LE DUC DE SAVOIE
Sardaigne et l’empereur d'Allemagne : c’est Morand qui les mentionne dans son Æloge du fondateur de l’Académie royale de chirurgie.
Victor-Amédée IT, duc de Savoie, ne portait pas encore le titre de roi de Sardaigne quand il souffrit du mal sur lequel il demanda l’avis de Mareschal. Bien qu'il eût marié ses filles au duc de Bourgogne, futur dauphin de France, et au roi d’Espagne, il était entré, en 1703, dans la coalition organisée par l’Angleterre contre Louis XIV et Philippe V; la guerre durait depuis de longues années quand Dangeau écrivit : « Le bruit se répand que M. de Savoie, dont la santé est assez mauvaise, songe à faire son traité particulier avec la France. » Le duc, qui avait eu deux ans auparavant une rougeole maligne, souffrait des suites de cette éruption; les eaux de Saint-Maurice ne purent le délivrer de ses accès de fièvre, et, au mois de décembre 1711, il fut dangereusement malade : dès cette époque, 1l éprouvait probablement les effets d’une affection de vessie.
La duchesse de Bourgogne ne cessait d'écrire secrètement à son père, le tenant au courant des soins qu’elle-même et sa sœur d’Espagne recevaient de Georges Mareschal. Quand M. de Savoie eut appris à sa correspondante la nature du mal dont il souffrait, la princesse exprima certainement le regret de ne pas pouvoir confier la santé de son père au premier-chirurgien du roi. Le praticien, qui ne traitait personne sans la permission de Louis XIV, n’eût pas accueilli les propositions d’un ennemi de la France, et, dans une occasion semblable, le roi, obéissant à un sentiment particulier, s’était opposé, en 1705, à ce que le lithotomiste Collot allât « tailler » l’empereur d’Allemagne Léopold Ier :«Sa Majesté ne voulant pas, écrit Sourches, qu’on pût la soupçonner en rien, si la taille n'avait pas un heureux succès (1). »
Mais, en 1713, les négociations du traité d’Utrecht allaient aboutir; la situation n’était donc plus la même. Le 30 avril, le courrier qui portait en Hollande la ratification de M. de Savoie passa par Versailles, et les médecins du prince profitèrent de cette occasion pour adresser à Georges Mareschal une descrip-
(1) Journal, t. VIII, p. 89.
tion détaillée de Ia maladie de leur maître. Si la consultation du premier-chirurgien fut utile au duc de Savoie, le titre de roi de Sicile, que le traité d’Utrecht reconnut au malade, contribuait à son rétablissement. Victor-Amédée IT, après avoir échangé, en 1720, son royaume de Sicile contre celui de Sardaigne, mourut en 1723, à l’âge de soixante-sept ans.
Comme le duc de Savoie, l’empereur d'Allemagne Joseph Ie faisait partie de la « grande alliance de la Haye » contre la France; il mourut de la petite vérole en avril 1711, et ce fut son frère et successeur, Charles VI, qui, selon Morand, recourut à Georges Mareschal. Pour les mêmes raisons que Victor- Amédée IT, l’empereur ne put consulter le premier-chirurgien de Louis XIV qu’après le traité de Rastadt, c’est-à-dire en 1714 ou en 1715; on ne retrouve aucun détail sur la maladie dont Charles VI souffrit à cette époque.
Lors de la révolution de 1688, Jacques IT et Marie-Béatrix d’Este de Modène, roi et reine d'Angleterre, s’étaient réfugiés en France, où Louis XIV leur offrit une hospitalité digne de lui dans le château de Saint-Germain-en-Laye. Quand Jacques IT fut mort, la reine détrônée partagea son temps entre cette résidence royale et le monastère de Chaillot; accompagnée de son fils, le chevalier de Saint-Georges, elle faisait, en outre, de fréquents séjours à Versailles. La princesse souffrait d’une glande au sein; dans une lettre datée de novembre 1700 et adressée à la supérieure de Chaillot, elle se plaignait déjà « d’une fluxion d’un côté de la gorge qui est assez incommode (1) ». L’année où Mareschal fut nommé à la Cour, la reine eut une crise aiguë (2), et Louis XIV lui envoya son premier-chirurgien, car les tumeurs étaient du domaine de Sant-Côme : dès ce jour, Mareschal conduisit la santé de la reine (3).
Jacques IT était le fils de Charles Ie d'Angleterre, pour la cause duquel William et John Marshall, aïeul et père du premier-chirurgien, avaient souffert en Irlande; aussi le praticien témoigna-t-il à la veuve du roi un dévouement particulier. « La reine d'Angleterre, écrit Saint-Simon, guérit à la longue de
(1) Archives nationales, K 1302.
(2) DANGEAU, t. IX, p. 319.
(3) MoRAND, Eloge de Mareschal.