‹ Georges Mareschal, seigneur de BièvreChapitre 40 sur 182 · LE MARQUIS DE COURCILLON · texte numérisé non relu

LE MARQUIS DE COURCILLON

tement fermée, et, dès le mois de février 1710, on recommencçait à craindre pour sa vie : « M. de Courcillon, écrit la marquise d’Huxelles le 6 février, se retrouve en péril, parce qu'il est venu des champignons à sa plaie et d’autres accidents. »

Trois ans auparavant, Georges Mareschal lui avait fait la « grande opération » : c’est entre les mains du premier-chirurgien que Dangeau remit, cette fois encore, la santé de son fils. Le 10 février, Mareschal fit au jeune homme un pansement fort rude avec «des poudres brûlantes ».— «Mon fils, ajoute le mémorialiste, souffrit plus que le jour qu’on lui coupa la cuisse. »

Mais la plaie s’envenima, et, le 2 mars 1710, Mareschal tentait sur le marquis de Courcillon une dangereuse opération. « Le maün, écrit Dangeau, M. Mareschal, premier-chirurgien du roi, trouvant la plaie de mon fils en mauvais état, et l’os de la cuisse qu’on lui coupa sur le champ de bataille à Malplaquet le 11 septembre se trouvant carié, fut obligé de lui recouper cet os et beaucoup de chairs qui étaient revenues trop vite,et qui étaient mauvaises. Cette opération fut aussi douloureuse que quand on lui coupa la cuisse, et était très difficile à faire. Mon fils fut en si grand danger, et l’a été si longtemps depuis, que je n’eus pas la force de continuer ces Mémoires, et je ne les ai recommencés que deux mois après, quand il n’y eut plus rien à craindre pour Sa vie. »

Le marquis de Sourches, qui affectionne les détails chirurgicaux, est plus précis : «On sut encore ce jour-là, dit-il, que, les chirurgiens ayant trouvé que la plaie du marquis de Courcillon allait très mal et que les chairs étaient si pourries que l'os les excédait de beaucoup, ils avaient pris le parti de lui recouper la cuisse, sans néanmoins recouper le gros vaisseau, mais mettant le feu aux chairs, et même en mettant un bouton dans la moelle de l’os, qui était corrompue, de sorte que peu de gens espéraient qu'il en pût revenir. » Les anesthésiques n’existant pas encore, on imagine quelles atroces souffrances ressentit le jeune Courcillon; il garda cependant toute sa tranquillité, regardant Mareschal, continue Sourches, comme s’il eût opéré sur un autre (1). Lors de l’incision de sa fistule anale, il jouait la comédie devant Mme de Maintenon : cette fois, il

(t}: Journal, t:.XTI, p::162.

trouva le moyen de mystifier son entourage pendant qu’on le croyait mourant. Le marquis de Dangeau et sa femme, sentant leur fils en danger, voulaient l’amener à se confesser; importuné par leurs instances, le jeune homme dit tout à coup qu'il consentait à les écouter, et choisissait pour confesseur le - Père de la Tour. Or ce Père, général de l’Oratoire, était accusé de jansénisme et, comme tel, fort mal noté par Louis XIV. Saint-Simon dépeint l’émoi que ressentit Dangeau, modèle du parfait courtisan, en entendant ce nom : « Dangeau frémit de la tête aux pieds; 1l venait de voir à quel point avait déplu l’assistance du Père de la Tour à la mort du prince de Conti et de M. le Prince;1l n’osa Jamais courir le même risque, ni pour soi-même, ni pour son fils au cas qu'il vint à réchapper. De ce moment, il ne fut plus de sa part mention de confession, et Courcillon, qui -ne voulait que cela, n’en parla pas aussi davantage, dont il fit de bons contes après qu'il fut guéri (1). »

Le jeune colonel fut plusieurs jours à l’extrémité, et Mme de Maintenon mandait le 9 mars à la princesse des Ursins : « Rien n’est égal (sic) à la famille de M. Dangeau:; il est pénétré de douleur et Mme sa femme encore plus : ils sont enfermés avec leur fils qui est entre la mort et la vie. Mareschal dit qu'il n’en peut répondre d’un an. » Le 17 août 1710, Courcillon n’était pas guéri, et c’est seulement le 10 septembre que le marquis de -Dangeau put écrire dans son journal : « Mon fils vint à Marly; sa plaie est complètement fermée. »

Après avoir amusé neuf ans la Cour par les folies qu’il faisait avec sa jambe de bois, le brave et spirituel Courcillon mourut de la petite vérole en 1719.

Pendant qu'il soignait les blessés de Malplaquet, Georges Mareschal fit « la grande opération de la fistule » à l’une des fidèles de Mme de Maintenon, la comtesse de Saint-Géran (2). Françoise de Blainville avait été l’une des plus charmantes femmes de la Cour, mais aussi des plus légères (3). Son mari, Bernard de la Guiche, comte de Saint-Géran, dont le procès en reconnaissance d’état émotionna Paris (4), mourut en 1696.

) Mémoires t. VIII, p. 125.

) SAINT-SIMON, t. VII, p. 439.

) Correspondance de Mme de Maintenon, édition LAVALLÉE, t. I, p. 225. )

(1 (2 (3 (4) On l’avait volé tout enfant.

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