrégés à la Communauté de Saint-Côme » tous Les chirurgiens « officiers », c’est-à-dire appartenant à la | maison du roi ou à celles des princes et princesses de la famille royale. Pour comprendre la violence des discussions soulevées par cette innovation, il faut se rappeler la rivalité qui divisait | depuis longtemps les chirurgiens de Paris et les « officiers » :
ces derniers exerçant leurs charges sans examen préalable, les confrères leur déniaient toute valeur professionnelle.
Au commencement du dix-septième siècle, les chirurgiens du roi obtinrent de Louis XIII, en dépit des barbiers, l’autorisation d'ouvrir boutique à Paris. Plus tard, la même faveur fut accordée aux chirurgiens des princes du sang, et le nombre des privilégiés porté à cinquante-deux; bien plus, Louis XIV permit aux « officiers » de se faire recevoir maîtres, sans justifier d’aucun apprentissage, et moyennant la moitié des droits accoutumés. Les confrères de Saint-Côme ne purent empêcher leurs rivaux d'ouvrir à Paris des boutiques qu'ils faisaient tenir par des « garçons »; mais, quand les chirurgiens des princes se présentèrent à la Communauté, les maîtres refusèrent obstinément de les recevoir. De 1669 à 1698, c’est à peine si quelques « officiers », tous pour des raisons spéciales, parvinrent à se faire «agréger ». De guerre lasse, au mois de décembre 1681, les ch1rurgiens des princes se constituèrent en une Compagnie particulière ayant à sa tête syndic et receveur, et ils adoptèrent des statuts spéciaux. Mais Félix, premier-chirurgien du roi, refusa de faire partie du nouveau corps, et l’assemblée constitutive élit comme syndic l’aventurier Nicolas de Blégny, alors chirurgien de Monsieur.
Cet article 85, qui brisait les résistances de trente années et incorporait tous les « officiers » dans la Communauté des chirurgiens jurés, fut mal accueilli par la plupart des confrères. Henry Ledran, premier prévôt, déclara devant la commission qu’une pareille mesure, ouvrant à tant d’ignorants les portes de Saint-Côme, tendrait à faire baisser le niveau scientifique de la Compagnie. L’agitation fut à son comble quand on connut les articles 102 et suivants, qui permettaient aux banda gistes de se faire recevoir à la Communauté sous la condition illusoire « de ne s’entremettre que de la chirurgie herniaire ». C'était la disposition imaginée par Félix pour faire admettre son protégé Piochon de Launay; elle ne concernait que les « fabricateurs de brayers » déjà établis; mais cette manière de forcer la Compagnie à recevoir de modestes spécialistes acheva d’exaspérer les confrères.
Avant de fixer la composition de la commission, d’Argenson et Félix s'étaient assurés que les futurs membres accueille-
raient favorablement les principales réformes de leur projet : sur les trente et un chirurgiens choisis, un seul, le prévôt Ledran, manifesta ouvertement son opposition. Au contraire, parmi les maîtres exclus de la liste, plus de quatre-vingts protestèrent contre les innovations annoncées. En 1699, Ia Compagnie comptait environ cent cinquante membres; la majorité se prononçait done contre les nouveaux statuts. L’ex-prévôt Alexandre Passerat, celui que Mme de Sévigné appelait « notre beau Passerat », rédigea une supplique où il exposait au roi les doléances de Saint-Côme, et la remit au lieutenant de Félix le 24 juillet 1699.
La discorde régnait parmi les chirurgiens : d’Argenson voulut frapper les mécontents dans leur chef, et.1il obtint de Sa Majesté une lettre de cachet qui « exilait » Ledran à Orléans. Cette mesure fit comprendre aux membres de la commission que toute opposition serait inutile, et, le 2 août 1699 ils déclarèrent « que le projet était très avantageux à l’ordre public, propre à maintenir la règle et à faire cesser plusieurs abus qui s’étaient introduits, tant parmi les maîtres chirurgiens de la ville de Paris que parmi ceux qui exerçaient sans qualité l’art de la chirurgie, et qu’enfin tous les articles du dit projet n'étaient pas moins convenables à l’utilité publique qu’au bien général de la Communauté des dits chirurgiens ».
En signant ces lignes, Georges Mareschal n’émettait pas une opinion de complaisance; la suite de sa vie prouve que, jugeant inopportunes les réformes de Félix, il n’eût pas hésité à les réprouver publiquement. En résumé, les nouveaux statuts soumettaient tous les praticiens s’occupant de chirurgie à l’autorité du premier-chirurgien du roi; c’était une excellente mesure.
L'article 85 ouvrait aux chirurgiens des princes l’accès de Saint-Côme, sans leur demander apprentissage ni examen; mais, puisque ces « officiers » possédaient le privilège d'ouvrir boutique à Paris, il était nécessaire de les soumettre à la même surveillance que les maîtres.
L'article 105 accordait une faveur peu justifiée aux chirurgiens herniaires en les admettant dans la corporation; mais, d’après le même article, les futurs bandagistes, les « bailleuls », les renoueurs d’os, les experts pour les dents, les oculistes et
les lithotomistes se voyaient astreints à passer un examen devant le premier-chirurgien et les quatre prévôts de la Communauté, avant de pouvoir se livrer à leur spécialité; or, l'exercice de ces professions, libre jusque-là, avait empli Paris de charlatans qui nuisaient au bon renom chirurgical de la ville.
: La suite des statuts réglait des questions également importantes. Les articles 113 à 120 imposaient un apprentissage de neuf années aux «aspirantes du métier de sage-femme », qui ne pourraient plus dorénavant s'établir sans avoir passé un sérieux examen devant plusieurs maîtres chirurgiens. Les articles 121 à 127 fixaient les différents droits à payer pour les réceptions et agrégations faites à Saint-Côme : bien que diminuées, les sommes imposées aux aspirants et aux tributaires de la Communauté étaient encore trop considérables. Dans les articles 128 à 134, d’Argenson renouvelait les règlements de police auxquels les chirurgiens étaient assujettis.
Les articles 135 à 144 renfermaient un ensemble de prescriptions nouvelles relatives à l'exercice de la chirurgie «par garçons». Depuis longtemps, les veuves des maîtres barbiers conservaient le privilège de tenir boutique après la mort de leur mari : cette disposition ne présentait pas d'importance avant la fusion des barbiers avec les chirurgiens de robe longue, car le travail de « barberie » demandait peu de science. Mais, depuis l'union de 1656, la chirurgie était pratiquée dans les boutiques de veuves par des garçons ignorants; il devenait indispensable pour le public d'assurer à ces opérateurs un bon recrutement, et Félix imposait aux veuves de maîtres l’obligation de faire examiner annuellement leurs garçons par le premier-chirurgien du roi ou son lieutenant.
Enfin, pour diminuer le nombre toujours croissant des charlatans, les nouveaux statuts se terminaient par l'interdiction d'afficher ou de distribuer des remèdes sans l’approbation de la Faculté ou de Saint-Côme, et sans la permission du lieutenant de police.
D’Argenson avait longuement étudié chacune de ces dispositions; il ne s’arrêta donc pas aux protestations des quatrevingts confrères, et, quelques jours après avoir reçu l'avis favorable de la commission d’examen, il renvoya le projet à
Sa Majesté, affirmant « qu’il y avait lieu d’en autoriser tous les articles, et que l’on devait en attendre de grands avantages ». Par ses lettres patentes de septembre 1699, le roi rendit exécutoire l’ensemble des nouveaux statuts : comme ce document ne devait avoir force de loi qu'après son enregistrement au Parlement, les maîtres chirurgiens dissidents réunirent leurs efforts pour s’opposer à cette formalité. Bien que leur nombre fût monté à quatre-vingt-huit, les mémoires où ils exposaient leurs doléances n’eurent aucun succès auprès de la Cour suprême, et les statuts furent enregistrés le 3 février 1701.
L'auteur de l’Zndex funereus, opposé aux réformes qu’approuvait Mareschal, reproche à Félix d’avoir permis l'entrée de Saint-Côme aux bandagistes et aux « officiers » dans le but unique d'augmenter les droits de sa charge; par le fait, la Communauté que régentait le premier-chirurgien s’accrut de près de cent membres. Mais Félix, dont les contemporains font l’éloge, ne semble pas avoir été guidé par des préoccupations aussi mesquines. Devaux couvre d’injures dans son Index ceux qu’il appelle « les artisans des nouveaux statuts », Arnaud, Aurillon, Franchet, etc.; s’ils obéirent à des considérations personnelles, leur action n’en fut pas moins féconde, et les statuts de 1699, malgré leurs imperfections, honorent le nom de Félix.