‹ Georges Mareschal, seigneur de BièvreChapitre 51 sur 182 · L’ABBE · texte numérisé non relu

L’ABBE

abbatiales » affectées à chacune d'elles. Cinq jouissaient d’un revenu supérieur à dix mille livres, et la moins favorisée procurat cinq cents écus de rente à son titulaire : l’abbaye de Bonnefontaine venait en onzième rang, avec six mille livres. Les almanachs royaux ne lui attribuent toutefois qu’une mense variant entre quatre mille huit cents et cinq mille deux cents livres : suivant la plus basse évaluation, c’était une rente viagère d’une vingtaine de mille francs que le roi accordait à François Mareschal, car les bénéfices se donnaient à vie, et le nouvel abbé devait garder le sien pendant vingt-cinq ans.

Dans la même distribution, l’abbaye de Saint-Etienne-de- Caen était remise au cardinal de la Trémoille; celle de Sainte- Bénigne-de-Dijon à l'abbé Desmaretz, fils du contrôleur général des finances; celle de Notre-Dame-de-Clermont au frère du marquis de Dangeau; celle de Saint-Denis au frère de l'ambassadeur du roi en Suisse; celle de Saint-Séverin au fils du premier-architecte du roi; celle de Sauve-Majeure à un parent du maréchal de Villars; celle de Genlis au frère du chapelain ordinaire du roi; celle de Saint-Léger au père Colas; celle de Bouras à l’abbé de Lesseville, conseiller au Parlement de Paris (1). Cette énumération montre quels différents titres pouvalent présenter les candidats aux bénéfices,

Dangeau et Sourches, dans leurs journaux des {+ août et 25 juillet, la Gazette de France, dans son numéro du 2 août, signalent la faveur faite au fils du premier-chirurgien du roi.

M. de Bonnefontaine (on appelait les abbés du nom de leur abbaye) pouvait s’estimer satisfait de sa situation nouvelle : CI n’y avait pas, écrit Brillat-Savarin, de sort plus heureux que celui d’un abbé commendataire. » Ne respectant pour son propre compte aucun des vœux prononcés par ses religieux, sauf celui du célibat, il n’était pas tenu de résider dans son « abbatial ». Quand 1l s’y rendait pour surveiller le rendement des terres et seigneuries dépendant de l’abbaye, le prieur claustral et les moines le recevaient avec toutes sortes d’honneurs. Dans les cérémonies religieuses, le commendataire marchait portant la crosse, symbole de sa dignité, mais, au contraire des évêques, il en tenait la volute tournée vers son visage, pour indiquer que

(1) DANGEAU et SOURCHES, juillet 1710.

sa juridiction était limitée à l’intérieur du monastère. Cette crosse figurait dans ses armoiries, sous la forme d’un « bâton d'argent recourbé, fleuronné par le haut et dans la partie courbe », et se plaçait « à sénestre », la volute vers l’intérieur de l’écu. Pour François Mareschal, qui n'avait que vingt ans et demi (1), la dignité d’abbé commendataire était flatteuse.

L'abbaye de Bonnefontaine-en-Thiérache se trouvait à l'extrémité est de la Picardie, tout près des limites communes de cette province et de la haute Champagne. La petite paroisse de Blanchefosse, où elle s'élevait, fait partie du département des Ardennes (canton de Rumigny, arrondissement de Rocroy). Les fondateurs de l’abbaye (2), Samson de Mauvoisin, archevêque de Reims, Nicolas, baron de Rumigny, et Bernard, Père abbé du monastère de Signy, l’établirent en 1153 dans une vallée fertile où coule un affluent de l’Aube, et ils y appelèrent les moines de Citeaux, qui, dans la région des Ardennes, jouissaient de la plus vertueuse renommée. La terre sur laquelle furent édifiés les premiers bâtiments de l’abbaye s’appelait Sérifontaine : ce nom se transforma en celui de Bonnefontaine, à cause d’une source d’eau vive sortant d’un bois voisin. Outre la ferme de Bonnefontaine et ses dépendances, situées sur les territoires de Bay, d’'Hanappes, des Autels et du Vald’Alleaume, l’abbaye comprenait les terres de Martinsart, de Waleppe et de Coingt, autrefois détachées du domaine de l’abbaye de Signy, avec droit de chasse et de pêche sur tous ces biens, mais seulement pour le service de l’infirmerie. Enfin, l’abbé commendataire jouissait dela terre et seigneurie de Blanchefosse.

François Mareschal était le quarante et unième abbé de Bonnelontaine; deux ans après sa mort, en 1737, il eut comme successeur Jean Fagnier de Vienne, chanoine de Paris et conseiller clerc au Parlement, qui devint par la suite président de la Chambre souveraine du clergé. Le monastère de Bonnefontaine renfermait douze moines, portant la robe blanche de saint Bernard et vivant dans la règle sévère de l’ordre de Cîteaux. A la Révolution, l’église abbatiale fut détruite et le domaine vendu comme bien national. Il ne reste plus de l’abbaye de

(1) Il était né le 26 janvier 1690.

(2) Gallia christiana, t. X, instrum. col. 46 et 47.

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