BOSSUET —— SAINT-SIMON — LE DUC DE BERRY
Georges Mareschal appelé par Bossuet; il soigne ce prélat pendant la dernière année de sa vie.
. Principales opérations de Mareschal à la Cour jusqu’en 1707; la princesse de Soubise:
le comte de Briord; l'interprète Fonton. — Maladie du duc de Saint-Simon : Mareschal l’opère et le guérit. — Deuxième taille du comte d’Avaux.— Le marquis de Dangeau; Mareschal fait la « grande opération » au marquis de Courcillon, fils de Dangeau. — La marquise de Châtillon.
Louis XIV à la chasse, les accidents de la chasse à courre; Mareschal remet l'épaule du duc de Berry. — La chasse à tir; le duc de Bourgogne; Mareschal opère le duc de Berry d’un abcès à la joue.
Quand Georges Mareschal reçut le brevet de premier-chirurgien du roi, Bossuet venait de l’appeler en consultation. Ancien précepteur du Grand Dauphin, premier-aumônier de la duchesse de Bourgogne, conseiller d'Etat d’Eglise, l’évêque de Meaux séjournait souvent à Versailles; il y habitait un hôtel occupant, avec ses dépendances, le côté droit de la place Hoche actuelle : c'est à qu’il tomba malade le 10 février 1700. Fagon, premier-
médecin du roi, Dodart père, médecin de la princesse de Conti,
et Dionis, premier-chirurgien de la duchesse de Bourgogne, accoururent à son chevet; guéri en peu de jours, sans qu’on eût déterminé la nature de son mal, M. de Meaux (1) regagna son
appartement de Paris. Bossuet souffrait depuis quatre ans
d’une affection de vessie, mais il avait négligée jusqu’à cette alerte, se contentant de porter à la ceinture « un urinal » pour recueillir ses mictions involontaires (2). Atteint en 1701 de douleurs plus vives, il eut de nouveau recours aux médecins :
- Panatomiste du Verney, professeur au Jardin royal, et le docteur
Dodart père lui conseillèrent pour tout remède d’effectuer en hüère ses voyages de Paris à Versailles. De cette façon il évita (1) On appelait autrefois les évêques du nom de leur évêché.
(2) Journal de l'abbé Ledieu, secrétaire particulier de Bossuet, publié par l’abbé GUETTÉE.
les durs cahots des carrosses, et l’année 1702 n’aggrava pas son état. Mais, le 15 février 1703, l’évêque éprouvait une première rétention d'urine, et Dodart, impuissant à le soulager, s’adjoignit Tournefort (1) pour le traiter.
Le 22 février, M. de Tournefort examina le malade; comme Bossuet lui demandait s’il pourrait se rendre prochainement à son évêché, le botamiste répondit qu’un seul homme, M. Mareschal, donnerait un avis certain en cette circonstance. « Ce soir, écrit l’abbé Ledieu le 30 mars 1703, M. de Meaux vient de donner ordre de lui amener demain M. Mareschal, chirurgien de la Charité, grand opérateur pour la taille; M. de Meaux veut l'entendre sur son mal. »
Appelé rue Sainte-Anne (2), Georges Mareschal déclara que l’évêque souffrait d’un rhumatisme. « Mais 1l ajoute, écrit l'abbé au sortir de la consultation, que la rétention d’urine est très proche de l’ardeur et de la fréquence que M. de Meaux souffre actuellement. Ainsi il a conclu que M. de Meaux ne doit pas faire le voyage de Meaux, pour ne pas s’exposer à une plus grande irritation et à une rétention à laquelle il ne trouverait aucun remède, personne ne sachant en province conduire la sonde. »
Le maître chirurgien de la Charité, soupçonnant la pierre, convint avec Tournelort que, dès le lendemain, il « sonderait » M. de Meaux pour se faire une opinion définitive. Le {er avril 1703, jour des Rameaux, quand Bossuet eut achevé sa messe, les praticiens s’enfermèrent avec ui, ne gardant auprès du malade que son neveu, l’abbé Bossuet. Bientôt la sonde révélait à Mareschal l’existence d’un calcul; mais, selon son habitude, il n’en fit rien paraître au patient, « laissant à la discrétion de l’abbé Bossuet, dit Ledieu, de l’en prévenir en temps et lieu. »
Quatre jours se passèrent : croyant trouver une occasion favorable dans la matinée du jeudi saint, l’abbé Bossuet avoua enfin la vérité au prélat. Cette maladie de la pierre, qui entrainait presque toujours une cruelle opération, était si redoutée que l’évêque tomba dans une « sorte d’égarement »; puis il fut saisi d’un fort accès de fièvre, et on dut le saigner en toute hâte.
(4) Le célèbre botaniste était en même temps un des plus savants médecins de Paris.
(2) Bossuet avait quitté la place des Victoires pour venir habiter cette rue.