‹ Georges Mareschal, seigneur de BièvreChapitre 50 sur 182 · L’'ABBÉ · texte numérisé non relu

L’'ABBÉ

ville et terroir d’icelui près Paris, plus tous les meubles meublants, vaisselle d'argent, ustensiles de ménage, vaisselle et ornements de la chapelle, qui se trouveraient au jour du décès de la dite dame Rossignol lui appartenir en la dite maison de Romainville ». Un dernier article de l’acte, augmentant La valeur de cette donation, spécifiait que la valeur de ces meubles et immeubles ne serait pas précomptée sur la part d’Antoinette en la succession de sa tante (1). Grâce aux différents héritages qu’ils recueillirent, Louis Mareschal et Antoinette Blanchet devaient transmettre à leurs enfants, en immeubles et en deniers, un capital se montant à plus de six milhons de francs.

Le 26 avril 1706, Louis XIV avait promis à Georges Mareschal « de pourvoir à la fortune de ses fils »; quelques mois après le mariage du survivancier, François Mareschal recevait à son tour les effets de l'engagement royal.

Parmi les récompenses dont le souverain disposait, les « bénéfices ecclésiastiques » venaient en première ligne. Pendant de longs siècles, la piété publique dota de biens importants Îles monastères et les couvents. Les plus riches de ces établissements religieux, appelés abbayes, étaient dirigés par un « père abbé ». À l’origine, les moines, réunis en chapitre, élisaient leurs chefs : en même temps qu’il dirigeait les consciences de ses subordonnés, le Père abbé administrait les biens temporels du monastère, et disposait ainsi de revenus considérables. Cet avantage excita bientôt l’envie des dignitaires de l'Eglise : comme le cumul des fonctions ecclésiastiques était interdit, l'usage s’introduisit de séparer le temporel du spirituel, et de confier la gestion des biens du couvent à un « abbé commendataire (2) », qui jouissait des revenus et des droits honorifiques; la direction des moines était remise à un « prieur claustral ». De cette façon, le même clere pouvait tenir plusieurs abbayes « en commende ». Mais il y eut des abus, et les rois se firent reconnaître par les papes le droit de nommer eux-mêmes la plupart des abbés commendataires : ils choisissaient souvent de jeunes tonsurés, ayant pour seule obligation de garder

(1) Archives nationales, Y 282, fo 389.

(2) De commendare, confier; on nommait « bénéfices » les biens ecclésiastiques « tenus en commende ».

le célibat; aussi les seigneurs et officiers de la Cour prirentils l’habitude de solliciter des « bénéfices » pour leurs fils cadets. François Mareschal avait revêtu le petit collet, et, dans le contrat de mariage de son frère, on lui donnait déjà le titre d’abbé : c’est que, depuis le siècle précédent, on nommait ainsi, par complaisance, les clercs ne possédant encore, suivant l'expression usitée, que « abbaye de Sainte-Espérance (1) ».

Le roiattendait que la liste des bénéfices vacants fût longue, et, s’enfermant avec son confesseur, le Père Le Tellier, il examinait les titres de ceux qui les briguaient; malheur à ceux qu'entachait un soupçon de jansénisme : on les écartait impitoyablement. Quand les titulaires étaient désignés, Louis XIV profitait d’un jour où il faisait ses dévotions pour proclamer les élus.

Dès les premiers jours de juillet 1710, on commençait à parler d’une distribution de bénéfices; le 4 et le 11, Dangeau écrivait à Marly : « Le roi, après son dîner, travailla avec son confesseur. » Mais 1l y avait beaucoup d’abbayes à pourvoir, et les choix étaient difficiles; ils ne furent définitifs que le 25 juillet. «Ce jour-là, écrit le marquis de Sourches, le père Le Tellier travailla avec le roi, et les courtisans conclurent que toutes Îles abbayes étaient données, parce que le roi lui avait dit le jour précédent qu’il voulait se débarrasser; mais on ne sut pas un mot de la distribution, parce que le roi ne dit rien à personne, et que le bon père, en sortant du cabinet du roi, alla monter dans son carrosse et gagna Paris en diligence. »

Par la liste générale des bénéfices, rendue publique le 28 juillet, on apprit la nomination de François Mareschal, fils du premier-chirurgien du roi, comme abbé commendataire de lPabbaye de Bonnefontaine, sise dans le diocèse de Reims, et appartenant à l’ordre de Citeaux. Ce bénéfice était vacant depuis la mort de Maurice Le Tellier, archevêque de Reims et frère du ministre Louvois, survenue le 22 janvier 1710.

Il y avait en France à cette époque mille soixante-six abbayes d'hommes (2). Dangeau transerit le 11 juillet la liste des vingtcinq nouvellement données, avec l'indication des « menses

(1) Plus tard, cet usage se généralisa, et l’on en vint à appeler tout ecclésiastique « M. l’abbé ».

(2) Etats de la France, le clergé.

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