‹ Georges Mareschal, seigneur de BièvreChapitre 26 sur 182 · LE MARQUIS DE COURCILLON · texte numérisé non relu

LE MARQUIS DE COURCILLON

de l’opération de la fistule que Mareschal fit à Couraillon, fils unique de Dangeau, en sa maison de la ville à Versailles, sans l'extrême ridicule dont elle fut accompagnée (1). »

Le jeune homme se livrait « à la plus sale débauche », et sa maladie passa publiquement « pour en être le fruit ». Cependant, continue le duc, Mme de Dangeau et Mme de Maintenon, qu'unissait une étroite liaison, ignoraient cette vie dissolue; tant que dura la convalescence de l’opéré, Mme de Maintenon et plusieurs de ses amies, parmi lesquelles « la d’Heudicourt », renommée pour son esprit et sa méchanceté, accompagnèrent la marquise de Dangeau chez son fils. Courcillon fesgnit devant elles une piété angélique, et, convaincue par ses discours, Mme de Maintenon publiait partout qu'il était un véritable saint : «La d’Heudicourt et le peu d’autres qui écoutaient tous ses propos, écrit Saint-Simon, et qui connaissaient le pelerin, qui quelquefois leur tirait un bout de la langue à la dérobée, ne savaient que devenir pour s’empêcher de rire, et, au partr de là, ne pouvaient se tenir d’en faire le conte tout bas à leurs amis. Tellement que, tant que cette maladie dura, ce fut un spectacle qui divertit toute la Cour, et une duperie de Mme de Maintenon dont personne n’osa l’avertir. » La correspondance de l’austère épouse du roi prouve, au contraire, qu'elle comprit la comédie jouée par Courcillon, mais qu’elle parut l’ignorer par amitié pour Mme de Dangeau.

Le 9 février 1707, Mareschal rouvrit la fistule du colonel : «Ce jour-là, écrit Sourches, on fit une nouvelle opération au marquis de Courcillon, les chirurgiens n’ayant pas trouvé que la première eût été jusqu’au fond de son mal.» Après cette incision, le fils de Dangeau fut complètement guéri.

Des accidents de chasse fournirent à Georges Mareschal les premières occasions d’exercer son art, sinon auprès du roi, du moins auprès des fils et petits-fils de France.

. Comme tous les Bourbons, Louis XIV se hvrait à la chasse avec passion, et ce passe-temps, auquel 1l conviait les princes et les gentilshommes, était en honneur à la Cour. Autrefois, le roi forçait à cheval les cerfs de ses parcs; depuis 1704, il montait dans une calèche découverte, attelée de quatre chevaux qu'il

(1) Mémoires, t. V, p. 187.

conduisait lui-même. La princesse Palatine l’accompagnait souvent; le 16 mai 1702, elle écrivait à la raugrave Amélie- Elisabeth : « Le roi a une petite calèche et de tout petits chevaux, mais ils courent si bien qu’on suit toujours les chiens et qu’on ne perd presque jamais la chasse, comme si l’on était à cheval. » Cette course était un exercice violent, car le véhicule, mal suspendu, ne passait partout qu’au prix des plus rudes cahots. Louis XIV n'évitait d’ailleurs aucun des accidents encourus par les autres veneurs : le 11 août 1704, il faillit être renversé par l’animal de meute. « Ce jour-là, écrit Sourches, le roi courant le cerf dans sa petite calèche découverte dans son parc de Marly, le ceri, qui était sur ses fins, vint choquer le cheval de derrière et tomba à ses pieds; le cheval ne branla pas heureusement, quoique le cerf l’eût blessé au nez et à la langue; car, s’il eût pris l’épouvante, il eût pu renverser la calèche et le roi qui était dedans, car ces calèches étaient extrêmement légères. Le cerf se releva et vint droit au roi, soit pour passer à côté de sa calèche, soit pour sauter par-dessus; mais le roi, avec sa présence d’esprit ordinaire, lui donna un coup de fouet sur le nez, qui le fit rejeter dans les bois. » Une autre fois, «le cerf vint sauter entre lui et la croupe de ses chevaux de derrière, et s’embarrassa tellement dans les guides que le roi fut obligé de les abandonner. »

Il était naturel que le roi, au cours de chasses aussi mouvementées, se fit suivre d’un chirurgien, et les veneurs de sa suite se félicitèrent souvent de cette précaution : le praticien donnait aux blessés des soins immédiats, et les conduisait à son chef s’il jugeait leur cas assez grave. Le 7 juin 1704, Mareschal secourut un petit-fils de Louws XIV : « L’après-midi, écrit le marquis de Sourches,le duc de Berry courant le loup avec Monseigneur, et le poussant vigoureusement pour le pouvoir tirer, son cheval mit le pied sur une grosse pierre et tomba rudement, de sorte que le prince en eut l’épaule démise; Monseigneur arriva un moment après, et Cancé, chirurgien par quartier, qui était à la chasse, n'ayant osé entreprendre de remettre lui seul l’épaule du duc de Berry, Monseigneur envoya un homme à toute bride à Versailles avertir Mareschal de se tenir tout prêt pour l’opération, et fit monter le prince son fils en carrosse pour gagner Versailles au petit pas. » |

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