‹ Georges Mareschal, seigneur de BièvreChapitre 41 sur 182 · LA COMTESSE DE SAINT-GÉRAN · texte numérisé non relu

LA COMTESSE DE SAINT-GÉRAN

Exilée plusieurs fois de la Cour par Louis XIV, la comtesse de Saint-Géran se retira dans un monastère, et le soin de sa santé l'en fit sortir en 1709; elle avait alors cinquante-quatre ans. -COn sut ce jour-là, mentionne le marquis de Sourches le 18 octobre, que la comtesse de Saint-Géran, qui était depuis deux ans dans un couvent de Paris où sa fille était religieuse, était revenue à Versailles dans le dessein de se faire faire deux jours après l’opération par Mareschal. »

Le 22 octobre, le premier-chirurgien du roi pratiquait l’incision. « On fait en ce moment une terrible opération à Mme de Saint-Géran, écrivait Mme de Maintenon, et elle peut en mourir sur l’heure; Mareschal en est fort inquiet; elle s’est préparée à la mort (1). » Ces craintes ne se réalisèrent pas; les 23 et 26 octobre, Sourches consignait successivement les nouvelles suivantes : « On sut encore ce jour-là que la comtesse de Saint- Géran était fort tranquille depuis l’opération que Mareschal lui avait faite Le jour précédent, en présence de Fagon.»—«On disait aussi que la comtesse de Saint-Géran se portait aussi bien qu’elle pouvait se porter de sa grande opération. » En la traitant, Georges Mareschal avait remporté un plein succès, car Mme de Saint-Géran vécut encore vingt-quatre ans.

Le premier-chirurgien du roi parvenait à une telle réputation qu’on demandait son avis sur des maux classés dans le domaine exclusif de la médecine, et que la plupart des princes délais-

saient leurs praticiens particuliers pour se confier à lui.

Le 11 mai 1708, Mareschal fut appelé auprès de Jules Hardoin-Mansard; l’architecte du palais de Versailles et du dôme des Invalides était sujet à des coliques néphrétiques : La crise dont il souffrait ce jour-là au château de Marly devait l’emporter. Neveu et élève de l’inventeur de la mansarde, il vivait depuis vingt-cinq ans dans la familiarité de Louis XIV, qui l'avait fait comte de Sagone et chevalier de l’ordre de Saint- Michel; à la première nouvelle de sa rechute, le roi se montra ému. « On sut ce même matin, écrit Sourches le 11 mai, que Mansard, surintendant des bâtiments, qui s’était le soir précédent couché en bonne santé sur les onze heures et demie, avait peu de moments après été attaqué d’une très violente colique;

(1) Edition LA BEAUMELLE.

que Mareschal, premier-chirurgien du roi, et une partie de la Faculté avaient passé la nuit auprès de lui et qu’on le croyait en grand danger. » Les soins de Mareschal et de Fagon furent inutiles au malade; aucun remède, écrit Dangeau, ne put ni le sauver ni même le soulager, et Mansard mourut le même jour à sept heures du soir.

Au commencement de l’année 1709, le premier-chirurgien fut chargé par Mme de Maintenon de conduire la santé de la duchesse de Bourgogne; la princesse des Ursins terminait ainsi sa lettre du 14 janvier : « Depuis que vous m’avez fait l’honneur de m'écrire, madame, sur l’incommodité qu'a Mme la duchesse de Bourgogne, je suis très inquiète, et j'attends avec impatience ce que M. Mareschal, que vous disiez qui la devait voir, en aura jugé avec M. Fagon. » Le malaise de la princesse n'eut aucune suite, car les mémoires du temps n’en font pas mention. Au mois de janvier 1710, Georges Mareschal fut choisi pour son phlébotomiste.

La maison chirurgicale de la duchesse de Bourgogne comprenait Pierre Dionis, comme premier-chirurgien ou chirurgien du corps; François Dionis, comme chirurgien ordinaire, et deux chirurgiens servant par semestre. L'ancien démonstrateur du Jardin royal, depuis longtemps déjà, se faisait suppléer par son fils, quand ce dernier subit la déconvenue la plus humiliante pour un praticien. La jeune duchesse était grosse de deux mois, et, suivant l’usage, son premier-médecin Bourdelot la fit saigner (1). Dionis le fils, à qui revenait l'honneur de pratiquer cette opération, eut la malechance de « manquer », c’est-à-dire de piquer le bras de la princesse sans faire jaillir le sang. L’aimable femme, ne songeant qu’à excuser son chirurgien (2), lui redonna son bras sans hésiter, et cette fois Dionis ouvrit la veine; mais sa réputation était atteinte. En 1709, la princesse commençait une nouvelle grossesse; quand il fut question de la saigner, François Dionis dut renoncer à ses fonctions de phlébotomiste. Toutefois, les docteurs épargnant à la princesse la saignée du troisième mois, il n’eut l’humiliation de se voir remplacer qu’à l’inévitable opération du neuvième. « Ce jour-là, écrit Sourches le 7 janvier 1710, la duchesse de Bourgogne, qui entrait dans son neuf,

(1) Sources, t. XI, p.63.

(2) DANGEAU, 13 avril 1708.

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