MARESCHAL INNOCENTE LE DUC D'ORLÉANS
Les empoisonnements criminels aux seizième et dix-septième siècles. — Le duc d’Orléans, son ambition déçue en Espagne. — Morts subites des princes en 1712; leur autopsie. — Tous les médecins et chirurgiens, sauf Mareschal, concluent à des empoisonnements criminels Ale duc d'Orléans accusé: son chimiste Homberg; Mareschal prend la défense du duc d'Orléans. — Le roi donne à Mareschal son Opinion sur son neveu; le « fanfaron de crimes ».
Enfance maladive du futur Louis XV: soins que Mareschal lui donne. — Mareschal consulté par le roi de Sardaigne, l’empereur d'Allemagne et la reine d'Angleterre. — Le procès d’impuissance du marquis de Gesvres: Mareschal expert. — Fénelon et Mareschal; le premier-chirurgien soigne le marquis de Fénelon.
Aux seizième et dix-septième siècles, les empoisonnements furent très fréquents. Certains Italiens, venus en France à la suite de Catherine de Médicis, avaient introduit à la Cour ces odieux moyens de satisfaire la vengeance ou la cupidité. Quand Louis XIV monta sur le trône, les assassins de haut rang employaient toujours le poison : c’est dans la deuxième partie de son règne que furent commis les plus horribles crimes.
En 1670, Madame, duchesse d'Orléans et belle-sœur du roi, ayant bu de l’eau de chicorée, se trouva mal et ne tarda pas à expirer : l’histoire attribue cette mort à une vengeance du chevalier de Lorraine. Presque en même temps, le procès de la marquise de Brinvilliers et son exécution en place de Grève terrifièrent la France. Puis, les empoisonnements se multplièrent tellement que Louis XIV dut instituer, pour les rechercher et les punir, un tribunal d’exception, la Chambre ardente. Les noms de la Voisin et de la Vigoureux, mégères qui mirent leur science au service des plus grands seigneurs, sont encore sinistrement célèbres. Depuis leur jugement, toute mort subite d’un personnage important fut attribuée à l’emploi de la «€ poudre de succession ». Ainsi, quand mourut Marie-Louise d'Orléans, première femme du roi d’Espagne Charles IL, on crut à un crime politique. Un peu plus tard, en 1691, une maladie
inconnue ayant enlevé Louvois, on accusa Mme de Maintenon d’avoir fait disparaître le ministre pour se venger de ses dédains.
Mais, c’est en février 1712 que les soupçons d’empoisonnement se déchainèrent avec le plus de violence, et cette fois contre un prince de sang royal.
Monseigneur, fils unique de Louis XIV, étant mort le 14 avril 1711, le titre de dauphin appartenait au duc de Bourgogne. L’héritier du trône, uni à la princesse Adélaïde de Savoie, avait deux fils, le duc de Bretagne et le duc d'Anjou, âgés à cette époque l’un de cinq ans et l’autre de deux. Le duc de Berry, frère du nouveau dauphin, était fort jeune; son mariage ne datait que de 1710. Louis XIV se voyait donc continué par quatre princes pleins de vie, et 1l ne venait à la pensée de personne que sa descendance pût s’éteindre prochainement; aussi, l'unique neveu du vieux roi, Philippe d'Orléans, auquel on attribuait des vues ambitieuses, avait-1l paru tourner ses regards vers une autre couronne, gi
Sa naissance l’appelait à succéder au roi d’Espagne Philippe V, à défaut d'enfants de celui-ci. En effet, sile duc d'Anjou obtint la couronne d’Espagne parce qu'il était le petit-fils de la reine . Marie-Thérèse, sœur de Charles IT, le duc d'Orléans avait pour ogrand’/mère Anne d'Autriche, sœur du précédent roi d’Espagne : il venait donc en seconde ligne dans l’ordre successoral du trône. Mais le testament de Charles IT, au heu de reconnaitre le droit éventuel du prince français, désignait le duc de Savoie comme devant régner après Philippe V,s1 ce dernier ne laissait pas de postérité; d’ailleurs, depuis 1707, le roi d’Espagne avait un fils. Perdant tout espoir d’obtenir légitimement la couronne, le duc d'Orléans voulut, dit-on, profiter du découragement dans lequel tombait le petit-fils de Louis XIV, à la suite de la désastreuse guerre que lui faisait l’Europe : il conçut le projet de lui arracher l’abdication, et de se faire proclamer roi d’Espagne à sa place par les alliés victorieux. Les ennemis du prince lui prétaient encore le dessein de faire casser son mariage et d’épouser la veuve de Charles IT (1), dans le but d’augmenter ses chances de réussite. La duchesse d'Orléans étant tombée malade, on accusa le duc de vouloir la supprimer pour hâter la réalisation
- (4) Marie-Anne de Bavière-Neubourg, née en 1667 : Victor Hugo en a fait l’héroïne de Ruy Blas.
de ses menées; le rétablissement de Mme d'Orléans eut peine à dissiper cette calomnie.
En 1709, Louis XIV se laissa persuader que son neveu conspirait contre Philippe V; reculant devant l'éclat d’un jugement public, il lui intima l’ordre de ne plus passer les Pyrénées. Livré à une inaction forcée, dit Saint-Simon, « le duc d'Orléans se rembarqua dans la débauche et limpiété, » et continua d'accroître son impopularité.
Le 5 février 1712, la jeune duchesse de Bourgogne, qu’on nommait maintenant la dauphine, tomba malade : on crut d’abord à une indigestion « de ragoût à l’italienne ». Le surlendemain, comme elle se plaignait de violentes douleurs à la tempe, les médecins lui ordonnèrent de l’opium; on lui fit ensuite mâcher et fumer du tabac; enfin la princesse fut deux fois saignée au bras par Georges Mareschal, devenu son phlébotomiste ordinaire. Le lendemain de ces opérations, Boudin, premier-médecin de la dauphine, constatait quelques taches roses sur le front de la malade. Le 9 février, il la fit saigner au pied et lui donna de l’émétique; mais son état empirait de jour en jour, et le 11 on dut lui administrer les derniers sacrements.
Boudin avait diagnostiqué la rougeole, puis la petite vérole : dérouté par la marche inconnue de la maladie, il réclama l’avis de plusieurs confrères; une consultation réunit, dans l’aprèsmidi du 11, Fagon, premier-médecin du roi; Dodard, premiermédecin du dauphin; La Carlière, premier-médecin du duc de Berry; Boutard, médecin ordinaire de la dauphine; Desmoulins, médecin ordinaire du roi, et Chirac, médecin du due d'Orléans. Tous, sauf Boutard, pensèrent que les trois saignées déjà ordonnées ne suffisaient pas; ils en prescrivirent une se que Mareschal pratiqua le soir même.
Dès le commencement de sa maladie, la jeune princesse s’était sentie mortellement frappée; elle faisait part de ses pressentiments à ceux qui l’entouraient. « Adieu, ma belle duchesse, disait-elle à Mme de Guiche; aujourd’hui dauphine et demain rien! » Et, s'adressant à Georges Mareschal, elle ajoutait « Aujourd’hui je suis encore princesse bien-aimée, demain Je ne serai plus rien du tout, après-demain je serai oubliée (1).
(1) Mémoires du maréchal de Richelieu, édition de 1793, t. I, p. 265. (Ces mémoires, sûrement apocryphes, sont remplis de détails exacts.)
Le lendemain de la consultation, elle rendait le dernier soupir (1).
Cette mort si rapide atterra la Cour. Un mois auparavant, Boudin affirmait en public à la dauphine « qu'il avait des avis sûrs qu’on la voulait empoisonner et le dauphin aussi (2) »; peu après, une lettre du roi d’Espagne donnait le même avertissement. Enfin, le matin du jour où elle ressentit les premières atteintes de son mal, la dauphine, qui prisait en cachette, reçut un envoi d’excellent tabac : quand on voulut examiner cette poudre, la boîte qui la contenait avait disparu et resta introuvable. Ces circonstances, commentées par l’entourage du roi, firent penser que la princesse pouvait avoir été empoisonnée, et Louis XIV ordonna de procéder avec le plus grand soin à « l’ouverture du corps ».
L’autopsie de la dauphine eut lieu dans son appartement du château de Versailles (3), le 13 février, à onze heures du soir; elle fut pratiquée par Dionis, premier-chirurgien de la princesse, en présence de Fagon, Boudin, Chirac, Mareschal, Boulduc (4), et de la plupart des médecins de la Cour; la duchesse du Lude, dame d’honneur de la princesse, et la comtesse de Mailly, sa dame d’atour, y assistaient également, ainsi que le voulaient leurs charges. « On ne trouva, dit Sourches, aucune marque de rougeole, ni de petite vérole, ni de pourpre, sur le corps de Mme la Dauphine; son cerveau et toutes ses parties nobles parurent sans aucune altération, et l’on vit seulement qu’elle avait le sang tout brûlé. » Paul Lacroix, dans les Mémoires du cardinal Dubois, affirme, au contraire, « que la tête, où la dauphine avait tant souffert, présentait un désordre extraordinaire; la cervelle était tachée de noir et les fibres paraissaient brisées (5).» Dangeau écrit simplement : «On n’a trouvé aucune cause de mort. »
Quelles que fussent les particularités observées (on ne peut les connaître exactement, car le rapport de l’autopsie fut brûlé), il fallait conclure : tous les médecins et chirurgiens, les uns par
(1) SAINT-SIMON, DANGEAU et SOURCHES, passim.
(2) SAINT-SIMON, t. X, p. 161.
(3) L’appartement de la dauphine avait été occupé par la reine Marie-Thérèse, puis par la femme du Grand Dauphin;situé au premier étage du château, il comprenait tout le côté sud de la partie centrale; c’est sans doute dans la salle appelée aujourd’hui « chambre de la reine » que fut pratiquée l’autopsie.
(4) Premier-apothicaire du roi.
(5) Edition de 1829, t. III, p. 41.
conviction, les autres pour cacher l’insuccès de leurs recherches, assurèrent que la jeune princesse avait été empoisonnée : seul, le premier-chirurgien Mareschal ne se rallia pas à cette opinion.
€ Fagon et Boudin, écrit Saint-Simon, ne doutaient pas du poison, et le dirent nettement au roi, en présence de Mme de Maintenon seule. Boulduc, qui m'assura en être convaincu, et le peu des autres à qui le roi voulut parler, et qui avaient assisté à l’ouverture, le confirmèrent par leur morne silence. Mareschal fut le seul qui soutint qu’il n’y avait de marques de poison que si équivoques, qu'il avait ouvert plusieurs corps où 1l s’en était trouvé de pareilles, et sur la mort desquels il n’y avait jamais eu le plus léger soupçon. Il m’en parla de même, à moi à qui il ne cachait rien, mais il ajouta que, néanmoins, à ce qu'il avait vu, il ne voudrait pas jurer du oui ou du non; Mais ‘que c'était assassiner le roi, et le faire mourir à petit feu, que de nourrir en lui une opinion en soi désolante, et qui, pour les “suites et pour sa propre vie, ne lui laisserait plus aucun repos. En effet, c’est ce qu’opéra ce rapport, et pour assez longtemps. Le roi, outré, voulut chercher à savoir d’où le coup infernal pouvait être parti, sans pouvoir s’apaiser par tout ce que Mareschal put lui dire, et qui disputa vivement contre F agon et Boudin, lesquels maintinrent aussi vivement leur avis en ce premier rapport, et n’en démordirent point dans la suite. Boudin, outré d’avoir perdu sa charge et une princesse pleine de bonté, pour lui-même de confiance, et ses espérances avec elle, répondit comme un forcené qu'on ne pouvait pas douter qu’elle ne fût empoisonnée. Quelques autres qui avaient été à l’ouverture le dirent à l’oreille à leurs amis; en moins de vingt-quatre heures, la Cour et Paris en furent remplis. L’indignation se Joignit à la douleur de la perte d’une princesse adorée, et, à l’une et à l’autre, la frayeur et la curiosité, qui furent incontinent augmentées par la maladie du dauphin (1). »
Dès le 9 février, ce prince s’était également senti indisposé : il éprouvait pour sa femme un amour passionné; aussi avait-il tenu à rester nuit et jour près d’elle. La fièvre le prit, et ses médecins parlèrent de le saigner en même temps que la malade. « Il n'avait pas voulu l’être, écrit Sourches, disant que son mal
(1) Mémoires, t. X, p. 238 et 239.
n’était venu que de chagrin; mais il venait aussi de fatigue, ayant veillé trois nuits de suite auprès de Mme la Dauphine. » Le 12 février, jour de la mort de la princesse, le dauphin eut encore la fièvre; malgré son état, 1l partit le 13 pour Marly, où le roi s'était rendu la veille. Bientôt son premier-médecin Dodard lui découvrait sur tout le corps des taches rouges, analogues à celles qui avaient paru sur le front de la dauphine, Desmoulins fut appelé en consultation, mais ses soins furent inutiles : après d’affreuses douleurs d’entrailles, et un transport au cerveau pendant lequel huit hommes eurent de la peine à le maintenir, le prince mourut à Marly, le 18 février, à huit heures du matin.
Ce second décès, survenant six jours après celui de la dauphine, portait à son comble l’affolement de la Cour et de Paris; le bruit courut que le dauphin lui-même s’était cru empoisonné : le 14, il avait dit à Boudin, en présence de son médecin Duchêne et de son menin M. de Cheverny, « qu’il ne croyait pas s’en relever, et que, à ce qu'il sentait, il ne doutait pas que l’avis que Boudin avait eu ne fût exécuté (1). » Aussi l’autopsie du prince fut-elle pratiquée, par ordre de Louis XIV, avec autant de soin que celle de la dauphine.
« Le matin, à Versailles, écrit Dangeau le 29, on ouvrit le corps de M. le Dauphin; ce fut Mareschal, premier-chirurgien du roi, qui fit l’ouverture (2). » Cette fois, l'honneur lui en revenait, car les dauphins n'avaient d’autre « premier-chirurgien » que celui du roi. Toute la Faculté était présente, ainsi que les menins du prince et le duc d’Aumont.
« Les parties nobles du dauphin, écrit Saint-Simon, se trouvèrent en bouillie; son cœur, présenté au duc d’Aumont pour le tenir et le mettre dans le vase, n'avait plus de consistance; sa substance coula jusqu’à terre entre leurs mains (3), » — « Le
(14) SAINT-SIMON, t. X, p. 194.
(2) L'appartement du dauphin à Versailles était situé au rez-de-chaussée de la partie centrale du château, exactement au-dessous de celui de sa femme; c’est pour échapper au bruit, si cruel pour lui, de l’autopsie et de l’ensevelissement de la princesse, qu'il était parti pour Marly le 13 février. La pièce où Mareschal fit l’ouverture du dauphin comprenait les deux « salles des maréchaux » actuellement situées au-dessous de la « chambre de la reine ».
(3) La princesse Palatine rapporte une conclusion inattendue qui fut tirée de cette dernière circonstance : « Le cœur était flétri et déprimé, RU elle le 15 mars 1712, d’où l’on conclut que le prince était mort de chagrin. »
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corps, ajoute Sourches, se trouva tout gangrené depuis les pieds jusqu'à la tête, ayant le cœur flétri et un des côtés du poumon pourri; on disait même que le prince avait la peau du col toute brûlée, aussi bien que l’œsophage, ce qui donna lieu à beaucoup de mauvais soupçons que sa mort n’était pas venue d’une cause naturelle. »
En effet, à la rédaction du rapport d’autopsie, la dispute recommença entre les médecins et Mareschal; le soir même, quand ce document fut discuté à Marly devant le roi et Mme de Maintenon, le premier-chirurgien, qui niaït le poison, dut tenir tête à toute la Faculté. Le duc de Saint-Simon donne le détail de cette scène : « Fagon, Boudin, quelques autres déclarèrent le plus violent effet d’un poison très subtil et très violent, qui, comme un feu très ardent, avait consumé tout l’intérieur du corps, à la différence de la tête, qui n’avait pas été précisément attaquée, et qui seule l'avait été d’une manière très sensible en la dauphine. Mareschal, qui avait fait l’ouverture, s’opiniâtra contre Fagon et les autres. Il soutint qu'il n’y avait aucune marque précise de poison; qu'il avait vu des corps ouverts à peu près dans le même état, dont on n’avait jamais eu de soupçon; que le poison, qui les avait emportés et tué aussi le dauphin, était un venin naturel de la corruption de la masse du sang, enflammé par une fièvre ardente qui paraissait d’autant moins qu’elle était plus interne; que de là était venue la corruption qui avait gâté les parties, et qu’il ne fallait pas chercher d’autres causes que celle-là, qui était celle de la fin très naturelle qu’il avait vu arriver à plusieurs personnes, quoique rarement à un degré semblable, et qui alors n’allait que du plus au moins. |
«€ Fagon répliqua, Boudin aussi, avec aigreur tous les deux. Mareschal s’échauffa à son tour, et maintint fortement son avis. Il le conclut par dire au roi et'à Mme de Maintenon, devant ces médecins, qu'il ne disait que la vérité, comme il l'avait vue et comme il la pensait; que parler autrement, c'était vouloir deviner, et faire en même temps tout ce qu'il fallait pour faire mener au roi la vie la plus douloureuse, la plus méfiante et la plus remplie des plus fâcheux soupçons, les plus noirs et en même temps les plus inutiles; et que c'était effectivement l’empoisonner. Il se prit après à l’exhorter, pour le repos et la prolongation de sa
vie, à secouer des idées terribles en elles-mêmes, fausses suivant toute son expérience et ses connaissances, et qui n’enfanteraient que les soucis et les soupçons les plus vagues, les plus poignants et les plus irrémédiables, et il se fâcha fortement contre ceux qui s’efforçaient de les lui inspirer (1). »
Puisqu’on imputait à des empoisonnements la mort du dauphin et de la dauphine, il fallait trouver l’auteur de ces crimes : Saint-Simon attribue au duc du Maine et à Mme de Maintenon les premières accusations. Continuant le récit de la soirée du 19 février : « Mme de Maintenon, écrit-1l, se fâcha contre Mareschal devant le roi. [l lui échappa qu’on savait bien d’où venait le coup, et de nommer M. le duc d'Orléans. Le roi y applaudit avec horreur, comme n’en doutant pas, et tous deux ne parurent pas trouver bon la liberté que prit Mareschal de se récrier contre cette accusation. M. Fagon, par ses coups de tête, approuvait cependant cet énorme allégué, et Boudin fut assez forcené pour oser dire qu'il n’y avait pas à douter que ce ne fût ce prince, et pour hocher la tête impudemment à la sortie que Mareschal eut le courage de lui faire (2). » On alla jusqu’à cerüfier au roi que le duc d'Orléans avait fait préparer le poison par son chimiste Homberg.
Le futur régent, auquel on attribuait tous les vices, en affichat la plupart, et se livrait à « une éclatante débauche ». Pour remplir l’oisiveté dans laquelle le tenait Louis XIV, il s’adonnait aux arts et aux sciences : s’il cultivait, sans qu’on pût le lui reprocher, la peinture et la musique, il montrait pour la chimie une passion qui fournissait de nouvelles armes à ses accusateurs. D'abord, il avait cherché la pierre philosophale avec le médecin napolitain Vinaccio; puis, étendant ses travaux, il transforma en laboratoire tout un appartement du Palais- Royal; enfin, en 1709, le prince s’était attaché, pour se livrer à des recherches scientifiques, le chimiste hollandais Homberg, célèbre par ses découvertes sur le phosphore et ses perfectionnements de la machine pneumatique : c'était ce savant que le premier-chirurgien venait d’entendre accuser de complicité avec l’auteur prétendu des empoisonnements.
(1) SAINT-SIMON, t. X, p. 242-243.
(2) SAINT-SIMON, t. X, p. 248. Le duc de Luynes confirme en partie ce récit dans ses Mémorres, t. X, p. 95.