‹ Georges Mareschal, seigneur de BièvreChapitre 22 sur 182 · BOSSUET · texte numérisé non relu

BOSSUET

Georges Mareschal avait certifié aux médecins que la taille était nécessaire et devait réussir; mais, voyant l'effet produit sur Bossuet par le nom seul du mal, il jugea que le prélat ne serait pas assez courageux pour supporter la lithotomie. « C’est cette frayeur de M. de Meaux, écrivait plus tard l’abbé Ledieu, qui a fait prendre la résolution à M. Mareschal et aux médecins, MM. Dodart, Tournefort, et nommément à M. Fagon, premiermédecin du roi, de ne plus parler à M. de Meaux de le faire tailler, mais de lui faire espérer sa guérison par les tisanes. » Bossuet avait alors soixante-quinze ans : l’appréhension même de l’opération pouvait lui être funeste; aussi Mareschal n’en reparla-t-1l plus, se bornant à rassurer le vieillard. :

De concert avec l’abbé Bossuet, les praticiens avaient décidé de ne confier à personne, pas même au secrétaire particulier, la nature exacte de la maladie du prélat; aussi l’abbé Ledieu écritil le vendredi saint : « M. Mareschal sort d'ici. M. de Meaux lui à avoué qu'il s'était hier troublé l'imagination. Cet habile opérateur convient que voici une maladie très dangereuse et communément mortelle dans les vieillards de l’âge de M. de Meaux. Il dit que toutes les années 1l en traite plus de deux cents à Paris de cette sorte; que c’est une suppression d’urine qui vient du relâchement de la vessie, qui n’a plus la force de faire l’éjaculation de l’urine. Il traite actuellement trois hommes de la même maladie en ce quartier. Mais il n’assure pas encore qu’avec cela M. de Meaux n’ait pas la pierre. « C’est, dit-il, ce que j’étudie.» Au reste, cette maladie seule est déjà mortelle, et il ne croit pas qu'il puisse sortir de Paris; nous voilà donc apparemment tout à fait résidents à Paris. » Le chirurgien de la Charité conseilla simplement au malade, qui prenait habituellement du thé, de boire une infusion de guimauve. «M. de Meaux continue l’usage de ses tisanes, écrit Ledieu le 12 avril 1703, et il s’en trouve fort bien, étant toujours sans aucune douleur, si bien qu'il a dit la messe ce matin.» Cette amélioration persistant, Dodart et Mareschal laissèrent Bossuet se rendre à Versailles, car ses neveux le pressaient de solliciter en leur faveur, et, pendant ce dernier séjour près de Louis XIV, le prélat se crut guéri.

Sur ces entrefaites, Georges Mareschal fut nommé premierchirurgien du roi et vint habiter la Cour.

M. de Meaux ne devait pas avoir un long répit : le 26 août

1703, la fièvre lui revint dans son hôtel de Versailles, et il se fit saigner par son valet de chambre Saint-Martin. Lelendemain, Fagon lui rendit visite : « J’ai la pierre, » dit tristement Bossuet. Le premier-médecin parut ignorer le diagnostic de Mareschal : « Cela ne fait rien à la maladie d’à présent, » répondit-il; et, ayant ordonné au prélat de prendre du quinquina, il le laissa plein d'espoir.

Cependant, les jours suivants, Fagon et Mareschal, accompagnés par Dodart le fils, premier-médecin du duc d'Orléans, et Boudin, premier-médecin du Grand Dauphin, revinrent auprès de M. de Meaux, qui souffrait de plus en plus. Dans la nuit du 10 septembre, 1l s’écria : «On ne sait ce que c’est que ceci! Que ferai-je? faut-il me lever? serai-je mieux couché? Qu'il est triste de ne savoir ce qu’on devient! »

«M. Mareschal, continue l’abbé Ledieu le 11 septembre, l’est venu voir fort heureusement aujourd’hui pour le consoler; il tâchait de lui donner courage en toute manière, mais prineipalement en l’assurant qu’il avait traité bien des hommes attaqués de pareil mal, qui, par le bon régime, avaient vécu vingt ans avec cela. Il voulait faire entendre qu’il n’était pas nécessaire d’en venir à la taille, et que, sans cette opération qui ferait mourir notre malade, on pouvait se conserver longtemps en vie; mais c’est toujours une triste nouvelle que d’entendre dire qu’on aura à souffrir toute sa vie des douleurs très cuisantes. Après une telle déclaration de M. Mareschal, il ne faut plus espérer d’aller du tout à Meaux. »

Le 20 septembre 1703, Bossuet quitta Versailles pour Paris, et dès lors 1l eut de continuels accès de fièvre. Le prélat sentait que l’opération de la lithotomie pouvait seule prolonger ses jours, mais 1l ne se décidait pas à la subir. Au mois de mars 1704, son état empira beaucoup et l’abbé Ledieu l’entendit une nuit se lamenter : « Eh mon Dieu, disait-il, qu'est-ce donc que ceci? Il faut donc me résoudre! »

« Se résoudre à quoi? remarque le secrétaire; il n’a pas achevé : à se faire tailler, ou à la mort? il ne s’est pas expliqué davantage. »

Fagon et Mareschal conduisaient par correspondance le traitement de Bossuet, et Tournefort, qui résidait à Paris, visitait M. de Meaux jusqu’à trois fois par jour; mais rien ne pouvait

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