LE SURVIVANCIER — L’ABBÉ — LE MOUSQUETAIRE
Le poète Racine, le « premier-commis » Vallée et Georges Mareschal. — Louis Mareschal, premier-chirurgien du roi en survivance, est fiancé à Antoinette Blanchet-Ameline; la famille Ameline, l’archidiacre, les Ameline de Cadevilles — Contrat de mariage de Louis Mareschal : Louis XIV et les princes y apposent leur signature le 16 février 1710. — Mariage de Louis à l’église Saint-Paul.
Les autres fils de Georges Mareschal; François est nommé abbé commendataire de l’abbaye de Bellefontaine; sa vie; son abbaye. — Remy entre aux Mousquetaires du roi, la carrière militaire d’autrefois. — Remy nommé enseigne, puis souslieutenant, au régiment des Gardes françaises;sa mort au siège de Fribourgen 1713.
A la fin du dix-septième siècle, Georges Mareschal avait rencontré dans l’entourage du poète Racine (1) un conseiller auditeur en la Chambre des comptes, nommé Nicolas Vallée. L’oncle de ce jeune homme, Olivier Vallée, occupait à la Cour une situation en vue, car M. de Pontchartrain, contrôleur général des finances, lui confiait la direction d’un de ses bureaux. On sait l’importance d’un pareil emploi sous Louis XIV; toute la famille Vallée vivait donc dans le rayonnement du « premiercommis (2)»
En 1700, Olivier Vallée fit épouser à son neveu la fille d’un riche négociant de la rue Quincampoix, Marie Blanchet. Georges Mareschal, continuant ses relations avec Nicolas Vallée après la mort de Racine, avait apprécié les qualités d’une belle-sæur du conseiller, nommée Antoinette; il vit en cette jeune fille un parti désirable pour son fils aîné. Vers la fin du mois de janvier 1710, les fiançailles de Louis Mareschal et d’Antoinette Blanchet furent célébrées.
Jacques Blanchet, futur beau-père de Louis, avait pendant de longues années exercé le commerce de gros, et il s’y était acquis une fortune considérable. Le 26 mars 1698, il est encore
(1) Lettre de Racine à son fils Jean-Baptiste, du 27 février 1698. (2) SourcHES, t. V, p. 127; t. VIII, p. 21; DANGEAU, t. IX, p. 115.
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qualifié «marchand, bourgeois de Paris» sur l’Armorial général,
et le blason qu’il y fait enregistrer est gracieux : « d’azur, à un cygne d'argent (1). » Mais, dès les premières années du dix-huitième siècle, Jacques Blanchet liquida sa maison et vécut avec luxe (2). Outre Marie et Antoinette, il avait encore deux enfants : un fils appelé Jacques comme son père, et une autre fille du nom de Michelle, religieuse au couvent de Saint- Thomas de Laval, à Lagny.
La fiancée de Louis Mareschal appartenait, par sa mère Anne Ameline, à une ancienne famille noble « dont les guerres civiles de Charles IX et Henri IIT dispersèrent les titres (3) ». Si le père d'Anne Ameline fut simplement « marchand, bourgeois de Paris », ses oncles occupèrent un rang social plus élevé : l’ainé s’appelait Pierre Ameline, seigneur de Quincy; un second, Nicolas Ameline, seigneur de Noisement, obtint en novembre 1698 des lettres de maintenue de noblesse: un autre, Claude Ameline, devint, comme grand archidiacre de Paris, le premier personnage de l’Eglise parisienne après l’archevêque.
Le seigneur de Noisement mourut en 1699, laissant un fils, Nicolas Ameline de Cadeville, alors capitaine au régiment du Roi-infanterie. Les lettres patentes de 1698 mentionnent la brillante carrière militaire de cet oncle (4) de la jeune fiancée : « Il nous a rendu aussi, dit le roi, des services très importants, tant dans les batailles de Steinkerque et de Norwinde que dans les sièges de Furnes, Hui, Charleroi et Ath, et qu’en plusieurs autres détachements, marches et rencontres où il a reçu plusieurs blessures, et où il nous a donné des témoignages éclatants de sa valeur et de son attachement à notre service. » Le capitaine Ameline de Cadeville parvint au grade de maréchal de camp et fut gouverneur de l’île d'Oléron; sa
(1) Pour un « Blanchet », ces armoiries étaient parlantes.
(2) Dans une pièce manuscrite conservée à la Bibliothèque nationale, un généalogiste inconnu, qui vit passer l'équipage de l’ancien négociant, énonce ainsi les armoiries peintes sur les panneaux de la voiture : « Blanchet, de gueules au cygne d’argent, suivant son carrosse. » Les chevaux du futur beau-père de Louis Mareschal étaient de rapide allure, car l’annotateur n’eut pas le temps de lire exactement le blason qui l’intéressait. (Mss., dossiers bleus, registre 427, dossier Mareschal.)
(3) Bibliothèque nationale, mss., nouveau d’Hozier n°8 (Lettres de maintenue de noblesse en faveur de Nicolas Ameline, seigneur de Noisement), et dossier bleu
n° 146 (dossier Ameline).
(4) A la mode de Bretagne.
postérité s’allia aux familles de Coetlosquet, de Lentivy de Bodory, Thévin de Guellerand, de Botmiliau, de Chasteaufur (1), etc.
Entre tous. les grands-oncles d’Antoinette Blanchet, l’archidiacre de Paris était le véritable chef de la famille. Dans l’article que consacre d’Hozier à la famille Vallée, le généalogiste a soin de mentionner que Nicolas Vallée épousa Marie Blanchet « du consentement de Claude Ameline, son grand-oncle, chanoine et grand archidiacre de Paris (2) ».
Au moment où le premier-chirurgien demanda pour son fils la main d’Antoinette, Claude Ameline était mort depuis un an. Malgré sa haute vertu, il avait failli, en 1695, encourir la disgrâce de Mme de Maintenon. L’archidiacre confessait Mme de Pontchartrain, femme du contrôleur général des finances : un jour, Mme de Maintenon demandant à sa pénitente ce qu’elle pensait du jansénisme, Mme de Pontchartrain répondit « qu’elle n’avait pas sur cette doctrine d'autre sentiment que son directeur de conscience ». Comme elle paraissait approuver les maximes de l’évêque d’Ypres, son imprudente déclaration fit soupçonner l’archidiacre de jansénisme; aussi s’efforça-t-elle de pallier l'effet de ses paroles. Le 12 octobre 1695, Mme de Maintenon écrivait à l'archevêque de Paris : « Mme de Pontchartrain, à qui je fais la guerre sur le jansénisme, dit qu’on verrait comme vous en userliez avec son confesseur, et qu’elle jugerait par là du goût que vous auriez pour les honnêtes gens (3). » Le futur cardinal de Noailles venait de succéder à M. de Harlay sur le siège épiscopal de Paris, et l’on ignorait quelle serait son attitude à l’égard des prêtres jJansénistes. Le 15 novembre, Mme de Maintenon lui mandait encore : «Nous ne dîimes rien de M. Ameline. Il faut pourtant que je sache à peu près ce que vous en pensez. Voilà un chiffre, si vous voulez vous en servir au besoin (4). » La correspondance secrète de l’archevêque rassura Mme de Maintenon sur l’orthodoxie de l’archidiacre, car le grand-oncle d’Antoinette conserva ses fonctions, et, trois ans après, en novembre 1698, Louis XIV disait dans les lettres
(1) Mobuiliaire de Saint- Allais.
(2) Armorial général de la France, 197 registre, 2€ partie, p. 594.
(3) LAVALLÉE, Correspondance de Mme de Maintenon, t. IV, p. 27 et 30. LA OIO TT 100 m0 NES RE
de maintenue de noblesse accordées à Nicolas Ameline, seigneur de Noisement :
« Notre cher et bien-amé Claude Ameline, son frère, Ad archidiacre de l'Eglise de Paris, rend aussi, de son côté, tant à la dite Eglise qu’à nous, de très considérables services, depuis près de trente-cinq années, avec une piété et une assiduité qui ont mérité notre estime particulière et l'approbation du public. »
Quand mourut le vénérable parent d’Antoinette Blanchet, le Mercure galant d'octobre 1708 lui consacra cet article «M. Ameline, archidiacre et chanoine de Paris, est mort d’une attaque d’apoplexie. [Il était recommandable par sa vertu et par sa piété. Sa vie était aussi austère qu’exemplaire, et il ne faisait qu’un repas chaque jour pendant tout le carême; il v aurait beaucoup de choses à en dire; mais, comme sa vertu était véritable et sincère, et qu’il prenait soin de cacher tout ce qui aurait pu faire connaître ses bonnes œuvres, je me trouve obligé de finir un éloge qui méritait plus d’étendue. »
Anne Ameline mourut à Gisors au mois d’août 1697, à peine âgée de quarante-deux ans (1) : Antoinette Blanchet était donc fort jeune quand elle perdit sa mère. Depuis ce temps, elle vivait chez une tante maternelle, Mme Rossignol, née Catherine Ameline. Veuve d’un secrétaire du roi, Mme Rossignol n’affichait pas moins de luxe que son beau-frère Jacques Blanchet : la fiancée de Louis Mareschal habitait un grand appartement situé au premier étage de la rue du Roïi-de- Sicile (quartier Saint-Antoine), et elle parcourait Paris dans un carrosse orné de l’écusson flamboyant des Ameline : « bandé d'argent et de gueules de six pièces, au chef d’azur chargé d’un soleil d’or (2). »
Jacques Blanchet donnait à sa fille une dot de soixantequatorze mille livres, dont cinquante-quatre mille en deniers comptants et vingt mille à valoir sur sa maison de la rue Quincampoix; de plus, en considération du mariage, Mme Rossignol faisait présent à sa nièce d’une somme de vingt-six mille livres, tout en lui conservant une part dans sa succession. Antoinette:
(1) Bibliothèque nationale, ms. fr., 32833.
(2) Armorial général de Paris.
apportait done une somme de cent mille livres, soit environ quatre cent mille francs; après son père et sa tante, elle devait avoir une fortune se montant au quadruple de sa dot. De son côté, Georges Mareschal assurait à son fils un capital de cent mille livres, dont quarante mille en espèces; le surplus consistait en deux maisons sises, l’une rue des Petits-Augustins, l’autre rue du Marais; la première était louée à un grand seigneur de Flandre, Louis de Gand, dit Villain, prince d’Isenghien, futur maréchal de France (1). Le chirurgien du roi s’engageait, en outre, comme c'était alors l’usage, « à fournir aux futurs époux et à leurs domestiques une année de nourriture et de logement, à compter du jour de la célébration du mariage, tant à la Cour qu’à Paris. » Louis Mareschal ayant droit à un appartement dans le château de Versailles, en sa qualité de premier-chirurgien survivancier, cette disposition lui permettait d'attendre qu’une vacance se produisit dans les logements affectés aux principaux officiers de la chambre royale.
Quand ces arrangements furent conclus, Georges Mareschal apprit à Louis XIV le mariage de son fils aîné avec la petite-nièce de l’archidiacre Ameline. Voulant lui accorder une nouvelle marque de son estime, le roi décida qu'il signerait au Contrat, ainsi que les princes de sa famille (2). Le dimanche 16 février 1710, les deux premiers-chirurgiens du roi, accompagnés de Me Lemasle, notaire à Paris, furent introduits dans le cabinet de Sa Majesté, à l’issue de la messe; quand Louis XIV eut signé la minute que lui présentait Me Lemasle, les deux officiers et le notaire se rendirent dans les appartements occupés par les princes au château de Versailles, et le même document reçut seize autres signatures.
(1) M. d’Isenghien appartenait à une illustre famille de laquelle descendent les Villain XIV: il avait épousé une fille du prince de Furstemberg. Cetimportant locataire ne payait à Georges Mareschal qu’une somme annuelle de dix-huitcentslivres, pour un hôtel situé faubourg Saint-Germain : la rue des Petits-Augustins n’était autre que la rue Bonaparte actuelle, dans sa partie située entre le boulevard et le quai Malaquais. Ce prix modique est un nouveau terme de comparaison entre la valeur de l’argent à cette époque et sa valeur actuelle.
(1) Cent treize ans plus tard, le 8 février 1823, Louis XVIII fit le même honneur “au chevalier Armand Mareschal de Bièvre, arrière-petit-fils de Louis Mareschal et aïeul de l’auteur de cet ouvrage, lors de son mariage avec Mlle Patu de Rosemont.
LE SURVIVANCIER ‘ 291 Le contrat de mariage de Louis Mareschal (1) débute ainsi :
Par devant les notaires garde-notes du roi au Châtelet de Paris, soussignés, furent présents :
Georges-Louis Mareschal, écuyer, reçu en survivance premierchirurgien de Sa Majesté, demeurant ordinairement en Cour, fils de Georges Mareschal, écuyer, premier-chirurgien et maître d'hôtel ordinaire du roi, et de dame Marie Roger, son épouse, ses père et mère, assisté des dits sieur et dame, ses père et mère, elle de lui autorisée, demeurant aussi ordinairement en Cour, à ce présents, pour lui et en son nom, d’une part.
Et Jacques Blanchet, bourgeois de Paris, demeurant rue er quempoix, paroisse Saint-Jacques-de-la-Boucherie, stipulant pour damoiselle Anne-Antoinette Blanchet, sa fille, et de défunte dame Anne Ameline, jadis sa femme, aussi ses père et mère, ladite damoiselle Blanchet demeurant à Paris, rue du Roi-de-Sicile, avec Mme Rossignol, sa tante, paroisse Saint-Paul, aussi pour elle et en son nom, d’une part.
Vient ensuite l’énumération des princes et princesses signataires de l’acte :
Lesquelles parties, en la présence et de l'agrément : De très haut, très puissant, très auguste et très excellent prince
Louis, par la grâce dé Dieu roi de France et de Navarre,
Très haut, très puissant, très excellent prince Monseigneur Louis, dauphin de France,
Très haut, très puissant et excellent prince Monseigneur Louis, duc de Bourgogne,
Très haut, très puissant et excellent prince Monseigneur Charles, duc de Berry,
Très haute, très puissante et excellente princesse Madame Ehsabeth-Charlotte, Palatine du Rhin, duchesse de Hanovre, veuve de très haut, très puissant et excellent prince Monseigneur Philippe, fils de France, duc d'Orléans,
Très haut, très puissant et excellent prince Monseigneur Phihppe, petit-fils de France, duc d'Orléans,
Très haute, très puissante et excellente princesse Madame Marie- Françoise de Bourbon, légitimée de France, son épouse,
Très haut, très puissant et excellent prince Louis de Bourbon,
(1) Etude de M° Lemasle, notaire à Paris; ce contrat, ayant été « insinué » au Châtelet le 4 mars 1710, est aussi conservé aux Archives nationales dans le registre Y
prince de Condé, premier prince du sang, pair et grand maître de France, duc d’Enghien et Châteauroux; très haute, très excellente et puissante princesse Madame Louise-Françoise de Bourbon, légitimée de France, son épouse,
Très haute, très excellente et puissante princesse Madame Marie- Anne de Bourbon, légitimée de France, veuve de très haut, très excellent et puissant prince Monseigneur Louis de Bourbon, prince de Conti, prince du sang, pair de France,
Très haute, très excellente et puissante princesse Madame Marie- Thérèse de Bourbon, princesse du sang, veuve de très haut, très excellent et puissant prince Monseigneur François-Louis de Bourbon, prince de Conti, prince du sang, pair de France,
Très haute, très excellente et puissante princesse Madame Louise- Bénédicte de Bourbon, princesse du sang, duchesse du Maine,
Très haut, très excellent et puissant prince Monseigneur Louis- Armand de Bourbon, prince de Conti, prince du sang, pair de France,
Très haute, très excellente et puissante princesse Mademoiselle Marie-Anne de Bourbon, princesse du sang,
Très haute, très excellente et puissante princesse Mademoiselle Louise-Adélaïde de Bourbon, aussi princesse du sang,
Très haut, très excellent et puissant prince Monseigneur Louis- Auguste de Bourbon, légitimé de France, duc du Maine, colonel général des Suisses, grand maître de l’artillerie de France, gouverneur et lieutenant général pour Sa Majesté en Languedoc,
Et de très haut, très puissant et très excellent prince Monseigneur Louis-Alexandre de Bourbon, légitimé de France, comte de Toulouse, grand amiral de France.
En février 1710, la famille royale était encore nombreuse : le contrat de Louis Mareschal présente donc un curieux ensemble de signatures princières (1). C’est d’abord Louis XIV, qui trace son prénom d’une main singulièrement ferme pour un vieillard de soixante-douze ans; au-dessous de lui signe le Grand Dauphin, qui mourut entre les bras de Georges Mareschal le 14 avril de l’année suivante; puis viennent les prénoms des ducs de Bourgogne et de Berry : Louis et Charles. La princesse Palatine, belle-sœur de Louis XIV, est la dernière à user du privilège des fils et filles de France, et signe seulement : « Eli-
(1) M° Panhard, détenteur de la minute, a bien voulu autoriser la reproduction de ces signatures : on en trouve ci-contre un fac-similé.
sabeth-Charlotte; » son fils, au contraire, le futur régent, écrit son nom tout entier : « Philippe d'Orléans. »
Marie-Françoise de Bourbon, dont le nom se lit au-dessous de celui de son mari le duc d'Orléans, s’appelait auparavant Mlle de Blois; elle était fille du roi et de Mme de Montespan. Après elle signent le petit-fils du grand Condé, Louis de Bourbon, qu’on nommait M. le Duc et qui mourut le mois suivant, puis sa femme, la maligne Louise-Françoise de Bourbon : autre fille de Louis XIV et de la Montespan, elle fut longtemps nommée Mlle de Nantes. Les caustiques chansons qu’elle improvisait à table, et où elle n’épargnait personne, la faisaient redouter à la Cour.
Marie-Thérèse de Bourbon, sœur de M. le Duc et veuve de François-Louis, prince de Conti, appose sa signature à côté de celle de Mme la Duchesse; son fils, Louis-Armand de Bourbon, prince de Conti, trace la sienne au commencement de la ligne suivante. Vient ensuite le nom de la « grande princesse de Conti » : la belle Marie-Anne de Bourbon, veuve du prince de Conti, frère aîné de François-Louis, était née des amours de Louis XIV et de Mlle de la Vallière.
La duchesse du Maine, Louise-Bénédicte de Bourbon, sœur de M. le Duc, signe après la « grande princesse », et, plus bas, on lit les noms de deux sœurs du jeune prince de Conti : l’une, Marie-Anne de Bourbon, dite Mile de Conti, épousa en 1713 le duc de Bourbon, futur premier-ministre de Louis XV; l’autre, Louise-Adélaïde de Bourbon, dite Mlle de La Roche-sur-Yon, mourut sans alliance en 1750. Enfin, les signatures des deux fameux bâtards de Louis XIV, Louis-Auguste de Bourbon, duc du Maine, et Louis-Alexandre de Bourbon, comte de Toulouse, terminent cette suite d’autographes princiers.
En examinant la composition de la famille royale au mois de février 1710, on voit que le contrat de Louis Mareschal fut signé par tous les princes et princesses en âge de faire cet honneur au premier-chirurgien survivancier, sauf par la duchesse de Bourgogne; par Mlle d'Orléans, fille du futur régent; par Anne de Bavière, veuve de Henry-Jules de Bourbon, père de M. le Duc, et par les enfants de M. le Duc.
La veille même, la duchesse de Bourgogne avait mis au monde un enfant qui fut Louis XV. L’abstention de Mile d’Or-
léans, qui épousa quatre mois plus tard le duc de Berry, petitfils du roi, provenait d’une raison spéciale : Saint-Simon, dans un de ses chapitres sur l’étiquette, l'explique tout au long. Agée de quatorze ans, Marie-Louise-Elisabeth d’Orléans aurait dû prendre part aux cérémonies de la Cour (1). Mais la duchesse d'Orléans, sa mère, rêvait d'obtenir pour elle, avec la création du titre d’ «arrière-petite-fille de France », la préséance sur les femmes des princes du sang; elle commença par lui donner le nom de « Mademoiselle », usité jusque-là pour les petites-filles de France. « Enfin, dit Saint-Simon (2), il se présenta des contrats de mariage de particuliers à signer. Quoique non présentée, n1 dans le monde, Mademoiselle était d’âge à les lui faire signer, et ce fut là où la prétention de préséance éclata. Mme la duchesse d'Orléans ne voulut pas qu’elle signât après les femmes des princes du sang, qui s’en émurent fortement; ainsi, Mademoiselle, pour ne pas céder, ne signa aucun des contrats, et la prétention se trouva ainsi formée. Cela fit grand bruit et mit une grande aigreur entre Mme la duchesse d'Orléans et Mme la Duchesse (3), où leurs amies se mêlèrent assez mal à propos. »
Moins d’un mois après la signature du contrat de Louis Mareschal, Louis XIV prit occasion de la mort de M. le Duc pour juger la querelle des princesses. L’article 8 du règlement royal était ainsi conçu : « Les femmes des princes du sang auront rang avant les princesses du sang non mariées, quand même celles-ci seraient filles d’un prince aîné du mari des princesses du sang mariées (4). » La prétention de la duchesse d'Orléans se trouvait donc repoussée : elle en fut « outrée de dépit », dit Saint-Simon. Le lendemain de ce jugement, l’auteur des Mémoires fut conduit par le duc d'Orléans chez la duchesse sa femme : « Dès que je l’envisageai, dit-1l, ses larmes qui n'avaient guère tari redoublèrent; nous nous lamentâmes à l’aise (5). » La douleur de la duchesse fut calmée
(1) Une des jeunes princesses dont on a vu les signatures, Louise-Adélaïde de Bourbon-Conti, n’avait, en effet, au 16 février 1710, que treize ans et quelques mois.
(2) Mémoires, t. VIII, p. 136.
(3) Louise-Françoise de Bourbon, femme du duc de Bourbon. Au contrat de Louis Mareschal, son nom et celui de son mari se lisent immédiatement après la signature de Marie-Françoise de Bourbon, duchesse d'Orléans.
(4) DANGEAU, 5 mars 1710.
(5) Mémoires, t. VIIL,p. 148.
par le mariage de sa fille avec le duc de Berry, car Mademoiselle s’assurait le rang de petite-fille de France, supérieur à celui de toute princesse du sang.
Outre les signatures de la duchesse de Bourgogne et de Mlle d'Orléans, celles d'Anne de Bavière et des enfants de M. le Duc manquent au contrat de Louis Mareschal. Anne de Bavière, princesse douairière de Condé, avait perdu son mari un an auparavant; elle séjournait souvent à Maubuisson, abbaye qu’elle affectionnait. Parmi les enfants de M. le Due, quatre faisaient déjà figure à la Cour : Louis-Henri de Bourbon, futur premier-ministre de Louis XV, prince de dix-huit ans; Louise-Elisabeth, dite Mile de Bourbon, future princesse de Conti, âgée de dix-sept ans; Louise-Anne de Bourbon, âgée de quinze ans, et Marie-Anne de Bourbon, qui en avait treize. Mais le jeune homme et ses sœurs étaient certainement absents de la Cour, car autrement le contrat leur eût été présenté comme aux autres princes, et, dans ce cas, la duchesse du Maine, leur tante paternelle, se fût abstenue d’y signer.
L’ambitieuse femme du « bâtard favori » cherchait à s’élever par tous les moyens; fille du prince de Condé, elle était princesse du sang par sa naissance (1), et, comme épouse du duc du Maine, elle réclamait des prérogatives particulières; c’est ainsi qu’elle refusait de passer après les filles de son frère aîné. Six Jours avant la signature du contrat de Louis Mareschal, le marquis de Dangeau avait apporté au roi celui de son petit-fils, le duc de Luynes, qui épousait la fille du prince de Neufchâtel : le mémorialiste explique dans son journal, après la prétention déjà connue de Mlle d'Orléans, celle qu’affichait la duchesse du Maine : « Le roi, après la messe, écrit-il le 10 février +740; signa le contrat de mariage du duc de Luynes avec Mlle de Neufchâtel. Nous le fimes ensuite signer, comme on a accoutumé de faire, à toute la maison royale. Il y a deux embarras dans ces occasions-là : le premier sur Mademoiselle, parce que son rang n’est pas encore réglé avec les princesses du sang mariées, et elle ne se trouve point en lieu public où il puisse y avoir de la cérémonie, quoiqu’elle soit ici depuis quatre ou cinq mois. Le second embarras est sur Mme du Maine, qui ne
(4) Mme du Maine, qui était de très petite taille, et dont la frivolité égalait l’ambition, fut un jour appelée par Mme la Duchesse : «la poupée du sang. »
veut point signer après les filles de M. le Duc, son frère. D’ordinaire, quand on signe le contrat, elle signe après Mme sa mère (1), en laissant une place pour les signatures de Mmes les princesses de Conti. Si Mlle de Bourbon est présente, Mme du Maine, qui serait obligée de signer au-dessous d’elle, ne signe point du tout. »
Le roi mit fin à cette difficulté par deux articles du règlement cité plus haut :
Art. 10. — Les princesses du sang non mariées garderont entre elles le rang de leur naissance, suivant le droit d’aînesse de la branche dont elles descendent, en sorte même que cette ainesse se perpétue dans la branche, et que la princesse sœur de celui qui se trouve aîné de la branche ne puisse passer qu'après la fille de cet aîné, et ainsi du reste.
Art. 11. — Les princesses du sang mariées à un prince ou autre, de rang inférieur aux princes du sang, jouiront toujours de leur rang entre les princesses du sang non mariées, pourvu néanmoins que le roi leur ait conservé leur rang de princesses du sang.
Et Louis XIV ayant témoigné son intention d’expédier à la duchesse du Maine un brevet qui lui assurerait cette dernière prérogative, 1l fut prouvé que Sa Majesté ne considérait pas son bâtard comme un véritable prince du sang : Mme du Maine, conservant seulement son rang de princesse du sang non mariée, dut passer après les filles de son frère aîné.
Signé à Versailles le 16 février 1710, le contrat de mariage de Louis Mareschal fut définitivement clos à Paris le 20 du même mois dans l’appartement de Mme Rossignol, rue du Roi-de-Sicile; on lit dans ce document les noms des parents et amis qui vinrent assister les futurs époux :
Comme aussi en la présence des parents et amis ci-après nommés, SavOIr :
De la part du dit sieur Mareschal, futur époux : de François-Joseph Mareschal, son frère, abbé; de Pierre-Remy Mareschal, écuyer, sieur de Vilers, son frère.
Et de la part de la dite damoiselle, future épouse : de Jacques-
(1) Le nom de la duchesse du Maine figure après celui des princesses de Conti sur le contrat de Louis Mareschal; sa mère, la princesse douairière de Condé, était d’ailleurs absente de Versailles. |
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16 FrÉvVRIER 1710
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(Étude de Me Panhard, notaire à Paris)
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Claude Blanchet, son frère; de Nicolas Vallée, conseiller du roi, auditeur ordinaire en sa Chambre des comptes, beau-frère; de dame Catherine Ameline, veuve de Philippe Rossignol, écuyer, conseiller, secrétaire du roi, maison, couronne de France et de ses finances, demeurant rue du Roi-de-Sicile, paroisse Saint-Paul, tante maternelle; de Bonaventure Mortier, conseiller du roi, receveur général des gabelles au grenier à sel de Paris, oncle; de dame Catherine Harlan, son épouse; de damoiselle Antoinette-Michelle-Anne, leur fille majeure, tante; de Me François Pillon, ancien procureur au Châtelet, ami; de Me Julien Vaultier, aussi procureur au Châtelet, ami; de Jean- Baptiste de Tonnier, sieur de Longchamp, avocat au Parlement; du sieur Claude Vorbiéret, bourgeois de Paris, et d’André-Agnès de Saint-André, écuyer, et dame Marie-Françoise Delaville, son épouse, amis communs des futurs époux (1).
François Mareschal, fils puiné du premier-chirurgien, alors âgé de vingt ans, est qualifié d’abbé par Me Lemasle, mais 1l était à peine revêtu des ordres mineurs. Pierre-Remy Mareschal, de deux ans plus jeune, allait entrer aux Mousquetaires du roi: il prend ici, pour la première fois, le titre de sieur de Vilers. Anobli avec son père en 1707, Pierre-Remy avait acquis un fief et 1l en portait le nom, suivant l’usage du temps. On ignore où se trouvait la terre de Vilers, et quand le troisième fils de Georges Mareschal en devint propriétaire. Il figura dans le contrôle des Mousquetaires, et, postérieurement, dans celui des Gardes françaises, sous le nom de M. de Vilers-Mareschal, de même que son aïeul avait été dénommé, comme officier au régiment de Guiche-cavalerie, M. de la Mothe-Mareschal.
Le 21 février 1710, lendemain de la signature du contrat, le mariage de Louis Mareschal et d’Antoinette Blanchet fut célébré en l’église Saint-Paul, paroisse de. la jeune femme. Comme l’église Saint-André-des-Arts, où vingt-six ans auparavant Georges Mareschal et Marie Roger avaient reçu la bénédiction nuptiale, l’église Saint-Paul est aujourd’hui démolie. Elle était située dans la rue Saint-Paul, qui réunit la rue Saint- Antoine au quai des Célestins; et son architecture, si l’on s’en rapporte aux écrivains du dix-huitième siècle, ne présentait
(1) Parmi les parents d’Antoinette Blanchet, figure à titre d’oncle le receveur général Bonaventure Mortier; la mère d'Anne Ameline, devenue veuve, s'était remariée à Claude Mortier, receveur payeur général des rentes de l’Hôtel de Ville de Paris : Bonaventure Mortier naquit de cette seconde union.
rien de remarquable. Près de là se trouvait un collège de jésuites, dont la chapelle s’ouvrait sur la rue Saint-Antoine : ce collège est devenu le lycée Charlemagne, et c’est la chapelle des jésuites qui remplace aujourd’hui, sous le nom de Saint- Paul-Saint-Louis, l’ancienne paroisse Saint-Paul.
Le registre contenant l’acte de mariage de Louis Mareschal fut brûlé pendant la Commune, mais un manuscrit de la Bibliothèque nationale donne un extrait de cette pièce :
Paroisse Saint-Paul, 21 février 1710.
Mariage de Georges-Louis Mareschal, écuyer, premier-chirurgien du roi, âgé de vingt-cinq ans, fils de Georges Mareschal, écuyer, premier-chirurgien du roi et maître d'hôtel de Sa Majesté, et de dame Marie Roger, avec Anne-Antoinette Blanchet, fille de Jacques, bourgeois de Paris, et de feu Anne Ameline. Prés. François Mareschal, abbé, Rémy Mareschal, écuyer, frères, Nicolas Vallée, beaufrère, etc. (1).
Quelques jours après la cérémonie, Mme Rossignol, tante d’Antoinette Blanchet, augmenta ses libéralités envers les jeunes époux : le 15 mars 1710, elle signait en l’étude de Me Lemasle une donation leur attribuant, au jour de son décès, des présents de diverse nature. C'était d’abord sa vaisselle d'argent, « soit moulée, soit non moulée : » Louis Mareschal retrouverait ainsi l’argenterie que son père avait sacrifiée l’année précédente au profit du trésor public. Mme Rossignol assurait ensuite aux jeunes gens les glaces et tableaux ornant son grand appartement de la rue du Roi-de-Sicile, plus une chambre complète comprenant deux lits « de damas cramoisi », six fauteuils recouverts de pareil damas et deux rideaux de fenêtre en taïfetas rouge. Elle leur donnait de nombreuses tapisseries « à verdure et à personnages », dont une série représentait « l’histoire de Pâris et d'Hélène », tous ses rideaux de « toile peinte », de nombreuses pièces de lingerie, deux tables de marbre, un sopha, et « toutes ses chaises d'Angleterre appelées de Cannes ». Enfin, après avoir attribué à ses neveux « ses chevaux de carrosse, sa berline et ses harnais », Mme Rossignol leur faisait don « de ses maisons et héritages situés au village de Romain-
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