‹ Georges Mareschal, seigneur de BièvreChapitre 57 sur 182 · LA REINE D’ANGLETERRE · texte numérisé non relu

LA REINE D’ANGLETERRE

son mal par un régime très sévère (1). » En 1706, Dangeau annonce « que sa grosseur au sein est fort diminuée et n’est plus douloureuse (2) ». Malgré les soins constants de Mareschal, la princesse eut des rechutes en 1709 et en 1714; elle termina sa vie en 1718.

La grande notoriété de Georges Mareschal le mêla, en 1712, à un procès dont le retentissement fut scandaleux. Le marquis de Gesvres, fils aîné du duc de Tresmes, avait épousé, en 1709, une riche orpheline, fille d’un ancien maître des requêtes, Madeleine Mascranny; chacun d’eux était âgé de dix-sept ans à peine. Le jeune mari commit l’imprudence d'appeler auprès de lui une sœur de son père, pour aider Mme de Gesvres à diriger sa maison : la tante du marquis s’efforça d’annihiler la nouvelle mariée, la séquestrant dans son propre hôtel. Quand Mme de Gesvres se plaignait, on lui répétait qu’elle devait s’estimer très heureuse d’avoir troqué les écus de son père contre l’expectative d’un titre de duchesse. Outrée de ces humiliations, elle s'enfuit chez Mme de Vertamont, sa grand’ mèêre maternelle, et, dans cet asile, elle chercha le moyen de recouvrer sa liberté. Le 17 février 1712, la Cour eut la stupéfaction d'apprendre que la jeune femme présentait une requête à M. l’official de Paris (3), accusant le marquis de Gesvres d’impuissance et demandant l’annulation de son mariage.

Mme de Gesvres avait mal choisi son grief, car la preuve en était presque impossible. Jusqu'à la fin du siècle précédent, une femme pouvait convaincre son époux d’impuissance en exigeant de lui le « congrès » : dans cette épreuve juridique, le mari, enfermé avec la demanderesse sous l'œil de chirurgiens et de matrones, devait lui témoigner son amour séance tenante; mais, depuis 1677, le Parlement de Paris avait aboli cette expérience décisive. « Les factums de part et d'autre mouchèrent, écrit Saint-Simon; on peut juger ce qu’une telle matière fournit, et quelle source d’ordures et de plaisanteries. Il serait difficile de rendre les scènes que cette affaire produisit. Les gens connus et même distingués allaient s’en divertir aux audiences; on y

(1) SAINT-SIMON, t. IV, p. 4.

(2): 28:mars 1706.

(3) L’official, dont il a déjà été parlé au chapitre xurx, à propos du vol des pierreries

royales, était un juge ecclésiastique devant lequel s’évoquaient certaines causes, comme les vols sacrilèges et les demandes en nullité de mariage.

retenait des places dès le grand matin; on s’y portait, et, de là, des récits qui faisaient toutes les conversations. Les pauvres Gesvres en pensèrent mourir de honte (1). »

Appelé par l’abbé Dorsanne, official de Paris, le marquis produisit pour sa défense un certificat de Bessière : «M. de Gesvres, disait le chirurgien, porte en lui un portrait de l’homme si ressemblant qu’il n'y manque la parole (2). » Son avocat affirma de plus que, « du 4er juin 1709, jour de ses noces, au 24 mars 1712, le marquis avait satisfait sept ou huit cents fois aux devoirs du mariage. » Mais Mme de Gesvres soutint au contraire que, loin d’avoir reçu toutes ces caresses, elle possédait encore sa virginité.

Une pareille divergence d’affirmation ne pouvait être tranchée que par l’examen de la question de fait : l’official voulut établir, au moins pour le mari, la possibilité matérielle des allégations produites; le 5 mai 1712, il décida « qu’il serait procédé à la visite de M. le marquis de Gesvres, pour connaître s’il était impuissant, et que quatre experts donneraient leur rapport sur l’état de cette impuissance ». Le premier-chirurgien Mareschal et le médecin Gayant furent choisis par le jeune homme pour accomplir cette mission, et la marquise désigna de son côté le médecin Hecquet et le chirurgien Chevalier.

Le 24 mai, Georges Mareschal et ses confrères se transportèrent à l’hôtel de Gesvres : ayant examiné le marquis, ils affirmèrent par écrit qu’il était pourvu de tous ses organes; mais, objectaient les praticiens, cette condition ne suffisait pas, et l’ensemble des phénomènes nécessaires aux effusions conjugales ne leur était pas apparu. « Nous ne pouvons donc absolument décider, concluaient Mareschal et les trois autres experts, si M. le marquis de Gesvres est en état de satisfaire aux devoirs du mariage. » Les praticiens choisis par Mme de Gesvres ajoutaient même que la visite de la jeune femme leur paraissait indispensable à la manifestation de la vérité.

Pour s'être montré au premier-chirurgien du roi, dont la réputation d’incorruptibilité était établie, 1l fallat que le marquis fût de bonne foi. Mais les conclusions du rapport,

(1) Mémoires, t X, p 307-308.

(2) Recueil général des pièces contenues au procès de M. le marquis de Gesvres et de Mlle de Mascranny, son épouse. Paris, 1714.

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