‹ Georges Mareschal, seigneur de BièvreChapitre 45 sur 182 · LE COMTE DE TOULOUSE · texte numérisé non relu

LE COMTE DE TOULOUSE

de la Cour, et l’opération eut lieu le 7 novembre 1711.

De grand matin, Georges Mareschal, Louis Mareschal, le premier-médecin Fagon, Lardy, chirurgien du duc d'Orléans, Dodart et Boudin, médecins du dauphin et de la dauphine, pénétrèrent dans l'appartement du comte. Le malade montrait une tranquillité admirable; sachant qu’on l’opérerait le lendemain, il avait dormi sept heures. Le premier-chirurgien le lia sur une table, et disposa tout autour de lui des valets munis de flambeaux. Apercevant sa pendule, le comte de Toulouse fit remarquer avec beaucoup de sang-froid qu'il pourrait voir combien de temps durerait l’opération; puis il donna son pouls à tâter, et les médecins n’y trouvèrent aucune émotion. Quand tout fut prêt, Mareschal, pratiquant la taille « par le grand appareil », retira de la vessie du prince la pierre qui l’obstruait : l'opération ne demanda que cinq minutes. Comme le médecin Boudin, ému par la cruauté nécessaire du chirurgien, ne pouvait retenir ses larmes : « Vous pleurez, Boudin, dit le patient; c’est être trop tendre pour un homme de votre profession. » Pendant tout le temps que Georges Mareschal lincisait en pleine chair vive, le comte ne laissa pas échapper une plainte, et, quand le chirurgien eut posé un premier pansement sur la plaie, M. de Toulouse fit de nouveau tâter son pouls : il battait comme à l’ordinaire.

Georges Mareschal dépêcha vers Marly un courrier par lequel il mandait au roi l’heureuse issue de l’opération; le messager emportait également, pour la montrer à Sa Majesté, la pierre extraite par le premier-chirurgien. « Le 7, au lever du rot, écrit le marquis de Sourches, on apprit que Mareschal, premier-chirurgien du roi, avait taillé le comte de Toulouse, que l’opéraætion avait été faite en cinq minutes de temps, qu’elle avait été très heureuse; qu’il lui avait tiré une pierre qui pesait plus de deux onces, laquelle était à peu près de la grosseur d’un gros abricot, hormis qu’elle était plus longue; qu’elle n’était pas lisse, mais aussi qu’elle n’avait aucune pointe, et qu’elle était d’une couleur rougeâtre, aidée peut-être par quelque impression de sang. » La Gazette de Hollande spécifie que cette pierre, « grosse comme un petit œuf, » pesait trois onces (soit environ quatre-vingt-dix grammes). Le roi l’examina avec curiosité; tandis qu’il en faisait remarquer le volume aux courtisans, 1l

la laissa tomber : le calcul était d’une composition si solide qu'il ne se brisa pas. Sa Majesté l’envoya ensuite, continue la Gazette, à Mme la Dauphine.

Après le pansement de la plaie, le premier-médecin avait regagné Marly. « Pendant le diner du roi, écrit Sourches, on vint avertir Fagon, qui avait été présent à l’opération, qu’on le demandait de la part de M. le comte de Toulouse; il sortit sur-le-champ, et le roi, aussi bien que tous ceux qui étaient. présents, en furent émus, appréhendant qu’il ne lui fût survenu quelque accident; mais Fagon rentra un moment après, et lut au roi une lettre que Mareschal lui écrivait, par laquelle 1] lui mandait que M. le comte de Toulouse venait d’être saigné, et qu’il n’avait pas la moindre fièvre, la moindre douleur, ni la moindre inquiétude; et aussitôt le roi dit qu'il ne fallait point s’alarmer s’il venait fréquemment des courriers, parce qu'il avait donné l’ordre qu’on lui mandât par des exprès. jusqu'aux moindres choses qui se passeraient, et, de son côté, Fagon dit qu’on le saignerait encore le soir même, et que le lendemain on le saignerait encore deux fois. »

Le comte eut d’abord un peu de fièvre; c’était la marche normale de la convalescence, et Mareschal, dit Sourches, « ne s’en étonnait point. » Dangeau écrit le 9 novembre : « Voici le troisième jour de l’opération de M. le comte de Toulouse; il n’y a eu aucun accident, et jusqu'ici il n’y eut jamais une opération plus heureuse. » Le premier-chirurgien demeura près de son malade jusqu’au 13, et le marquis de Sourches raconte l’affectueux accueil que lui fit Louis XIV à son arrivée à Marly. « L’après-dinée, comme le roi sortait de sa chambre pour aller tirer, Mareschal se présenta devant lui, et le roi lui dit mille choses agréables et flatteuses; il le questionna ensuite assez longtemps sur l’état où se trouvait le comte de Toulouse, et lui demanda plusieurs fois s’il était assuré de l’événement; Mareschal lui répondit qu’il ne voulait jamais répondre de rien, ayant vu arriver tant de révolutions inopinées dans ces sortes de maux (1). »

Le lendemain, la Cour retournait à Versailles : Louis XIV, voulant assurer au prince la plus complète tranquillité, prit

(1) Sourcues,}13”novembre 1711. SN TR OT To

Page 1