LE DUC DU MAINE
par ses saillies, comme de coutume, et s’en fut se coucher; vers deux heures du matin, le valet de chambre du prince, l’entendant râler, le trouvait sans connaissance. On envoya chercher en hâte Fagon et Mareschal; le premier-médecin, dit Saint- Simon, « à qui deux heures à peine suffisaient pour s’habiller par degrés, n’y vint qu’au bout de quatre, à cause de sa sueur de toutes les nuits (1). » Georges Mareschal, ne s’attardant pas à sa toilette, accourut chez le duc du Maine. « Mareschal, écrit Dangeau, y vint en pantoufles, qui le saigna au milieu de ses convulsions; on lui donna tous les remèdes les plus violents. La parole lui revint et il parla latin assez longtemps; mais enfin la connaissance lui revint tout à fait, après que les remèdes violents qu’on lui avait donnés l’eurent fait beaucoup vomir. » Arrivant enfin, Fagon « gronda fort » de la saignée; il critiqua l'emploi des « quinze grains d’émétique », des « six gros de vin d’Espagne émétique », et des « gouttes d'Angleterre » administrés au malade. Mais ces remèdes eurent un effet salutaire, et, le lendemain matin, « les alarmes de la nuit étaient déjà bien calmées. »
Les médecins ne tombèrent pas d’accord sur la cause de cette indisposition, Fagon l’attribua à une indigestion, d’autres à une apoplexie; à la Cour, on assura que M. du Maine avait mangé des champignons, « qui étaient mortels sur le terroir de Marly. » Pour Saint-Simon, le bâtard, sujet à l’épilepsie comme le premier-médecin de Sa Majesté, eut une attaque de ce mal.
Louis XIV n’apprit l’accident qu’à son petit lever; aussitôt habillé, il alla voir son « fils chéri »; le malade venait d'appeler son confesseur, et cette nouvelle émotionna le vieux roi. Après avoir ressenti de violents maux d’estomac et des douleurs dans tout le corps, le duc du Maine fut complètement rétabli le 11 juin.
Pour le comte de Toulouse (2), les inquiétudes du roi furent plus vives. Le comte souffrait d’une affection de vessie. Ayant suivi Louis XIV à Marly après la mort du Grand Dauphin, il chassait et se promenait comme en pleine santé : bientôt il
(1) SAINT-SIMON, t. IX, p. 324.
(2) Le comte de Toulouse, autre fils de Louis XIV et de Mme de Montespan, avait été légitimé en novembre 1681.
fut pris de douleurs telles qu’il dut s’avouer vaincu. « Le comte de Toulouse, écrit Dangeau le 26 juin 1711, est considérablement incommodé d’un mal dans la vessie qu'il a caché fort longtemps; il ne peut plus monter à cheval et il souffre beaucoup en carrosse. Les médecins et chirurgiens souhaitent que ce soit la pierre, mais ils ne connaissent pas encore son mal, et, si c’est la pierre, on attendra pour le tailler que les grandes. chaleurs soient passées. »
. Le 28 juin, Sourches décrit minutieusement les souffrances du comte et termine ainsi : « Etrange état pour un prince de trente-trois ans, qui avait tout ce qui pouvait le rendre heureux et aimable au monde. » Le bâtard du roi possédait les plus séduisantes qualités physiques et morales : tout le monde l’aimait à la Cour; Saint-Simon lui-même appréciait sa droiture et sa modestie.
. Les bains et les rafraichissements que prit le malade pendant son séjour à Marly améliorèrent un peu sa santé; vers le milieu de juillet, comme Louis XIV se rendait à Fontainebleau, le comte de Toulouse put gagner la nouvelle résidence royale. Ce séjour s’effectua sans qu'il fût repris de douleurs trop aiguës; mais, la Cour s’étant déplacée à Versailles, puis à Marly, le comte, fatigué par tous ces voyages, eut une rechute le 40 octobre. Pour être fixé sur la nature de son mal, il voulut consulter le chirurgien Collot, de la fameuse dynastie des lithotomistes de ce nom. « Collot, écrit Dangeau le 12 octobre, est persuadé que M. le comte de Toulouse a la pierre, et on croit qu’on le sondera dès qu’on sera de retour à Versailles. » Le roi regagnant sa résidence habituelle le 17 octobre, M. de l'oulouse se fit transporter, malgré ses douleurs, dans l’appartement qu’il occupait au rez-de-chaussée du château de Versailles, sous la partie de la galerie des Glaces attenant au salon de la Guerre. Le 22 octobre, Louis XIV, qui s’inquiétait de la santé d’un fils « si extrêmement chéri (1) », lui envoya Mareschal, et le premier-chirurgien, sondant le prince, lui reconnut « la pierre (2) ». Seule, une « taille » pouvait sauver le malade : Louis XIV partant pour Marly le 2 novembre, Mareschal profita de la tranquillité dont on jouissait à Versailles en l’absence
(1) SOURCHES, t. II, p. 52.
(2) DANGEAU, 2 novembre 1711.