‹ Georges Mareschal, seigneur de BièvreChapitre 55 sur 182 · SAINT-SIMON, VOLTAIRE, LA BEAUMELLE · texte numérisé non relu

SAINT-SIMON, VOLTAIRE, LA BEAUMELLE

(3) Mémoires du duc de Luynes, t. XII, p. 163.

(4) Mémoires du maréchal de Richelieu, t. I, p. 281.

(5) Correspondance de Madame, édition JæGté, t. IT, p. 174. On voulait dire par ce jeu de mots que le prince vivait avec sa fille la duchesse de Berry comme Loth avec les siennes.

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Voltaire, était affreux, et il faut en avoir été témoin pour le croire (1). »

Quand le premier-chirurgien l’eut quitté, Saint-Simon n’osa pas aller trouver le futur régent, « car il ne voyait rien à faire sur une si atroce et si folle calomnie. » Mais un autre familier du duc d'Orléans, le marquis d'Effiat, mit ce prince au courant de ce qui s'était passé dans la chambre royale. Redoutant d’être arrêté dans le château même de Marly s’il ne prenait les devants, le duc voulut se justifier auprès du roi : le lendemain matin, au moment où Louis XIV quittait sa chambre pour se rendre à la chapelle, 1l lui demanda une audience particulière. Dès qu’il fut seul avec Sa Majesté, le duc d'Orléans se répandit en plaintes contre ses accusateurs, puis 1l réclama du roi la permission de faire la preuve de son innocence dans un procès publie. Comme Louis XIV, froid et sévère, rejetait avec dédain ce moyen de justification, le prince le pria de consentir à l’incarcération et au jugement d’Homberg, car l’innocence de son chimiste démontrerait la sienne; à force d’instances, il obtint que le gouverneur de la Basülle recevrait l’ordre d’emprisonner Homberg (2).

D’après la princesse Palatine, ce fut Le roi qui conseilla au duc d'envoyer le chimiste à la prison d'Etat, ajoutant toutefois qu'il ne pouvait pas croire à la culpabilité de son neveu. Le jour même de cet entretien, la mère du prince écrivait à la duchesse de Hanovre : « Il est arrivé une chose qui me perce le cœur : des gens qui ont l’âme noire ont répandu le bruit dans tout Paris que mon fils a empoisonné le dauphin et la dauphine. Moi, qui suis sûre de son innocence, — j’en mettrais la main au feu, — j'ai d’abord considéré la chose comme une plaisanterie; je ne pensais pas qu’on pût dire cela sérieusement; mais c’est bien comme cela qu’on l’a raconté au roi. Celui-ci cependant en a de suite parlé à mon fils avec bonté, et lui a donné l’assurance qu’il n’en croyait rien. Mais il a conseillé à mon fils d'envoyer, dans son propre intérêt, son chi-

(4) Siècle de Louis XIV, édition FIRMIN-DiDoOT, 1851, p. 313. Voir aussi les Mémoires de Mme de Maintenon, par LA BEAUMELLE; la Vie du duc d'Orléans, par DE LA More; dit de la Hode, les Mémoires du marquis d’Argenson; l'édition des Philippiques, par M. De Lescure, et l’Hustorre du règne de Louis XIV, par ReBou- LT, t. IIT.

(2) SAINT-SIMON, t. X, p. 259-260.

miste, le pauvre et savant Homberg, à la Bastille, afin qu'il lavât son maître de cette accusation (1). »

Le commissaire de police Narbonne (2), se faisant l’écho des gens du prince, reproduit le récit de Saint-Simon et attribue au duc d'Orléans lui-même l’idée de l’incarcération du chimiste. Quoi qu'il en soit, le duc se défendait fort maladroitement. Au lieu de parler en petit-fils de France, qu'aucun soupçon ne pouvait effleurer, il réclamait l’ouverture d’une enquête criminelle; or, le procès de Homberg ne fournirait aucune preuve de la non-culpabilité de son maître : comment établir que le chimiste n'avait pas préparé des poisons dont aucun médecin n’indiquait la composition? Si l’idée de l’enquête lui fut fournie par Louis XIV, le duc devait la repousser avec énergie, démontrant que l’unique résultat du procès serait le scandale d’une accusation publiquement portée par le roi contre son propre neveu.

Quand Louis XIV, congédiant le duc d'Orléans, rentra dans sa chambre, le premier-médecin Fagon, le premier-chirurgien Mareschal et le premier-valet de chambre Blouin s’y trouvaient encoré : ému de la décision qu’il venait de prendre, le roi leur apprit la démarche du prince. Fagon et Blouin ne prononcèrent pas une parole, mais le premier-chirurgien n’abandonnait pas la cause du duc d'Orléans :

« Mareschal, avec sa vertueuse liberté, écrit Saint-Simon, demanda au roi ce qu'il en avait ordonné. Sur sa réponse, il loua la candeur et la franchise de M. le duc d'Orléans, la prudence du roi de lui avoir refusé d’aller à la Bastille, et improuva la permission donnée pour Homberg :

— «Que prétendez-vous par là, Sire? lui dit-11 hardiment. Afficher partout la honte prétendue de votre plus proche famille? Et quel en sera le bout? de ne trouver rien et d’en avoir la honte vous-même. Si, par impossible, et je répondrais bien que non, vous trouviez ce qu’on vous fait chercher, feriez-vous couper la tête à votre neveu qui a un fils de votre fille, et publier juridiquement son crime et son ignominie? Et si vous ne trouvez rien, comme sûrement 1l n’y a rien à trouver, irez-vous faire dire à tous ses ennemis et les vôtres que c’est parce qu’on n'a pas voulu trouver? Croyez-moi, sire, cela est horrible;

(1) Correspondance de Madame, édition JæGré.

(2) LEROI, Journal de Narbonne, p. 42.

épargnez-vous-le, révoquez la permission tout à l’heure; ôtezvous de la tête des horreurs, des noirceurs fausses, qui ne sont bonnes qu’à abréger le reste de vos jours et à les rendre très misérables (1). »

La veille, troublé par les confidences du marquis d’Effiat, le duc d'Orléans avait fait appeler Saint-Simon, pour lui demander conseil; mais le mémorialiste, malgré les avis de Mareschal, s'était dérobé à cet entretien. Rentrant chez lui quelques heures après l’audience royale, le due y trouva Saint-Simon et lui apprit limminente incarcération d’Homberg; le mémorialste ne cacha pas au prince combien son moyen de défense lui paraissait funeste, et il développa si cruellement les conséquences probables de l’enquête judiciaire qu’il laissa le due d'Orléans dans un profond découragement. Mais, lorsque le cérémonial de la Cour ramena le prince dans la chambre royale, il eut la joie d'entendre Louis XIV lui dire qu’il changeait d'avis, et qu'il révoquait l’ordre envoyé le matin au gouverneur de la prison d'Etat.

Ge revirement dans l'esprit du roi était dû au langage hardi de Georges Mareschal. « Cette vive et si prompte sortie d’un homme que le roi connaissait vrai et réellement attaché à sa personne, écrit Saint-Simon, eut son effet pour Homberg. Le roi, sur-le-champ, dit qu’il avait raison, et qu'aussi il ne s'était laissé aller pour Homberg que par importunité, et qu’il ne le laisserait pas entrer à la Bastille (2). »

Le lendemain, Mareschal s’en fut conter l'affaire au mémorialiste : « Je l’embrassai de sa vertueuse bravoure qui avait si bien réussi, termine Saint-Simon, et je ne la laissai par ignorer à M. le duc et à Mme la duchesse d'Orléans (3). »

Au cas d’un procès criminel, la mort du petit due de Bretagne. survenue peu de jours après celle de son père, eût apporté contre le prince une charge nouvelle. En effet, vers la fin du mois de février, le bruit se répandit que cet enfant, maintenant dauphin, et son frère le duc d’Anjou, avaient la fièvre à leur tour. Bientôt, on remarqua sur leurs corps des taches de couleur rouge, et les médecins du roi « dirent tout haut que c’était

(1) SAINT-SIMON, t. X, p. 267. Voir aussi la Galerie de l’ancienne Cour, t:'1. (eo, it. Xe p.267:

(D) ba:

la même maladie que celle des défunts prince et princesse (1). » Le 9 mars 1712, le petit dauphin, qu’on avait saigné et traité par l’émétique, expirait dans la nuit, tandis que son frère était à toute extrémité. Le duc de Noailles criait partout : «51 le dernier qui agonise périt, je serai le Brutus (2)! » L’autopsie du petit dauphin de Bretagne, faite par Mareschal, amena une troisième fois les médecins de la Cour à certifier un empoisonnement. « Voilà trois dauphins, le grand-père, le père et le fils, et une dauphine, disparus en moins d’un an, » remarque tristement Dangeau le 9 mars.

Survenant au cours d’une enquête, la nouvelle mort inexpliquée eût fortement agi sur l'esprit des juges, et le duc d’Orléans se fût trouvé dans l’impuissance de se laver complètement des accusations portées contre lui. Au cas improbable d’un acquittement, le décès presque subit du duc de Berry, en 1714, fournissait une autre preuve de la culpabilité du prince (3), et, l’année suivante, il eût été impossible au Parlement de Paris de confier à l’ex-accusé, avec la régence de France, la garde de l'enfant royal qui le séparait du trône.

Les petites causes ont souvent de grands effets : ici, on peut l’affirmer, un changement d’attitude du chirurgien Mareschal eût suffi pour détourner le cours de l’histoire. « Ce fut Mareschal, écrit Saint-Simon, qui empêcha que Homberg n’entrât à la Bastille (4). » Duclos est aussi affirmatif : « Le duc d'Orléans demanda au roi de se constituer prisonnier avec Homberg, célèbre chimiste dont il avait pris des leçons, jusqu’à ce que la calomnie fût démontrée et détruite. Le roi, prévenu par Îles ennemis de son neveu, fut près d'accepter sa proposition; mais il en fut dissuadé par Mareschal, qui eut le courage de représenter qu'un tel éclat ne servirait qu’à tourner en certitude, dans limagination du peuple, des soupçons qui se détruiraient d’euxmêmes; au lieu que la justification du duc d'Orléans laisserait toujours à sa réputation la tache d’une accusation indigne de

(1) SOURCHES, 7 mars 1712.

(2) Vie privée de Louis XV, par MOUFLE D’ANGERVILLE, t. I, p.58.

(3) Trois jours avant sa mort, le duc de Berry disait à la petite marquise de la Vrillière, qu’il aimait beaucoup et qu’on nommait « le moineau » : « Moineau, je suis empoisonné! J’ai une grande colique, je vais me coucher; je n’en reviendrai pas. » (Mémoires du duc de Luynes, t. X, p. 95.)

(4) SAINT-SIMON, t. X, p. 266.

lui, et que la démonstration de son innocence passerait encore pour lindulgence d’un roi qui ne veut pas déshonorer son sang (1).

Si, dans les Mémoires de Maurepas, Soulavie attribue au chancelier Pontchartrain et à son fils le service rendu au futur régent par le premier-chirurgien du roi, le savant Peignot (2), historiographe de la maison d'Orléans, et l’historien Lavallée (3), conservent à Georges Mareschal l’honneur d’avoir évité au prince innocent le coup mortel d’un jugement public.

La princesse Palatine, mère du duc d'Orléans, n’ignora pas à qui son fils devait la conservation de sa fortune politique, car, le 16 mai 1719, elle écrivait à sa demi-sœur la raugrave Louise : «Si Mareschal, chirurgien du roi, n’avait pas affirmé qu’il ny a pas eu de poison, et s’il n’eût pas confirmé cela au roi, cette méchante créature (Mme de Maintenon) eût jeté dans le plus grand malheur mon fils innocent (4). »

L'histoire a reconnu que ie prince fut en butte à des accusasations calomnieuses : à elle seule, la longue vie de l’enfant maladif qui devint Louis XV démontre l'innocence du duc d’Orléans. La dauphine et les deux dauphins succombèrent aux atteintes d’une rougeole pourprée épidémique qui fit plus de cinq cents victimes à Paris en moins d’un mois (5), et peut-être, malgré leur tempérament débile, eussent-ils résisté à la violence de la maladie sans le traitement inepte qui leur fut appliqué.

Les ennemis du duc d'Orléans ne désarmèrent jamais, leurs accusations se renouvelèrent à chaque indisposition de Louis XV; les chansons satiriques abondent sous la régence, et nombreux sont les couplets rappelant les prétendus empoisonnements du prince. On-y ht:

Le ciel n’a pas voulu qu’achevant mon dessein Je versasse à mon roi un poison de ma main (6). ou :

France, combien de fois as-tu pâli d’effroi En voyant le danger qui menaçait ton roi (7)!

(1) DucLos, Mémoires, p. 33.

(2) Précis historique et bibliographique de la maison d'Orléans.

(3) Histoire des Français.

(4) Edition BRUNET, t. II, p. 111.

(5) VOLTAIRE, Srècle de Louis XIV, p. 313, et Gazette de Hollande de février 1712. (6) Correspondance de Madame, édition BRUNET, t. IT, p. 255 (note).

(7) BoISJOURDAIN, Mélanges historiques, t. II, p. 7.

Ce furent les Philippiques qui exprimèrent avec le plus de force les sentiments du peuple en 1712 :

Ainsi, les fils pleurant le père, Tombent frappés des mêmes coups, Le frère est suivi par le frère, L’épouse devance l’époux.

Mais, Ô coups toujours plus funestes, Sur deux lys, nos uniques restes, La faulx de la Parque s'étend.

L'un subit le sort de sa race, L'autre dont la couleur s’efface, Semble voir son dernier instant.

O roi, depuis si longtemps ivre D’encens et de prospérité,

Tu ne te verras plus revivre Dans ta triple postérité...

Venge ton trône et ta famille, Arme-toi d’un juste courroux..

Tu sais d’où part ce coup sinistre Tu tiens son principal ministre, Monstre vomi par les enfers.

Qu'il expire avec son complice; Tu sauveras par son supplice

Le peu de sang qui t'est resté (1)!

Il est probable que Louis XIV ne crut pas à la culpabilité de son neveu; quand il eut décidé de ne pas le traduire devant le Parlement, il fit jeter au feu les procès-verbaux des autopsies, voulant anéantir les seules bases de l’accusation. À la mort du duc de Berry, le 4 mai 1714, les ennemis du duc d’Orléans ne purent rien obtenir contre lui, et Saint-Simon constate encore, à cette occasion, l’heureuse influence que le premierchirurgien Mareschal exerçait sur Louis XIV (2).

Un an avant de mourir, le vieux roi ne reconnaissait plus au duc d'Orléans que l’apparence d’un criminel, comme le prouve un mot célèbre dont 1l le dépeignit à Mareschal. Le 28 novembre 1714, le duc était, avec la Cour, au château de Marly : vers cinq heures du soir, se sentant indisposé, il se fit conduire dans sa chambre et perdit bientôt connaissance. A ce moment, Louis XIV se promenait dans ses jardins, et Saint- Simon était venu se chauffer, en attendant le retour du roi, dans le petit salon séparant l’appartement royal de celui de

(1) LAGRANGE-CHANCEL, les Philippiques, édition LESCURE, p. 242 et 243. (2) Mémoires, t. XI, p. 246.

Mme de Maintenon; le mémorialiste décrit ainsi l’émotion causée par l'accident : « Au bout d’un demi-quart d'heure que je fus là tout seul, j’entendis crier : M. Fagon! M. Mareschal! et d’autres noms de cette sorte, qu’on supposait dans le cabinet du roi, attendant qu’il rentrât. A l’instant les cris redoublèrent, des garçons bleus coururent en même temps à travers ce salon. Je leur demandai ce que c'était. Ils me dirent que M. le duc

d'Orléans se trouvait extrêmement mal; j’y courus aussitôt (1).»

Le prince, après une sorte d’étourdissement, reprenait con: naissance. Fagon et Mareschal lui firent absorber « quelques essences », mais ne purent le déterminer à se laisser saigner; le voyant hors de danger, ils s’en revinrent attendre Sa Majesté. « Dès que le roi fut rentré chez lui, écrit Saint-Simon, il envoya Mareschal savoir des nouvelles du malade et lui dire que, comme il savait par Fagon que ce ne serait rien et qu'il avait peine à monter, il ne viendrait pas le voir. »

Le premier-chirurgien visita plusieurs fois le prince dans la soirée; à son retour, quand il rendait compte au roi de la santé de son neveu, Louis XIV lui paraissait « fort sec »; aussi, continue Saint-Simon, « Mareschal prit occasion, au petit coucher, lorsque les courtisans qui ont ces entrées furent sortis, de reparler encore de M. le duc d'Orléans, de chez qui il descendait de nouveau. Il se mit à le louer sur son esprit, sur ses diverses sciences, sur les arts qu'il possédait, et à dire plaisamment que, s’il était homme à avoir besoin de gagner sa vie, il aurait cinq à six moyens différents de la gagner grassement. Le roi le laissa causer un peu, puis, après avoir souri de cette idée par laquelle Mareschal avait comme terminé son discours, il reprit un air sérieux, regardant Mareschal :

— «Savez-vous, lui dit-il, ce qu’est mon neveu? Il est tout ce que vous venez de dire; c’est un fanfaron de crimes (2). »

Les scandales de la régence, et les soins dont le prince entoura Louis XV, prouvèrent la justesse du « coup de pinceau » royal; mais, auparavant, on eut à craindre plusieurs fois pour les jours du petit dauphin, et le duc d'Orléans fut toujours soupçonné de vouloir supprimer le dernier héritier du trône.

Le duc d'Anjou avait difficilement guéri de Ia rougeole

(1) Mémotres, t. XI, p. 343.

(2) Zd., 4°XT, p. 346,

maligne qui enleva le duc de Bretagne : il devait la vie aux soins intelligents de sa gouvernante, la duchesse de Ventadour : celle-ci, le défendant contre les purgations et les saignées infligées par la Faculté au duc de Bretagne, s’était contentée de remettre l’enfant au lait de femme, bien qu'il eût plus de deux ans. Et, laissant agir la nature, elle le vit peu à peu « S’écarter de la tombe (1) ».

Quand se déclara la maladie des petits princes, en mars 1712, les médecins avaient de nouveau crié au poison : la fièvre s'était en effet déclarée après une collation chez le jeune duc de Chartres, fils du futur régent. Luynes affirme que le duc d'Anjou fut sauvé par un contre-poison fourni par sa grand’ tante, la comtesse de Verrue (2). Si, par impossible, le mal du prince résultait d’un crime, on ignorait à coup sûr la nature du breuvage versé : comme il n’existe pas d’antidote capable de contre-balancer tous les poisons à la fois, la drogue procurée à Mme de Ventadour par la fameuse « dame de Volupté » ne put avoir aucune influence sur la guérison du dauphin. Et il fallait même qu’elle fût inoffensive pour ne pas achever cet enfant de deux ans, déjà presque à l’agonie.

S1 le petit dauphin resta longtemps souffreteux, 1l le dut, non pas aux suites d’un empoisonnement, mais aux crises que lui valut une dentition longue et difficile. Souvent, pendant l’année 1712, les journaux de Dangeau et de Sourches mentionnent des accès de fièvre et des troubles digestifs qui mettent en danger l’existence du bébé royal, et toujours ces malaises se terminent par l’apparition de dents retardataires. Le premier-chirurgien Mareschal intervint plusieurs fois pour aider ce travail. « Le 8 mai 1712, écrit Sourches, M. le Dauphin fut assez mal, et cria pendant tout le jour, et, sur ce qu’on s’aperçut qu'il y avait une tumeur sur la gencive, Mareschal y mit le doigt, et l’ayant pressée, il en sortit une grande quantité de sang fort noir, et, après cela, le prince fut plus tranquille, et la nuit d’après 1l lui perça une grosse dent, qui était la vingtième; ainsi il ne lui en restait plus que deux à percer. »

Antérieurement à la mort de Louis XIV se placent deux consultations faites auprès du premier-chirurgien par le roi de

(1; Lettres de Madame, édition J æGtf, t. II, p. 170, (2) Journal, t. VI, p. 184.

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