‹ Georges Mareschal, seigneur de BièvreChapitre 47 sur 182 · ÉGOÏSME DE LOUIS XIV · texte numérisé non relu

ÉGOÏSME DE LOUIS XIV

froid, de l’air, de la poussière, et tout cela précisément aux jours et aux heures marqués, sans déranger rien d’une minute. » Au mois de juillet 1711, le voyage de Louis XIV à Fontainebleau faillit causer la mort d’une de ses petites-filles. L’année précédente, le duc de Berry avait épousé Mile d'Orléans, fille du futur régent. Bien qu’elle fit déjà scandale par sa gloutonnerie et ses indigestions, la princesse ne possédait pas encore la triste renommée que lui valurent plus tard ses mœurs. De précoces excès de table lui causaient, à l’âge de seize ans, un énorme embonpoint, et, malgré les coups de lancette qu’elle subissait pour avoir le visage moins rouge, elle était fort disgracieuse. Ses imperfections n’empêchaient du reste pas son mari (et son père, dit-on) de la trouver séduisante. La duchesse de Berry, grosse de six mois, venait d’éprouver plusieurs accès de fièvre quand le roi fixa son départ pour Fontainebleau. Redoutant une fausse couche, le duc de Berry, la duchesse d'Orléans, mère de la jeune femme, la princesse Palatine, sa grand’/mère, Mme de Maintenon, la dauphine, le premier-médecin Fagon vinrent supplier Louis XIV de différer son voyage, ou d'autoriser sa petite-fille à ne pas l’accompagner. « Ils y perdirent, écrit Saint-Simon, leur latin (1). » Le roi permit seulement à la duchesse de gagner Fontainebleau en voyageant sur la Seine entre Paris et Valvins. Au pont de Melun, le bateau heurta une des arches, et, comme il était peu solide, il craqua et faillit sombrer : la jeune femme, couchée, souffrant de la fièvre, en eut une extrême frayeur. Enfin, le 17 juillet, elle arriva au chateau de Fontainebleau vers deux heures du matin, par une chaleur accablante. Une des suivantes de Mme de Maintenon, Mile d’Aumale, écrivait le 27 juillet à Mme de Glapion : « Les sables et les roches sont tout brûlants et rendent les nuits fort incommodes. M. Mareschal trouve que nous sommes dans une tourtière, ayant le feu dessous, dessus et à côté (2). » La jeune duchesse ne put résister à toutes ces fatigues, et, dans la nuit du 20 au 21 juillet, elle sentit de caractéristiques douleurs. Le chirurgien Clément, accoucheur ordinaire des

(4) Addition à Dangeau, t. XVI, p. 71, et Mémotres, t. X, p. 55.

(2) LAVALLÉE, Lettres historiques et édifiantes de Mme de Maintenon. A cette même époque, Mareschal soignait par correspondance Mme de. Glapion, amie, de Mme de Maintenon. (Lettre de Mlle d’ Aumale du 18 août 1711.)

princesses, n’avait pas quitté Versailles, mais Georges Mareschal suivait partout le roi; le duc de Berry le fit appeler en hâte, et à six heures du matin la patiente était délivrée. « La duchesse de Berry, écrivait le 22 juillet la princesse Palatine, est accouchée d’une fille morte en naissant. C’est Mareschal, premier-chirurgien du roi, qui a fait l’affaire. A la grande joie de M. le Dauphin, l’accoucheur a baptisé l’enfant, car 1l avait bien peur que sa nièce n’allât aux limbes; la voilà donc en paradis (1). » Ainsi, Georges Mareschal avait à la fois suppléé Me Clément et le premier-aumônier du roi : son ondoïement de l’arrière-petite-fille de Louis XIV valut les honneurs de Saint-Denis (2) à cette enfant venue avant terme.

Le marquis de Sourches raconte d’autre façon la délivrance de la princesse : « Le 21, on apprit que la duchesse de Berry était accouchée à cinq heures du matin d’une fille, que bien des gens soutenaient être venue morte; Mareschal, premier-chirurgien, était de ce nombre; mais, la sage-femme qui accoucha cette princesse ayant dit qu’elle l’avait ondoyée étant encore en vie, le roi donna des ordres pour qu’on transportât ce petit corps à Saint-Denis avec quelques cérémonies. » Le récit de l’aïeule de l’accouchée paraît mériter plus de créance que celui du mémorialiste, et il est probable que Georges Mareschal eut l'honneur de baptiser une princesse de la maison de France.

Quand on lui annonça l’accident de la duchesse de Berry, le roi n’en parut pas ému. « Il avait été obéi, écrit Saint-Simon, et 1l en fut consolé à l’instant même. » Par la suite, la princesse accoucha plusieurs fois au bout de sept mois de grossesse, et pas un de ses enfants ne vécut : les fatigues du voyage royal avaient à jamais altéré sa santé.

Pendant ce séjour de la Cour à Fontainebleau, Georges Mareschal donna ses soins à un futur maréchal de France, le marquis de Maillebois, fils du contrôleur général Desmaretz et petit-neveu de Colbert. Courant le cerf le 19 août, M. de Maillebois fut culbuté par l’animal : « Le cerf, écrit Sourches, lui donna un coup d’andouiller dans le dos, qui lui entra environ un demi pied dans le corps, sous le paleron de l’épaule. » Un

(4) Lettres de la duchesse d'Orléans, édition Jæeré. (2) DANGEAU, 21 juillet 1711.

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